‹ Des esprits et de leurs manifestations diversesChapitre 280 sur 341 · LES SEPT ESPRITS · texte numérisé non relu

LES SEPT ESPRITS

recteurs du monde, figurés par Les sept planètes, et qu’il était consolant pour ce siècle de voir par la grâce de Dieu le culte de ces sept lumûres ardentes et de ces sept étoiles reprendre tout son lustre dans la république chrétienne. »

Le même saint pape permet en outre aux religieuses de Matritensis d’établir la fête de Jéhudiel, patron de leur monastère.

Mais y eût-il encore ici quelques interpolations, quelques nouvelles admissions suspectes (comme nous le donneraient à supposer plusieurs variantes remarquées dans ces derniers missels^), toujours est-il que cent ans après leur inscription officielle ces noms étaient radiés par Albitius, cardinal titulaire de ce beau monastère. Nous en avons indiqué les raisons. La principale reposait toujours sur la crainte de leur confusion avec d’autres noms si spécieusement semblables.

Il paraît qued’office des Sept Anges , si distinct cependant de leurs noms, disparut peu à peu avec eux et pendant bien longtemps; ce n’est que de nos jours, en 1825, que nous voyons un gentilhomme espagnol, appuyé par l’archevêque de Palerme, insister à nouveau auprès de Léon XII pour le rétablissement simultané et de l’office et des noms. Léon XII approuve l’office et repousse les noms, « par la raison, dit-il, que cette concession donnerait lieu à d’incessants abus; ainsi on n’aurait pas plutôt obtenu la fête d’Uriel, que l’on demanderait celle de Sabathaël et ainsi de suite. »

On le voit, toutes ces raisons ne condamnaient rien, et maintenaient la question parmi les questions de pure discipline.

Aussi dans ces tous derniers jours, la cause était-elle reprise par les mêmes demandeurs, et portée cette fois à la congrégation des rites par le cardinal Zurla, rapporteur.

(( Quant à notre office, dit Son Éminence, on ne peut rien lui opposer, puisque longtemps en vigueur à Palerme, en Espagne, en Italie et même à Rome, comme on peut s’en convaincre à Sainte-Marie des Anges et au Gesù , ce n’est que depuis bien peu d’années qu’il a été supprimé tout à fait.

(( Reste donc seulement la difficulté des noms; on nous objecte et le concile de Laodicée et les capitulaires de Charlemagne, mais qui ne voit que toutes leurs sévérités ne s’adressaient jamais qu’à l’hérésie d’Adalbert? Tout ceci n’est qu’une affaire de pratiques que l’Église peut changer tous les ans, et ces noms ne peuvent avoir aucun inconvénient, puisqu’ils ne désignent rien autre chose que les attributs di-

L Entré autres, la substitution du nom é’Eudiel à l’un des sept connus.

ET l’histoire de LEUR CULTE. 359

vins... D’ailleurs si ces noms n’étaient que des noms de démons, pourquoi permettrait-on de les donner au baptême? »

Ces raisons, pour le* moinè très- spécieuses, ne furent pas jugées suffisantes par la docte congrégation, et les noms restèrent encore une fois proscrits.

Mais on eût dit que sans eux l’office permis ne pouvait se développer, car nous avons eu sous les yeux, à Rome, une nouvelle demande faite en 1831 par quatre ou cinq évêques.

En 1832, la demande de restauration de l’office des Sept Anges et <( de l’extension dans tout Tunivers du culte approuvé à Palerme » est appuyée cette fois par quatre-vingt-sept évêques et par une foule d’hommes marquants dans l’Église.

Enfin, en 1858, nous avons suivi, toujours à Rome, les débuts d’une nouvelle reprise de la cause présentée cette fois par le cardinal Patrizi et par le roi Ferdinand II , parlant au nom de tout son peuple.

Adhuc sub judice lis est : la cause est en suspens.

Voilà l’histoire rituelle d’une grande vérité dogmatique, c’est-à-dire du culte rendu jusqu’ici par l’Église aux sept esprits proclamés par l’apôtre saint Jean et reconnus par toutes les religions du monde. Reviendrons-nous à ce sujet à la discipline de Paul IV et de Jules III , et notre siècle, menacé par de si terribles orages, serait-il appelé à recueillir de cette nouvelle dévotion tous les fruits dont s’applaudissaient les nations et les ordres qui en avaient fait usage? C’est à nous de l’espérer, mais non pas de le savoir.

Cette question semblera bien naïve à ceux qui nous accusent « d’avoir toujours pris des étoiles pour des anges ; )> mais elle sera comprise par ceux qui, dans le moment où nous écrivons ces lignes, travaillent à l’organisation de ce grand culte sur toute la surface- de l’Europe.

Puissent enfin ces longues vicissitudes du culte des esprits prouver à nos trop confiants spirites combien les affirmations, les révélations et même les miracles angéliques suffisent peu à la critique de l’Église, lorsqu’il s’agit pour elle de décider entre les vrais et faux bons esprits ! ^

1 . « Étoiles prises pour des anges. » L’accusation formulée par M. Maury et par tant d’autres sur la « méprise qui nous a fait prendre des étoiles pour des anges » acquiert un tel crédit, que nous serons bien forcé de nous en occuper sérieusement. 11 nous serait impossible de la dissimuler sans manquer de franchise ou de courage, puisque cette prétendue méprise se repiésente à chaque instant dans l’Écriture et la théologie. Nous examinerons donc (au chapitre Sabéisme) l’opinion si accréditée jadis et si discréditée aujourd hui.

360 LKS SEPT ESPRITS ET l’hIST. DE LEUR CULTE.

qui attribuait à nos sept esprits principaux la direction, non pas comme on se plaît à nous le reprocher, des sept planètes connues, mais des sep planètes principales, ce qui est bien différent.

M. Babinet nous ayant assuré dernièrement que « nous n’avions en réalité que sept grosses planètes, en dehors de la terre [a) », M. Reynaud ne pourra plus nous dire que « le jour où l’astronomie était venue attaquer le nombre sept dans son fabuleux empire des sept planètes, ce nom sacré s’était vu frapper dans la source même de son autorité *(6). »

Que la foi, cependant, n’aille pas s’alarmer à l’avance et supposer que nous changerons en dogme une simple opinion théologique. Ces dernières, nous l’avons promis, n’entreront jamais dans la partie officielle de nos écrits, mais encore faut-il bien répondre quelque chose à des objections incessantes, et déduire de l’état présent de la science certains motifs, sinon de triomphe, au moins d’excuse pour l’ancienne opinion.

On verra que nous resterons fidèle à notre programme et que, sans altérer en rien notre ordre de matières, nous aurons soin, comme toujours, de rajeunir les plus antiques traditions, en les mettant en regard des plus actuelles études.

(а) Revue des Deux Mondes, mai 1855.

(б) Terre et ciel^ p. 158.

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