‹ Des esprits et de leurs manifestations diversesChapitre 279 sur 341 · Voir Calvin. In Dan · texte numérisé non relu

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LKS SEPT ESPRITS

Nous laisserons nos libres penseurs se débattre comme ils le pourront avec cette grande voix de peuples divers, s’accordant comme un seul homme sur un phénomène si merveilleusement uniforme.

Deux autres noms encore peuvent être dits de notoriété^ publique; Gabriel {courage de Dieu) et Raphaël {vertu de Dieu). Un quatrième est nommé dans le troisième et le quatrième livre d’Esdras ; c’est Uriel {feu divin, Lux et Ignis), mais ces livres n’étant pas admis au nombre des canoniques , Uriel n’est pas accepté , et les trois autres noms restent toujours suspects, à savoir : Scaltiel {prihre ou discours de Dieu), Jehudiel {louange de Dieu), Barachiel {bénédiction divine).

Pourquoi maintenant l’Église, si ferme sur les trois premiers noms, si tolérante pour le quatrième, se montre -t- elle- si sévère pour les trois autres et refiise-t-elle de les recevoir? Uniquement parce qu’elle ne les trouve pas dans l’Écriture et qu’elle continue d’adresser aux fidèles la recommandation que saint Paul adressait aux Colosses, « de ne pas imposer aux croyants ce qu'on n'a pas vu ou ce qu’on ne sait pas de science certaine. )> Certes, l’Église universelle n’aurait peut-être pas manqué ici de bonnes raisons pour accepter une tradition qui avait été celle de plusieurs églises particulières, de beaucoup de saints et de grands pontifes eux-mêmes.

Elle ne le lit pas ; mais que de fois ne put-on pas croire qu’elle le ferait!

Vers le milieu du viii® siècle, un évêque illégitime , hérésiarque insigne, nommé Adalbert, avait cherché à couvrir ses infamies de la protection des sept esprits, et parmi les noms qu’il leur donnait deux seulement étaient connus de l’Église romaine : c’était «Mikael et Uriel ; les autres n’avaient même aucun rapport avec ceux que nous prononcions tout à l’heure. Adalbert fut condamné dans le deuxième concile romain , présidé par le pape Zacharie , et ses sept esprits le furent avec lui. Toutefois, le concile ajoutait « qu’il ne fallait pas confondre l’esprit Uriel , invoqué par ce magicien, avec cet autre Uriel dont il est parlé dans Esdras, et que tous les Pères révèrent. »

11 paraît que cette audace d’ Adalbert, qui avait trouvé beaucoup de partisans en Allemagne, fit redoubler de sévérité et préjudicia fortement à la reconnaissance officielle des noms vraiment traditionnels. Nous disons officielle, car il paraît encore qu’ils continuaient à subsister dans certaines églises, puisque l’inquisition elle-même les toléra longtemps et que Gastaldi, l’inquisiteur dominicain dont nous parlions tout à l’heure, dit formellement « qu’ils étaient permis. »

On croyait retrouver les trois noms jusque dans les Écritures: la tradition rapportait à f un l^angélophanie du chapitre xvi de la Ce-

ET l’histoho: de leur culte.

nèse, au troisième, celle du xviii«, au deuxième, celle du chapitre xxiii de TExode. Saint Ambroise avait adopté UrieP, et une foule de saints personnages avaient imité le grand docteur. On le voit figurer, entre autres, sur une lame d’or, retrouvée dans le tombeau de Marie, épouse de l’empereur Honorius, ensevelie au Vatican, sous la chapelle de Sainte-Pétronille.

Nous avons vu nous-même dans l’antique église de Santa Maria délia Pietà, sur la place Colonne, Tancien tableau des sept anges, sur les noms desquels Clément XI se fit faire un rapport, à l’époque delà renaissance, par le savant astronome Bianchini, rapport dont le résultat fut la conservation des images et l’effacement des noms, bien qu’ils fussent les noms traditionnels, fort différents, comme nous l’avons dit, de ceux d’Adalbert.

La renaissance se montrait plus difficile ou plus prudente encore que les siècles précédents.

Mais une nouvelle ère de réhabilitation parut vouloir s’ouvrir tout à coup pour les noms condamnés.

Vers 1460, vivait à Rome un saint personnage du nom d’Amadœe, membre d’une famille illustre de la Lusitanie, célèbre lui-même par les dons de prophétie et de guérison accordés à ses vertus et sans doute au grand sacrifice qu’il avait fait, en quittant toutes les pompes du monde pour entrer dans le tiers ordre de Saint-François. Le pape Sixte IV avait fini par reconnaître tous ses mérites en lui accordant remplacement de Saint-Pierre in Montorio pour y construire un monastère de son ordre.

C’est à ce saint personnage que les sept noms venaient d’être révélés, au même moment où l’on découvrait à Palerme, au fond d’une petite chapelle tout en ruine et pour ainsi dire ensevelie sous terre , un précieux tableau représentant les sept esprits avec tous leurs noms. Au même instant encore arrivait de Pise à Palerme une prophétie en vieux latin annonçant pour cette époque la reprise de leur culte et l’érection, sous Clément Vil, d’un couvent de Saint-François-de-Paul, sur remplacement de la petite chapelle : ce qui effectivement eut lieu plus tard.

Cette concordance de toute une suite de révélations avec la découverte d’une prophétie à leur appui suffisait encore au xvi® siècle pour donner quelque importance à une idée; aussi vit-on, peu d’années après, toutes les principales villes de l’Italie, Naples, Venise, etc., reproduire à l’envi, les unes sur la toile, les autres en mosaïque, le

i. Liv. ni, De fide ad graliam.

LES SEl*T ESPRITS

fameux tableau si merveilleusement retrouvé en Sicile ; la même foi se traduisit ailleurs par un chef-d’œuvre, car, Tan 1516, on vit s’élever tout auprès de la petite chapelle de Palerme le splendide temple des Sept-Esprits, dont un prêtre, homme de grand savoir et de grande piété. Antonio Duca, fut nommé recteur.

Mais les révélations spirituelles ne s’arrêtent pas ainsi, et les sept esprits ne se contentèrent pas de la Sicile.

Antonio Duca, poussé par eux et s’empressant de leur obéir, semble dès lors prédestiné au développement de leur culte à Rome. Les esprits ne le trompent pas et lui désignent comme emplacement de leur futur sanctuaire les fameux Thermes de Dioclétien, à l’érection desquels avaient été condamnés jadis quarante mille chrétiens et dix mille martys, soutenus, il est vrai, dans cette terrible tâche, par les exhortations et les secours de papes ou de saints aussi célèbres que Marcellus et Thrason, mais depuis lors, comme le dit le pape Pie IV dans sa bulle lv, « ce repaire était resté dévolu aux plus profanes usages et aux pratiques des démons. »

Ce qu’Antonio Duca eut à endurer à Rome de fatigues et de refus peut à peine se concevoir, bien qu’il fût fortement appuyé auprès de Paul III par la famille des Colonne, et plus encore par Marguerite d’Autriche, fille de Charles V. A Rome, quoi qu’on en dise, on se rend si peu vite aux révélations, que la mission laborieuse de Duca, commencée en 1527, ne devait arriver à sa conclusion définitive qu’en 1561, c’est-à-dire après trente-quatre années de persévérance et de prières. Cependant, en 1551, sous le pontificat de Jules III, nous voyons la purification des Thermes ordonnée, et une première église élevée sous le vocable de Sainte-Marie des Anges; mais les guerres revenant presque aussitôt, l’église est ravagée et détruite, sans que les révélations s’arrêtent; elles reviennent à la charge plus pressantes que jamais, et désignent formellement ces mêmes Thermes comme l’emplacement prochain du temple des Sept-Anges.

Ce fut alors que Pie IV réunit tous les cardinaux pour entendre Duca et juger de ses révélations; elles leur parurent authentiques, et néanmoins la décision n’arriva pas.

Mais voici qu’en 1553 une épidémie de possédés désole la ville, épidémie terrible qui résiste à tout. L’idée vient alors d’invoquer les sept anges, et l’épidémie disparaît subitement. Parmi tous les monuments historiques qui témoignent de ce fait, on possède encore une lettre adressée au cardinal Trani par le médecin Bernardin , dont la fille avait figuré parmi ces possédées.

Alors la cause est entendue; Paul IV mande au Vatican Michel-Ange

ET l’histoire de LEUR CULTE.

Buonarotti : c’était un événement dans la ville. Qui sait? à peine sorti de terre et déjà salué par l’admiration générale, le plus beau temple de l’univers allait peut-être avoir un rival? On l’espéra bien davantage encore, lorsque, le grand homme ayant produit son nouveau plan, on put reconnaître en lui celui qu’il avait jadis proposé pour Saint-Pierre, et qui certes en eût doublé la magnificence ^

Le plan est donc adopté, la construction dure trois ans, et cette fois ce ne sont plus les martyrs qui s’en chargent, c’est le peuple romain tout entier.

On lit encore dans les archives de l’Église « qu’on n’entreprend pas de raconter tous les miracles qui eurent lieu pendant cette érection, attendu qu'elle ne fut qu'un miracle continu. »

Toujours est-il qu’en 1561 cet admirable temple est consacré aux sept anges.

Ce n’est pas tout ; au milieu de toutes les pompes de la plus solennelle des cérémonies et en présence de tous les cardinaux, Paul IV ordonne que « les sept noms de l’image miraculeuse de l’église de Palerme seront inscrits autour du tableau qui surmonte encore aujourd’hui le maître-autel. »

Le but était atteint, le temple était élevé; trois ans après Michel- Ange et Duca mouraient presque en même temps, en pleine jouissance du fruit de leur génie et de leur foi. Sur le tombeau de Duca, enseveli le premier dans son église, on peut lire encore l’énoncé de ses révélations et celui des prières et des jeûnes qui les lui ont obtenues.

Pour en revenir aux noms mystérieux, on trouve encore dans certains missels romains imprimés en lo63, et entre autres dans ceux qui subsistent à la bibliothèque Barberini, l’office des Sept Anges et de leurs noms.

Cet office, composé sur les ordres de Paul IV, et dont minute existe au Vatican et à la Minerve, subsista pendant tout le pontificat de Léon X. On vit alors principalement les jésuites s’applaudir du secours prodigieux de cette dévotion et des succès qu’elle leur avait surtout procurés dans les îles Philippines. Saint Pie V concède encore ce même office à l’Espagne, en disant que : « On ne saurait trop exalter ces sept

i. C’est-à-dire la croix grecque au lieu de la croix latine, c’est-à-dire la suppression de la forme oblongue et de ces bas côtés qui, tout admirables qu’ils soient, diminuent le grand effet qui eût résulté de leur absence. Lorsqu’au milieu du parvis de Sainte-Marie des Anges on applique en pensée cette noble disposition aux vastes espaces de Saint-Pierre, on a tout de suite la conscience du prodigieux surcroît de majesté qu’eussent acquis les proportions du temple, et l’on comprend tous les regrets de Michel-Ange.

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