Maury, Rêves, p
4. Voir le § III du iii* ch. de ce II* vol.^ p. 4 51, et les aveux de M. Brierre de Boismont.
LA SCIENCE ET l’OCCULTISME.
même disposition maladive que M. Maury, car alors ils n’auraient pas vu dans ce phénomène tout autre chose, et la question ne serait plus à reprendre aujourd’hui. Mais, dès le 15 janvier 1860, la Revue médicale avait jeté ce cri très-alarmant : a Garde à vous! Bien que les expérimentateurs de l’hypnotisme soient évidemment des hommes parfaitement moraux et renommés pour leur scepticisme scientifique,... étudions-le bien, car un homme de notre connaissance ne doute pas que l’hypnotisme ne tienne par quelque chose à l’état que manifestaient les possédés des siècles passés. Toutes les suppositions sont permises en présence d’un phénomène aussi insolite que celui qui nous occupe. »
Puis, quinze jours après : «L’hypnotisme sommeille. C’est son tour; ses promoteurs les plus ardents se ravisent en voyant à la réflexion que plus on y regarde de près, plus le nouveau venu ressemble au magnétisme somnambulique qu’ils ont nié jusque là. »
k son tour, dans son numéro du 17 décembre 1859, la Gazette médicale énumérait les expériences brillantes des hôpitaux tout en ne se prononçant pas sur l’intensité de l’insensibilité. Mais pour elle ces expériences « soulèvent déjà un coin du voile qui couvre les merveilles du magnétisme, et nous permettent d’entrevoir l’entrée du chemin qui conduira à l’explication physique de plus d’un phénomène d’apparence surnaturelle... »
Dans le numéro suivant (24 décembre) le même journal reprenant le même sujet : cc La question d’insensibilité, dit-il, en laisse debout un certain nombre d’autres pleines du plus vif intérêt... Le mode de production de ce singulier sommeil avait amené sur les lèvres des moins clairvoyants le mot magnétisme . la ressemblance était frappante et les traits généraux sont les mêmes. »
D’abord, pour le journal, ce bienfaisant cadeau « est un état morbide et tient de très-près à l’hystérie... Quant aux phénomènes de l’ordre intellectuel et moral, on retrouve là les apparences communes chez les magnétisés, sauf, bien entendu, tout ce qui peut tenir au don de deuxieme vue, de transposition des sens,.., etc., et à tout le cortège des jongleries connues. Gardons-nous donc de laisser traiter devant nous de tels sujets avec insouciance et légèreté. »
Mais nous voici parvenus au numéro du 14 janvier, c’est-à-dire à deux mois de date. Ici la ressemblance avec le .somnambulisme magnétique se dessine davantage : « Dans cet état, dit toujours le même journal, on voit à distance, on a toujours (sans montre et sans pendule) la notion la plus exacte des heures... On pourrait prendre ces détails pour l’effet d’une supercherie; mais comment les maladies
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pourraient-elles produire à volonté la sueur froide qui baigne leur visage?... »
... En outre : « Des phénomènes du même ordre, mais présentant un caractère beaucoup redoutable, se sont offerts depuis à notre observation... Une dame se mit à répondre à notre curiosité scientifique par des confidences d’une autre sorte, et tellement graves, tellement dangereuses pour elle-même,... que nous nous empressâmes de la réveiller. L’assistance, heureusement, n’y put rien comprendre L Ici, l'humanité vient retremper sa conscience; elle n’a oublié, en effet, ni les épidémies démoniaques du moyen âge, ni celles des temps modernes, ni la raison doutant d’elle-mème, humiliée, désolée, et, dans son impuissance à ressaisir le fil qui conduit des causes aux effets laissant proclamer devant elle le pouvoir des sortilèges, des esprits et des démons. »
On voit que la lumière progresse.
Enfin, nous arrivons aux premiers jours de mars, et c’est un professeur agrégé de la Faculté de médecine, le docteur Henri Roger, qui livre à un journal très-sérieux le résumé de ses méditations.
Après avoir montré que les lignes de craie cabalistiques tracées simultanément sur le bec d’un coq et sur le sol ne sont que le plagiat des lignes de craie magiques tracées sur son parquet par le baron Du Potet, lignes que l'on ne peut franchir sans tomber ipso facto dans des accès cataleptiques ou épileptiformes, M. Roger continue : « Ah! si l’hypnotisme s’était présenté avec tout ce cortège de faits surnaturels, qui l’identifie complètement au magnétisme, il eût été, sans nul doute, rejeté comme son devancier par ceux-là memes qui s’étaient laissé séduire un moment. Certes, il n’aurait trouvé ni un patron illustre, ni des promoteurs ardents et ambitieux. Il n’est parvenu à se glisser dans les compagnies savantes qu’à l’aide d’un déguisement... A l’inverse du chloroforme, dont l’action irrésistible s’étend sur tous à peu près sans exception, l’hypnotisme ne réussit guère que... sur les
1. Rappelez-vous le rapport secret de Bailly et de Franklin sur le désordre
résultant du baquet mcsmérien... Rappelez-vous cette exclamation d’un savant séduit un moment par le phénomène des tables : « Pères et mères, qui tenez au repos de vos familles, ne les laissez jamais former une chaîne magnétique et se mêler de la danse des tables I »
Rappelez-vous encore les plaintes d'un grand nombre de médiums sur les paroles et les images que leurs mains finissent par tracer malgré eux à la fin même des sermons les plus édifiants. C’est toujours la même chose.
2. Non pas, mais des effets à leurs causes nécessaires, ce qui est absolument le contraire.
LA SCIENCE ET l’oCCULT ISME.
femmes que tourmente rhystèrie, comme autrefois sur les pythonisses. En résumé, l’hypnotisme n'étant que le magnétisme, et celui-ci ne comptant plus parmi les choses de raison et de science, la merveille nouvelle s’en est allée rejoindre dans le gouffre de l’oubli les tables tournantes et les esprits frappeurs, »
Comprenez-vous maintenant pourquoi tous ces beaux discours sur l’hypnotisme dans nos feuilles médicales sont restés si subitement à moitié de leur chemin? Et pourquoi M. le docteur Le Gouest, professeur et chirurgien au Val-de-Grâce, au moment de lire un long rapport sur ce sujet, a* reçu l’ordre de... se taire?
Il ne ressort pas moins d’une déconvenue si brillante de très-grands enseignements :
1® La réalité, garantie cette fois par des hommes supérieurs, irrécusables et absolument étrangers au magnétisme, des faits magnétiques surnaturels, qui, malheureusement, ne se sont pas présentés tout d'abord.
Qu’en dit M. M...., cette fois, et comment M. Foucault s’y prendra-t-il pour réitérer ses épithètes de canaille et de sotie espece, adressées à tous les autres témoins de ces mêmes faits?
L’hypnotisme, ici, s’étant déguisé tout seul et glissé tout seul dans la science, doit être bien adroit par lui-même! Où peuvent être cette fois les compères?
2® L’Académie des sciences a donc le plus grand intérêt à ne pas nier en principe de tels faits et à les étudier un peu plus longtemps, ne fût-ce que pour les éconduire un peu plus vite.
3° M. Maury, en étayant toute sa thèse antimerveilleuse, sur les théories d’un hypnotisme chassé pour ses faits merveilleux, a construit ici sur une base qui n’existe pas ou dont il ne connaît pas toutes les conditions.
L'Union médicale avait donc bien raison de s’écrier, le 22 décembre 1853, par la plume du docteur Amédée Latour, rendant compte des adhésions obtenues par notre livre des Esprits : « Que les savants contemplent aujourd’hui où conduisent la plaisanterie et le dédain! Je laisse la parole à ces faits, ils sont cent fois plus éloquents que tout ce que je pourrais dire 1 »
Mais ce qui nous intéresse le plus dans les œuvres de M. Maury, c’est que, tout en faisant fausse route comme psycho-physiologiste, il voit parfaitement, comme M. Littré, qu’il s’agit ici de toute l'histoire, et qu’il y retrouve à chaque page tout son hypnotisme si bien éconduit et dévoilé.
Il a donc publié un livre fort savant, comme il sait les faire, c’est-
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à-dire rempli d’érudition, et, dnns lequel, à l’instar de son collègue, il reconnaît « la grande importance de ces questions au point de vue de Thistoire sacerdotale et politique de tous les temps. F^our lui, il est vrai, même origine et même valeur pour tous les faits merveilleux, qu’il s’agisse de la verge de Moïse, des miracles de nos saints ou du manitou du sauvage. Nous sommes prévenus, et voici la seule consolation qu’il nous laisse : c’est que cette magie était loin de ne reposer que sur la crédulité et le mensonge ^ » Qt^ant à l’exposé de ses phénomènes, il est encore. à peu près semblable à celui de M. Littré ; tout s’y trouve depuis l’enchantement de tous les objets, la conjuration des vents, le charme des serpents, les métamorphoses zoanthropiques, la divination, les suspensions en l’air, jusqu’aux épidémies contagieuses de spectres et de fantômes. Tout cela se confond pour lui avec les possessions des Évangiles, les exorcismes du Sauveur et tous les faits hagiologiques*.
Tout cela, et par conséquent toute l’histoire, puisque ces faits la gouvernent, s’explique très-naturellement, selon M. Maury, par... feu son hypnotisme, et cette fois nous sommes parfaitement de son avis.