Magie et astrologie, par Maury, p
DEVANT LES PENSEURS MODERNES
serait incomplète s'il avait passé sous silence Vesprit puissant qui depuis le commencement des choses a joué un si grand rôle dans le monde... Satan, selon lui, était d’abord une puissance (soit), un principe universel; or, tout le système de Schelling repose, comme on le sait , sur des puissances qui précèdent les réalités. Dieu lui-même ayant débuté comme puissance, il en doit être ainsi du démon. Schelling avoue cependant que le mot hébreu husatan, avec l’article défini, signifie un adversaire déterminé, un adversaire du Christ dans le Nouveau Testament. Cette position du prince des ténèbres prouve sa dignité. S’il n’eût été qu’une simple créature, la lutte, qui ne peut avoir lieu qu’entre des puissances égales , n’aurait pas été possible entre le Christ et Satan. Les grands préparatifs, les travaux et les souffrances du Sauveur ne pourraient alors se comprendre. On a jusqu’ici regardé le diable comme une créature, qui, bonne d’abord, devint méchante; mais selon Schelling c’est une erreur. Les bogomites, secte hérétique du xi® siècle, avaient mieux compris la nature du démon, dont ils faisaient le frère aîné du Christ. 11 est donc évident pour Schelling que Satan est un principe, une puissance, qu’il est reçu dans l’économie de Dieu, dans l’ensemble des forces, et que nous lui devons du respect comme à une autorité légitime. <( 11 n’est pas permis, dit-il, de le méconnaître, de le mépriser, de s’en moquer. Satan est un principe cosmique (died du monde). S’il ne l’eût pas été, comment eût-il pu montrer au Christ tous les royaumes du monde et lui dire : « Je vous donnerai tout cela, si vous voulez m’adorer ? »
« Satan, dit-il, est donc, comme le Christ, une puissance intermédiaire entre le Créateur et la créature... Satan contribue à la gloire de l’homme en accusant l’homme et manifestant ainsi le mal caché en lui... Ce ne fut donc pas Satan qui corrompit l’homme, mais V homme qui corrompit le démon; dès lors Satan devint méchant... Il est le principe mobile de l’histoire, qui sans lui arriverait bientôt à un état de stagnation et de sommeil... Nous lisons dans l’Apocalypse que Satan « tomba du ciel sur la terre »; il ne s’agit pas ici d’un bon ange devenu méchant, mais d’un changement de relations du démon avec Dieu. Il perdit par le Christ sa fonction religieuse et acquit en même temps une existence politique. Aussi de nos jours, c’est dans la politique qu’il EXERCE SON EMPIRE... Chacuu de nous naît sous l’influence du principe satanique, et c’est là le vrai sens du péché originel qui n’est nié que par UNE philosophie SUPERFICIELLE... L’avénement du Christ fut le moment de la crise pour Satan. C’est maintenant, dit saint Jean, que le prince de ce monde va être chassé dehors, c’esl-à-dire , dit Schelling, qu’il
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perd son domaine dans la religion pour le retrouver dans la politique. ))
Voici qui est plus curieux encore. « Les mauvais anges ne sont pas des êtres créés; ils doivent aussi, et comme leur chef, leur existence à la volonté de Thoinme... Mais ici il se manifeste des relations trèsintéressantes et très-remarquables.. . Quand ces mauvais anges deviennent des réalités, les bons anges deviennent des possibilités, et la réalité des bons anges réduit les mauvais à de pures possibilités; car les mauvais anges sortirent par le péché de l’homme de leur état purement potentiel et devinrent des réalités; par conséquent les bons anges, les anges positifs, furent renfermés dans la simple potentialité... L’homme se sépara par sa chute de son bon ange , qui fut mis en dehors de lui et privé de son existence réelle, etc. »
Quand on pense qu’un homme comme Mœller voit là dedans des idées tellement neuves , des vues et des éclaircissemenls si extraordinaires qu’ils méritent de fixer toute l’attention des savants, on est confondu de cette préférence accordée à l’illogisme le plus nébuleux sur la logique si claire de la Bible.
Après les coryphées de la science dénégatrice allemande, pourrions-nous bien prendre au sérieux le fatras français publié dans ces dernières années avec quelque succès par le pseudonyme Éliphas Lévy, sous le titre de « Haute magie? » Non, certes, car lorsqu’un soi-disant catholique, assez fortement convaincu pour avoir dit du diable que « ce mot ne le fait pas rire,... qu’étant nommé et personnifié dans l’Évangile, il existe et peut être considéré comme une personne,,..)) que « les traditions sur Lucifer et sur l’esprit de ténèbres sont pleines de révélations et d’inspirations divines, et qu’il faut crier « vive Marie, vive la divine Mère qui a écrasé la tête de V infernal serpent!... » lorsque après de telles paroles, disons-nous, un catholique ne craint pas de se déjuger par celles-ci : « Lucifer... cet ange assez fier pour se croire Dieu, assez beau pour avoir pu s’adorer en pleine lumière,... cette création hybride, ce héros des éternités ténébreuses, ce calomnié de laideur,... etc., c’est une conception téméraire, IMPIE, MONSTRUEUSE,... )) un tel catholique, disons-nous, est à son tour... une création tellement hybride que, sans posséder le moindre don de seconde vue, on peut deviner dès les premières pages quel effroyable gâchis il va falloir traverser pour arriver à la dernière.
Pour ce nouveau Dupuis, appliquant à Déliai ce que l’autre applique au Verbe de Dieu, le diable n’est autre chose que « la lumière astrale aimante,... force aveugle en elle-même que Dieu créa au premier jour, lorsqu’il a dit le fiat lux. »
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De sorte, dirons-nous à notre tour, qu’après avoir béni Marie d’avoir « écrasé le serpent », nous devrions ajouter, « c’est-à-dire d’avoir écrasé la pure lumière aimante de Dieu. » Mais quand nous parlons de Dupuis, il est bien entendu que nous ne parlons ni de sa science ni de l’art avec lequel il savait enchaîner ses déplorables déductions. Ici la science ne coûte pas ch( r à l’auteur, et nous lui représenterons, quand îl le voudra, toute la sienne dans les trois volumes intitulés : « Philosophie divine , » en ajoutant que dans ceux-ci du moins la vraie nature de lumière astrale était encore reconnaissable... Après l’avoir complimenté sur la valeur des sources qu’il consulte, nous passerons outre sans y attacher la moindre importance ^
Faut-il maintenant prophétiser à coup sûr? Tous ces non-sens passeront, tous ces dénégateurs de Satan seront incessamment battus sur toute la ligne et sifflés comme les enténébrés d’un autre âge. Comme les faits finiront bon gré, mal gré, par avoir raison des sophismes, ce sera à ces dénégateurs que s’appliquera la fameuse prophétie de de Maistre. « La science actuelle sera bientôt honnie par une postérité illuminée qui rira de nos ténèbres, comme nous rions aujourd’hui de celles du moyen âge. » En Allemagne, comme en Amérique, la prophétie est déjà visiblement accomplie ; vienne encore une épidémie de spiritisme, vienne l’heure des aveux pour arracher à quelques grands savants celui de leur conversion, ou leur donner le courage de toutes leurs opinions, et tout ce que nous venons d’entendre rentrera dans le silence, honteux de l’avoir rompu dix ans trop tôt.
Mais combien d’entre ces vaincus peut-être, pour n’avoir pas voulu reconnaître à son heure « la création monstrueuse de l’archange traditionnel , » s’attelleront à son char, et abjureront à ses pieds le vieux catholicisme, son ennemi !
Que l’on ne s’imagine pas que nous exagérions à plaisir ; le P. Deschamps s’exprime ainsi dans un ouvrage trop victorieusement raisonné pour qu’on s’avise d’en parler a Je n’oublierai jamais la réponse que me fit à Vienne un savant distingué, auquel je faisais cette question : « Le protestantisme se dissout dans le rationalisme, et le rationalisme ne peut devenir populaire ; quel sera donc désormais le culte de l’er-
^ . On pense bien que nous n’en attacherons pas davantage aux élans de charité qui lui font dire si souvent « ce bo7i M. de M... s’imagine; ce bon M. de M... vient de nous dire, etc. » Hélas! tout cela n’a qu’un bon côté, celui de nous faire rentrer en nous-môme et de nous humilier devant la supériorité de ce bonU. Éliphas, infiniment meilleur que nous.