‹ Des esprits et de leurs manifestations diversesChapitre 283 sur 341 · Le Christ et les Antechrists . p · texte numérisé non relu

Le Christ et les Antechrists . p

l’antique satan

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reiir pour ceux qui ne voudront pas de la vérité? — Tout indique, me répondit-il, l’avénement de quelque nouvelle forme de la thèurgie et de la superstition ; le panthéisme populaire sera une sorte de nouveau paganisme. — Le souvenir de cette réponse, reprend le P. Deschamps, réponse que je rapprochai des paroles écrites dix ans plus tôt, et que je citais tout à l’heure, sur la fin des philosophies, me frappa et dut me frapper, quand la fièvre des esprits s’empara des deux mondes. Cette fièvre, il est vrai, semble vouloir se calmer de ce côté-ci de l’Océan, mais le fait éclatant de son apparition suffit, on ne peut le nier, pour nous faire reconnaître avec évidence la possibilité de ce retour de l’idolâtrie, dont saint Paul nous a dit : « L’esprit de Dieu affirme ouvertement que dans les derniers temps beaucoup abandonneront la foi , en suivant des esprits d’erreurs et des doctrines diaboliques * . »

« Mais, ajoute le P. Deschamps qu’on ne se lasse pas de citer, un dernier phénomène de notre âge nous aide à concevoir ceux qui nous sont annoncés poùr le dernier ; ce n’est plus seulement la tendance instinctive à la superstition et au culte des esprits, mais la prétention formelle à la rèhabilitationAe Satan. »

Elîectivement, les poètes et les penseurs ne manquent pas à ce parti vengeur du démon. La lyre et le dithyrambe font entendre déjà leur prélude. Écoutez la poésie, parlant de Satan et du Christ :

Et quand ils seront près des degrés de lumière Par nous seuls aperçus,

Tous deux seront si beaux, que Dieu dont l’œil flamboie

Ne pourra distinguer, père ébloui de joie,

Déliai de Jésus.

Écoutez maintenant l’esprit moderne le plus avancé :

« A moi, Satan, qui que tu sois, démon que la foi de mes pères opposa à l’Église et à Dieu, je porterai ta parole et je ne te demande rien ! )>

Écoutez bien la suite :

(( Je sais que ceux qui demandent ce que nous mettrons à la place du gouvernement ne manqueront pas de nous demander encore ce que nous mettrons à la place de Dieu. Je ne recule devant aucune difficulté. Je déclare même , dans la sincérité de ma conviction , à la différence des anciens athées , que tel me paraît être le devoir de la

1. Ad Timoth.^ 1. I, ch. iv. On sait encore que ces esprits opéreront de tels prodiges que les élus eux-mêmes les prendront pour de vrais miracles.

DEVANT LES PENSEURS MODERNES. 367

philosophie, car nous ne viendrons à bout d'eoopulser Dieu qu’en dégageant ï inconnue qui lui succède ^ »

Reste à nommer cette inconnue, et Proudhon Vu déjà tant de fois indiquée qu’il ne saurait reculer devant cette nouvelle difficulté : « Viens, s’écrie-t-il enfin, viens , Satan, toi le calomnié des prêtres et des rois, que je t’embrasse et te serre sur ma poitrine! Il y a longtemps que je te connais, et tu me connais aussi. Tes œuvres, ô le béni de mon cœur, ne sont pas toujours belles ni bonnes; mais elles seules donnent un sens à Tunivers et l’empêchent d’être absurde... Espère encore, ô proscrit! Je n’ai à ton service qu’une plume, mais elle vaut des millions de bulletins^. )>

Est-ce assez clair, assez formel?

On aura pu remarquer dans cet ultimatum de l’enfer cette expression de ÿdomniè que le Journal des Débats appliquait tout à l’heure au même être. Ah! c’est que les distances ne sont pas grandes entre ceux qui nient le surnaturel diabolique et tous ceux qui l’invoquent. On peut même affirmer, lorsque nous entrerons à pleines voiles dans le néo- paganisme (et nous y entrons déjà), que la faute en sera aux aveugles qui auront nié si obstinément un péril évident. « Marchez et ne craignez rien, » disaient tous ces simples de la science constituée... <( Marchez, il n’y a pas de précipice sous vos pas. — Mais je le vois. — Non, vous dis-je, c’est l’hallucination qui vous trompe, il n’y a rien. » Et, plein de confiance, le voyageur marchait et courait sur la foi de l’Institut, jusqu’au jour où le terrain disparaissait sous ses pas.

Un jour viendra cependant où cette même science constituée, après avoir professé pendant un siècle qu’il n’y a pas de surnaturel, s’écriera de toutes ses forces, mais trop tard ; « Il y a trop de surnaturel, Schelling et Proudhon ont raison. Il n’y a que le Dieu tombé qui donne un sens à l’univers actuel; sans ce Dieu, ils viennent de le proclamer, l’üNivERS (tel qu’il est) reste absurde »

Et la science alors tremblera... mais un peu tard peut-être.

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