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Rôle des sept esprits dans la création

« Dieu tira du rien {fecit ex nihilo) le ciel et la terre. » Le R. P. Ventura a eu grandement raison de faire de cette proposition l’infaillible critère de toute orthodoxie théologique. Toutes les philosophies antiques l’ont rejetée par leur coéternité des anges et de la matière avec Dieu; seules, les philosophies juive et chrétienne l’ont proclamée sans hésitation.

Mais ce mot nihil nous est apparu, dans les théories Icabbalistiques, revêtu d’une acception si lumineuse et si nouvelle, que nous devons aussitôt la rapprocher d’une des plus grandes difficultés qui se rencontrent en ce moment dans les études orientales.

On sait, en effet, quel mal donne à nos savants modernes l’interprétation de ce mot nirvaxa., appliqué au grand but de la mystique bouddhique. Nirvana voulant dire le rien , on en a conclu que la fin de cette doctrine et de ces mortifications terribles était le néant.

Nous avouons n’avoir jamais douté pour notre part qu’il y eût là un malentendu complet ; le bon sens se révolte à cette idée, et certes il ne faut pas que le désir de prendre une grande religion païenne en flagrant délit d’athéisme vous fasse admettre légèrement chez elles une telle passion pour l’objet de nos répulsions naturelles les plus fortes.

Or, nous trouvons dans le P. Kircher (Œdip. Ægijp., t. Il, p. i''®, p. 291), un passage qui pourrait peut-être jeter quelque lumière sur cette fameuse expression. Il nous apprend que dans la Kabbale la première des séphiroth portait un nom dont la signification était I’infini, mais que l’on traduisait indifféremment par ENS et non ens, être ou non-être; être, en tant que source de tous les êtres; non-être, parce qu’il ne ressemble à aucun autre. « C’est à cause de cela, ajoute Kircher, que saint Denys n’hésite pas à l’appeler le nihil.

(( Voilà bien 'cet infini duquel dérive toute espèce d’influence sur les autres attributs divins ou vêtements de Dieu^ et sous lesquels il procède au grand œuvre de la création, en influant hiérarchiquement par ses attributs sur le monde angélique, qui influe à son tour sur le monde sidéral , qui influe à son tour sur le nôtre. »

Voilà bien, il nous semble, le nirvanâ expliqué par la Kabbale, ce qui ne laisserait pas, nous le répétons, que d’éclairer un des points les plus obscurs de l’orientalisme moderne.

Il semblerait alors, il est vrai, que nous allons rentrer dans ce système de création par voie d’émanation, système dont notre panthéisme moderne a grandement abusé et qui est devenu par cela même très-justement suspect dans le camp de l’orthodoxie. Mais on sait combien en pareille matière la vérité l'a plus exacte peut encore ressembler à l’erreur la plus monstrueuse^. ^

Toutes ces réserves faites sur le vrai sens de l’émanation et sur la non -coéternité qui sépare, par le plus profond des abîmes, ces créatures spirituelles de leur sublime auteur, il nous est permis de nous demander s’il faut leur refuser toute espèce de rôle dans les diverses coordinations cosmologiques dont nous avons entrevu la possibilité, et plus particulièrement dans la nôtre.

'1. Lorsque nous citions tout à l’heure ce passage de saint Denys relativement aux anges : « La divine bonté a fait descendre sur nous les provenances de la lumière éternelle », nous avons fait remarquer qu’il l’excusait pour ainsi dire par cette précaution oratoire : «selon les convenances. »

Il en est de même dans le Zohar; il parle bien aussi é' émanation, mais nous prouverons facilement plus tard toutes les convenances dont il l’entoure. Qu’il nous suffise d’établir aujourd’hui que le Zohar réserve ordinairement ce mot pour les trois premières séphiroth, et encore la Kabbala de- 7iudata prend -elle grand soin de nous avertir que, pour les trois pi-emières (qui dérivent de la trinité), ce sont plutôt des Immanations et des énergies que des émanations. Quant aux autres, ce sont moins des émanations divines sur la création, que des significations plus générales et métaphysiques de leurs modes et rangs, suivant la nature même des choses. » [Kabh. denud., t. IL)

LEUK RÔLE DANS LA CRÉATIO^•.

Pour notre part nous ne croyons pas au mensonge de ces bas-reliefs d’Edfou, qui représentent sept esprits travaillant sous la présidence de leur divin chef. Donc lorsque M. Lacour, après avoir énergiquement grondé son siècle « de ne plus posséder aucun homme capable d’examiner sérieusement la question du polythéisme, » retombe grossièrement lui-même dans le préjugé vulgaire en faisant de ces dieux de simples forces inintelligentes , il professe le faux aussi complètement qu’un philosophe le puisse faire, et ce n’est pas peu dire.

Il contredit tout autant les païens que les Hébreux, car partout une sorte de mission créatrice était attribuée à ces anges.

Bien que « le Seigneur ait seul créé et les deux et la terre bien que le prophète Isaïe ait lancé l’anathème contre les adorateurs de dieux « qui n’ont pas fait le ciel et la terre 2, » il faut bien remarquer que la première distinction ne s’adresse qu’aux élilim, ou misérables esprits, et que la deuxième les regarde encore évidemment, puisqu’il est dit : « pereanl, ou que ces dieux périssent. »

Cette désignation toute spéciale des dieux « qui n’ont rien créé » doit même faire supposer qu’il en est d’autres « qui ont créé, » et que l’anathème ne s’adresse pas à ceux-ci. Mais quelle part pourraient-ils avoir prise dans une œuvre qui les comprenait eux-mêmes? Ne peut-on pas supposer que, tout étrangers qu’ils aient été à la création primordiale ex nihilo, ils peuvent avoir eu pour mission de la parachever, de la continuer et de l’entretenir?

Saint Denys, déjà cité plusieurs fois, et qui doit faire loi comme disciple de saint Paul, nous dit expressément : « A cette sainte hiérarchie, sainte ordonnance et image de la beauté incréée, il est enjoint de célébrer dans chaque sphère qui lui est propre, et avec le degré de pouvoir et de science qui lui est propre, les mystères illuminateurs, et de s’essayer à retra-

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