‹ Des esprits et de leurs manifestations diversesChapitre 29 sur 341 · Histoire du merveilleux, p · texte numérisé non relu

Histoire du merveilleux, p

3. Ceux qu’un tel aveu étonnerait ne peuvent mieux s’éclairer sur cette question historique, qu’en recourant à l’excellente monographie publiéé par M. Blanc, à la librairie de Plon. Sous un petit volume, ils y trouveront une grande vérité consciencieusement étudiée et élégamment analysée.

INTRODUCTION

ces détails à un témoin oculaire qui « atténue plutôt qu’il n’exagère les faits, » on peut passer pour très-croyant, et nous ne voyons par trop sur quel droit on s’appuie pour trouver notre foi trop robuste.

Mais surtout, quand on en est arrivé là, à quoi bon se permettre de mutiler tant d’autres histoires déjà si mutilées par M. le docteur Calmeil, les faits de lycanthropie, par exemple ^ ? C’est de la falsification en pure perte, et l’on ne sera pas bien avancé, quand sur l’énorme actif des manifestations surhumaines on aura rabattu quelques oboles qui chargeront énormément, au contraire, le passif des explications insuffisantes.

Quant à ce qui nous regarde personnellement, de deux choses Tune: M. Figuier a lu ou n’a pas lu notre livre des Esprits, et son Appendice complémentaire. Dans le dernier cas, il n’a pas le droit d’en parler; dans le premier, il devait à ses lecteurs, pour bien leur préciser l’état de la question, non pas une longue suite d’exclamations « sur l’incroyable succès de nos extravagances dans le public ignorant, » mais bien cette remarque, du reste importante et notée par la franchise de M. de Gasparin, que a le plus triste de la chose était que la science elle-même n’avait pas eu l’air de les trouver trop mauvaises^; » et, comme il eh voyait de nombreuses preuves dans les premières pages de l’Appendice, il devait, fût-ce en les déplorant , les mentionner dans l’intérêt de la vérité.

Mais toutes ces fautes s’aggravent devant la nullité complète des explications. Ce n’est pas en appliquant à chaque page les mots aussi creux que sonores de thèomanie, ^hypnotisme , dhystérodémonopaihie, etc., à des phénomènes qui sont tout à la fois objectifs matériels et physiologiques, que l’on avancera la solution. C’est un peu trop court.

Mais ce qui est un peu trop fort, c’est de retoucher les faits à sa guise ; et ce qui est un peu trop faible, c’est de les promener de théorie en théorie jusqu’à ce qu’on puisse les ajuster à peu près sur Vune d’elles. Ainsi, puisque la névrose et l’hypnotisme sont comme les pièces de résistance du système, à quoi bon leur donner pour soutiens la fourberie, l’adresse, le biologisme, la suggestion, l’anesthésie, les onguents, les philtres vénéneux, la fascination, et jusqu’au claquement des tendons, auxiliaires importuns qui expliquent la question parla question, et dont l’alliance, si elle n’était pas impossible, paralyserait à chaque pas l’explication principale?

i - Voir à la page 363 du deuxième volume de ce mémoire.

2. Voir l’avant-propos de l’Appendice compl. de notre I" Mémoire.

LA SCIENCE ET l’OCCULTISME.

Qu’on le sache bien : une telle stratégie est d’autant plus ruineuse, que l’on a pris plus de soin de bien établir au début que « le phénomène des tables tournantes fut le signal, dans les deux mondes, d’une éruption de prodiges... qui, semblables à ceux de l’antiquité dont ils sont la copie, peuvent être rapportés à une même cause , et s'expliquent les uns par les autres, à ce point qu’un seul, bien compris, donne la clef de tous * . »

Ce mot est peut-être le meilleur des quatre volumes de M. Figuier. Qu’il le médite sérieusement, et peut-être finira-t-il par comprendre que, lorsqu’il s’agit de clef destinée à ouvrir tout un ensemble de serrures reposant sur le même secret, toute clef qui échoue devant une seule de ces serrures doit être immédiatement rejetée, jusqu’à ce que l’on rencontre celle qui les ouvre toutes avec la même facilité. Or, pendant que sa clef nerveuse, bien loin d’ouvrir les serrures des (( pianos soulevés sans contact , des morsures et des pluies de pierres^, etc., » les mêle encore plus et s’y brise, il conviendra que si, par impossible, la nôtre pouvait exister, elle ouvrirait, comme nous avons entendu Jamblique nous le prouver tout à l’heure , toutes les serrures d'u7i même coup, une force surintelligente pouvant tout aussi bien agir sur nos systèmes nerveux que sur les objets extérieurs de toute la création. 11 s’agit donc de savoir si la philosophie du XIX® siècle pourra secouer assez résolument le limon qui s’attache encore à ses ailes, pour s’élever des forces instinctives et même intelligentes jusqu’au degré suivant des forces surhumaines et surintelligentes.

Qu’on y prenne garde I les systèmes Renan, Littré, Maury, Figuier, nous feraient retomber précisément à Épicure et à Diogène, dont les deux sectes furent les seules qui se permissent de nier les esprits; en quoi Bayle les trouve « très-RioicuLES et n’ayant aucune bonne raison à donner »

Pour mieux prouver d’ailleurs à M. Figuier que ce serait sans aucun profit pour sa cause, nous pouvons le renvoyer à ses frères en philosophie et même à ses meilleurs amis, bien autrement sévères pour lui que nous ne le sommes nous-même.

Et d’abord, le Journal des Débats * , après de magnifiques éloges prodigués à Vesprit de cet ouvrage, « qui n’est autre que Vesprit mo~ derne, » commence à lui reprocher a des concessions beaucoup trop

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