‹ Des esprits et de leurs manifestations diversesChapitre 266 sur 341 · LEUR RÔLE DANS LA CRÉATION · texte numérisé non relu

LEUR RÔLE DANS LA CRÉATION

pas toujours le partage exclusif d’une famille et de quelques amis ; quant à l’idée délicate qui fait le fond de ce passage, bien que nous la trouvions très-satisfaisante et Irès-explicalive, nous ne la donnons que sous toute réserve, et, pour nous servir encore une fois de l’expression de saint Denys, « dans la mesure de toutes les convenances » [!¥“ médit, sur les anges). « Rien ne nous défend donc et tout nous permet de supposer que Dieu, après avoir créé la matière dont le monde est fait, après avoir créé (ce qu’il fait chaque jour) des êtres doués de raison, de liberté et de puissance, ce dont nous sommes nousmêmes le vivant exemple, a donné dès l’origine et donne chaque jour pour but et pour emploi à la puissance de ces êtres la formation et le maintien du monde matériel ; si cette puissance, en effet, n’était pas sous l’œil et sous la main de Dieu un instrument d’ordre en ce monde, elle y serait un instrument de désordre.

« Cette idée qui n’a rien que de très-philosophique, puisqu’elle est fondée, quant à nous, sur l’observation, et, quant aux êtres qui ne sont pas nous, sur l’induction, cette idée, en la supposant admise, expliquerait pourquoi, dans l’ordre matériel, chaque chose reste plus ou moins au-dessous du type idéal que la raison en conçoit ; chaque chose , disons-nous , depuis la plus grande jusqu’à la moindre, depuis les astres qui circulent sur nos têtes jusqu’au grain de sable que nous foulons sous nos pieds ; si elle était une œuvre directe et exclusive de Dieu , chaque chose serait parfaite comme son auteur ; mais étant une œuvre à laquelle concourent des êtres finis, c’est-àdire imparfaits, chaque chose est imparfaite à tel ou tel degré, dans telle ou telle mesure. »

Si l’auteur a raison, s’il n’entend par ces agents de la création, par ces créateurs du second ordre, que ce qu’entendaient saint Augustin et saint Thomas, c’est-à-dire des auxiliaires du grand maître, on comprend que le Zohar nous montre les ophanim, ou roues mouvantes des orbes célestes, participant à la créatim de l’univers. (Kahb. den., de Anima, p. 113.)

On comprendrait même à la rigueur que selon Philon « le mal fut le résultat de l’immixtion des puissances inférieures dans V arrangement de la matière, et même dans la formation de l’homme, confiée au Verbe ou logos divin. » {De Opifc. mundi.)

Un tiers du tsabaoth foudroyé.— Traditions juives et fait biblique. — La grande armée des courbés, curvati.

Tiers du tsabaoth foudroyé.

M. Maury nous a dit quelque part : « Cette lutte universelle des bons et des mauvais esprits (sur cette terre) semble n’être que la reproduction d’une autre lutte plus ancienne et plus terrible, qui , suivant un mythe célèbre, se livra avant la création de l’univers entre les légions fidèles et les légions révoltées^. »

Ce mythe de M. Maury est en réalité toute la base de la théodicée chrétienne; c’est le point de départ de toutes nos misères, de tous nos combats, de tous nos triomphes ; c’est le premier événement auquel se rattachent tous les autres, c’est le nœud de l’histoire universelle. Hors de lui, l’univers est encore le chaos, la théologie une longue suite de non-sens, l’histoire une insoluble énigme, et la philosophie le plus désespérant des problèmes.

Interrogeons la Bible à cet égard ; nous le ferons avec d’autant plus de facilité que, tout aussi sobre, aussi discrète qu’à l’ordinaire sur tous ces mystères primordiaux dont les prolongements seuls nous importent, la consultation ne sera pas longue.

La Bible donc se contente d’accuser un fait immense, sans

Rev. archéol., 1845, p. 41.

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