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De Genesi, I. xi

PHILOSOPHIE DE LA CHUTE

Nous ne voulons pas davantage de votre métempsycose et de vos vies successives et métamorphosées, traînées de mondes en mondes, sans aucun souvenir de celle-ci. Quelle consolation trouvez-vous dans l’abolition de vos souvenirs ou dans l’ajournement indéfini de vos plus chères espérances? Nous ne tenons pas à ces éternités subies « de planètes en planètes et de soleils en soleils. » Nous sommes plus pressés, et nos cœurs ne s’arrangeraient pas de tels retards. Quand la Bible traduit l’idée de mort par cette phrase si touchante : « aller rejoindre ses pères », elle ne prétend probablement pas nous faire poursuivre chacun d’eux dans chacune des étoiles, et lorsqu’elle nous donne rendez-vous dans « le sein d’ Abraham, » elle ne saurait entendre par là toutes vos pérégrinations cométaires^.

En fait de planètes, nous tenons avant tout à la nôtre, et c’est avec bonheur que nous lisons dans l’apôtre saint Pierre (ch. iii, V. 13) qu’elle ne sera pas détruite, mais dissoute, et, comme elle paraît l’avoir été déjà, « renouvelée encore une fois par le feu ; » et comme nos corps ne nous seront probablement pas rendus pour rester suspendus dans les airs, nous espérons bien que nos pas pourront fouler encore la terre qui n’abritera demain notre dépouille qu’ après avoir été notre berceau.

i . « Notre âme, dit M. Reynaud [Terre et ciel), notre âme, en passant alternativement d’un séjour dans un autre, changeant d’organes chaque fois, et indéfiniment variable dans les apparences sous lesquelles elle se témoigne, poursuit au rayonnement des soleils, de migration en migration, le cours diversifié de son immortalité. »

M. Pelletan n’est pas moins encourageant. « Je crois pouvoir affirmer, dit-il, que la vie est immortelle (que de bonté!), et que l’homme ira toujours de soleil en soleil et d’étoile en étoile,... de transfiguration en transfiguration, etc. »

Enfin, M. Victor Hugo nous donne la contre-partie de tousces beaux rêves. « Les âmes coupables, dit-il, passent dans les objets de la nature immonde. Ce ver de terre, qui rampe sous nos pieds, qui sait si n’est pas Cléopâtre? Frédégonde est peut-être là sous ce pavé,... etc., etc. »

Voilà où en arrive le siècle qui se vante de répudier toutes les hypothèses et de ne marcher jamais qu’armé du flambeau de l’expérience.

Mais pour laisser les hypothèses et pour s’en tenir au trop réel, pas n’est besoin de philosopher bien longtemps pour entrendre au fond de son propre cœur le douloureux écho de ces deux chapitres de la Genèse , pour y sentir le vide laissé par la perte d’un grand bien et le désir insatiable de le combler.

Tous, nous pleurons un Éden; tous, nous couvons, au plus profond de nos âmes, le mystérieux souvenir d’une félicité qui n’est plus ; tous encore, et chaque jour, nous essayons de rentrer dans ce jardin perdu et de mouiller encore une fois nos lèvres aux sources regettées « que toute âme désire et qui n’ont plus de nom au terrestre séjour. » Vain effort et fol espoir, toujours déçus par le glaive flamboyant du chérub, jusqu’au jour où le mépris du lingot d’or et du lit de roses l’aura à jamais désarmé !

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