De Genes.j ch. xvii
ItES ESPRITS AVANT LA CHUTE.
Celui d’user, répondrons-nous, de toute la latitude permise pour élargir le plus possible toutes les dates, toutes les proportions de temps et d’espace, comprises entre la création primordiale et l’arrivée de l’homme sur la terre.
Plus que jamais il nous faut de l’air autour des grandes questions philosophiques, et de la reculée pour pouvoir plus facilement les franchir. A une époque où, comme nous le disions plus haut, le moindre grossissement dans l’épaisseur d’un cristal ouvre sur nos têtes et sous nos pieds de nouveaux et insondables abîmes, nous devons plus que jamais éviter — dans les limites de l’orthodoxie, bien entendu, — tout ce qui circonscrirait ces questions. Qui dira par exemple à combien d’astronomes la foi aura pu faire défaut par l’unique crainte de périr étouffés dans la cosmologie de Moïse et d’être obligés de comprendre toutes leurs myriades de soleils et de systèmes dans le mot astra, que l’écrivain sacré n’a peut-être appliqué, au quatrième jour de son récit, qu’à l’illumination des astres de notre système solaire?
Quant à ceux qui persisteraient à ne pouvoir deviner ce qu’il peut y avoir de commun entre cette question de globes et de soleils et l’époque de la création des esprits , il nous suffira peut-être de leur dire que si le mot terram du premier verset , au lieu de signifier le globe terrestre — ce qui rapetisserait terriblement la création — , signifiait au contraire la matière primordiale (uV/i), et si le mot cœlum signifiait, comme le pensait saint Augustin, la nature spirituelle, on ne pourrait plus soutenir, — comme on le fait tous les jours et même comme le célèbre et catholique Dollinger vient de le faire récemment^ — , que le Pentateuque a gardé le silence sur la création des esprits, puisque, au contraire, il aurait commencé par elle; ensuite on ne pourrait plus hésiter sur le vrai sens de ce verset de Job : « Les astres, fils de Dieu, chantaient ses louanges, au moment où il posait les fondements de la