CHAPITRE V
l’antique satan devant les penseurs modernes.
Un saint et grand prédicateur moderne a dit : « Le chef-d’œuvre de Satan est de s’être fait nier par ce siècle. »
On ne pouvait exprimer un fait d’expérience universelle en termes plus catholiques et plus heureux; nous l’avons déjà fait voir, la négation de Satan est tellement devenue le delenda Carthago du xix* siècle, que l’on comprend parfaitement les colères académiques excitées par la simple mise en question des phénomènes spirites.
De là ces fins de non-recevoir per fas et nef as , ces dénis d’examen révoltants, cette guerre acharnée déclarée à l’expérience, expérience cette fois irrécusable et générale.
Rendre Satan possible, c’était donc saper dans sa base tout l’édifice de la dénégation moderne.
Dans ce dernier système, le diable n’est plus autre chose que ce mal enfanté par la nature et le produit fatal des éléments. Le mal moral sort uniquement du cœur de l’homme, dévasté par l’orgueil et les passions égoïstes, etc... Toutes les religions, assure-t-on, se sont étrangement trompées en personni/iant ce mal, et le judaïsme en particulier a fait une grande faute en empruntant à la Bactriane ses dews, et au Boun-Dehesch son Ahriman.
Toutefois, relativement à l’ange de la mort, «il ne faudrait pas
l’antique satan
croire, dit M. Maury, que cet exécuteur des arrêts de Jéhovah fut un personnage purement métaphorique, une simple allégorie; il en est parlé dans des termes qui indiquent sa très-réelle existence... Sans doute qu’à l’origine cet ange pouvait avoir été une simple conception poétique, mais dans les croyanceé religieuses, la métaphore devient bien vite une réalité, le langage allégorique finit par être entendu dans le sens littéral, et c’est ainsi que le mythe prend naissance ^ »
De là tout le mal. A partir de ce moment, toutes les idées asiatiques relatives aux possessions, qui ne sont que de pures maladies naturelles, ont infecté le monde, et celui-ci ne leur eût jamais échappé sans la présence d’esprit et sans l’infaillibilité de quelques académiciens modernes; mais ceux-ci, d'un trait de plume, ont fait rentrer dans le néant ce Credo permanent de l’humanité et toutes ces naïvetés des Platon et des Bossuet, dont le génie s’était trouvé fasciné, on ne sait trop comment,... par des contes de vieille femme, etc., etc...
Sur la foi de telles autorités, comment la littérature la plus frivole ne se serait-elle pas crue autorisée à rire à son tour de ces grands hommes et de Satan? Aussi n’avons-nous été nullement étonné pour notre part de trouver ces burlesques paroles dans le Journal des Débats du 25 avril 1855 : « De tous les êtres autrefois maudits, que la tolérance de notre siècle a relevés de leur anathème, Satan est sans contredit celui qui a le plus gagné aux progrès des lumières et de l’universelle civilisation. Le moyen âge qui n’entendait rien à la tolérance le fit à plaisir méchant, laid, torturé... Un siècle aussi fécond que le nôtre en réhabilitations de toutes sortes ne pouvait manquer de raisons pour excuser un révolutionnaire malheureux, que le besoin d’action jeta dans des entreprises hasardeuses... Si nous sommes devenus indulgents pour Satan, c’est que Satan a dépouillé une partie de sa méchanceté et n’est plus ce génie funeste , objet de tant de haines et de terreur. »
Que voulez-vous encore ? L’Allemagne incroyante et nuageuse a raisonné sur tout cela, et la France sur sa parole se contente de railler.
L’Allemagne ! mais si nous en croyons tout ce que nous avons là sous nos yeux, l’Allemagne a bièn perdu de son assurance. Voici par exemple une profession de foi de Schelling, trop remarquable en raison de ses aveux et de ses déraisonnements, pour ne pas lui donner place ici.
C’est Mœller, le savant professeur de Louvain, qui va l’analyser.
« Schelling ayant donné une théorie du christianisme, sa théorie