‹ Des esprits et de leurs manifestations diversesChapitre 307 sur 341 · Voltaire, Qtæsl. de Zopata · texte numérisé non relu

Voltaire, Qtæsl. de Zopata

LE SERPENT

les dieux eux-mêmes aux prêtres initiés. » Nous n’avions pas lu surtout dans le même auteur, que « les dieux venaient PRESQUE TOUJOURS OCCUPER CES EMBLÈMES choisis et enseignés par eux. » Creuzer, sans croire peut-être à ses paroles, avait donc bien raison de s’écrier que « sans la théorie des esprits il était absolument impossible de rien comprendre aux religions.»

Mais aujourd’hui nous possédons des autographes d’un serpent invisible qui, dessinant sous nos yeux, avec un crayon que PERSONNE NE TENAIT, une longue suite de sinuosités serpentaires, écrivait au-dessous cette mélancolique devise : « Je vis ma vieille vie, veterem vitam vivo t. »

Dès lors, on comprendra que pour nous ces simples dracontia de papier commençassent à, devenir mille fois plus intelligibles que les dracorUia de granit, lorsque, pour éviter toute méprise, le trépied rédacteur, ou plutôt « l’emblème occupé », pour parler comme Creuzer, signait de son propre pied, et paraphait ces fantaisies serpentaires par le mot DIABLE, qui coupait court à tout.

Lorsqu’on possède une suite de pareils autographes, on ne leur fait pas l’injure de les confondre avec ceux de nos plus hautes célébrités contemporaines. On les encadre et on les suspend entre le buste du dieu Pan et la grotesque tête du Baphomet des templiers. 11 ne fallait pas méditer bien longtemps sur cet imposant phénomène pour reconnaître qu’à l’opposite du bien qui s’est fait chair, ce mal qui s’est fait bois, bois écrivant et parlant, ne pouvait jadis, en se faisant serpent , tracer un emblème plus frappant de cette immense couleuvre spirituelle qui enserre la terre dans les vastes replis de sa haine, comme l’autre serpent, le serpent de vie, la réchauffe et l’embrasse dans les plis de son amour.

Pour nous, nous le répétons, un simple coup d’œil jeté sur ces croquis mystiques faisait pleine et entière justice de trois siècles de risées et d’impossibilités prétendues. Nous compre-

1 . Voir, en tête de notre P** vol., la lettre de M. de Saulcy.

nions enfin le troisième chapitre de la Genèse , et la tradition universelle sur les serpents sacrés

Mais ce que nous ne comprenions plus du tout, c’est qu’après tant de recherches et de travaux sur le même sujet, sans jamais découvrir la vraie raison de leur caractère sacré, nos académiciens épuisés de fatigue n’aient jamais eu le moindre regard d’intérêt pour les autographes souscrits et Signés, n’importe par quel être invisible se donnant pour ce serpent. Ce que nous comprenons encore moins, c’est que ces savants aient pu dédaigner assez les affirmations lumineuses d’un collègue, pour leur préférer la continuation de leurs vaines et ténébreuses recherches.

Toujours est-il qu’après bien des années de rêveries et de sottises, cette simple séance spirite, cette autophotographie diabolique illuminait pour nous tout ce culte du serpent, emblème animal et occupé du serpent spirituel.

Cette occupation n’était à son tour que le prélude de cette longue zoolâtrie égyptienne, dans laquelle, nous le verrons bientôt, l’allégorie se traduisait en bien autres occupations très-réelles, certifiées par toute la sagesse de ce grand peuple.

Nous verrons pourquoi il reconnaissait dans le serpent « quelque chose de très-divin, qu’il n’était cependant pas avantageux de connaître, divinius quoique prœstet ignorari^;n . . . pourquoi les Athéniens en nourrissaient dans leurs temples « afin d’avoir toujours sous la main des prophètes^; » ... pourquoi, chez les Romains, c’était le dragon sacré d’Épidaure qui, venu lui -même de cette ville à l’appel du peuple, exigeait qu’on lui bâtît sur le Tibre , au pied du mont Palatin , un temple où, depuis, on ne cessait jamais de le consulter Nous verrons surtout pourquoi l’adoration du serpent n’excluait nullement l’horreur et la destruction du serpent.

i. Voir l’Appendice G du ch. v, Sur les serpents sacrés.

'i. Ælien, Nature des animaux, 1. XI, ch. xvii.

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