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Lacordaire, 13* Conférence de

ou DEUX MIRACLES AU CHOIX.

un seul sourd de naissance qui ait pu retrouver et ranimer au fond de ses instincts quelques légers débris de la faculté primitive, et faire de lui-même un seul pas hors du mutisme le plus absolu. Or, s’il est vrai que l’homme ait été u en même temps naturellement pensant et naturellement parlant », que l’un soit la conséquence toute naturelle de l’autre, il faut convenir que la disparition aussi radicale et aussi exceptionnelle d’une telle faculté natuî'elle serait encore plus surnaturelle que tout le reste.

Entendons-nous bien toutefois. Comme nous l’avons dit plus haut, rien ne se rapproche plus dans les termes que la doctrine orthodoxe et celle qui ne l’est pas, puisque la première appelle don ce que l’autre appelle faculté, et que toutes les deux reconnaissent V aptitude psychologique et innée au langage ; mais la cause du dissentiment repose tout entière entre la spontanéité du phénomène et son développement par un moteur étranger.

Et, qu’on y fasse bien attention ! dans la théorie de M. Renan, cet instinct, bien loin d’être créé, est au contraire son propre créateur. « 11 n’y a, dit-il encore, que deux hypothèses, l’une consiste en une source unique de toutes les traditions, l’autre en un instinct créateur dont les produits (y compris le langage) auraient été partout identiques. » (Ibid.)

Comprenez -vous maintenant Vanguem in herba, l’anguille cachée sous l’herbe? Le Créateur, classé parmi les instincts, c’est-à-dire parmi les forces aveugles, brutes et inintelligentes!...

Voulez -vous mieux comprendre encore? Quand on demande à M. Renan son dernier mot sur cet instinct créateur et comment il a pu se le procurer : « Il suffit , dit-il , de substituer un miracle psychologique au miracle théologique;.., recourir à une intervention surnaturelle pour expliquer les faits qui sont devenus impossibles dans Vétat actuel du monde, c’est prouver qu’on ignore les forces cachées de la spontanéité; plus on les étudiera, et mieux on comprendra qu’il n’a pas été besoin d’un Dieu toujours immiscé dans la marche des choses L.. » Et ailleurs : « Depuis que la nature a cessé de créer, les faits étranges sont devenus entièrement impossibles dans notre milieu réfléchi... C’est le rêve affirmé. J’insiste sur ce point, car le défaut de critique des supernaturalistes et la source de leur grossier réalisme^st l’inintelligence de l’état primitif de l’humanité, et leur habitude de juger toutes les époques de l’esprit humain sur la même mesure^. »

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