Ibid., ch. III, V
Mais Bossuet ne s’égare que dans les détails : « Je n’ai pas besoin de répéter, dit-il en finissant, que la défaite entière de Satan est au fond le grand ouvrage que saint Jean célèbre. »
Relevons-nous maintenant avec le prophète Ezéchiel. Après avoir assimilé le roi de Tyr à l’archange tombé et s’adressant métaphoriquement à ce grand coupable : « Toi, le sceau de ma ressemblance, lui dit-il, toi plein de sagesse et de beauté, tu as goûté les délices du paradis de ton Dieu... Couvert de pierres précieuses, ô Chérub, .aux ailes étendues et protectrices, je t’avais placé sur la montagne sainte et tu te promenais au milieu des pierres enflammées, jusqu’au jour de la faute, et alors... lorsque je t’ai vu enflé de l’orgueil de ta beauté, ô Chérub protecteur, je t’ai précipité sur la terre, je t’ai rayé du nombre de ces pierres enflammées^. » On connaît encore cette sublime apostrophe d’Isaïe : « Comment es-tu tombé du ciel, ô Lucifer, toi qui te levais le matin? Te voici sur la terre, toi qui foulais les nations, toi qui disais dans ton cœur : « J’élèverai mon trône au-dessus de tous les astres du Seigneur, je m’assiérai sur les flancs de l’aquilon... je serai semblable au Tout-Puissant... Mais tu vas être traîné jusque dans les profondeurs du lac infernal 2... »
Pas un mot de plus à ce sujet dans la Bible, ce qui n’empêche pas que cette même Bible ne s’élève tout entière sur cette base, et ne soit d’un bout à l’autre un anathème formidable contre l’ancien di'agon , comme un chant de gloire et de triomphe pour son céleste vainqueur.
« Quis ut Deus? Qui donc est comme Dieu? » Ce cri de l’archange Mikaël résume en trois mots toute la Bible ; il en est la philosophie tout entière. Mais, pour bien apprécier la victoire, pour bien comprendre toute la puissance du vainqueur, il ne faut oublier ni la réalité ni l’importance du vaincu.