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SPONTANÉITÉ DU LANGAGE HUMAIN

térise, c’est d’illuminer les hommes, en imprimant en eux d’abord la lumière naturelle de Y intellect- agent , ensuite et par-dessus {super) celle de la grâce et de la gloire. »

Nous voici bien loin de ces instincts créateurs qui nous permettent de nous passer « d’un Dieu s'immisçant à tout propos dans la marche des choses. »

Écoutons maintenant une grande sainte :

(( Quelle conformité entre vous et l’âme, ô mon Dieu, lorsqu’elle s’élève à vous par la lumière intellectuelle qu’elle reçoit de vous, et par l’amour divin qu’elle acquiert en se contemplant aux clartés de votre vérité! Elle vous ressemble, ô Dieu immortel... Vous êtes la lumière, et vous la faites participer à la lumière ; vous êtes un feu, et vous vous communiquez... Alors que dire encore? sinon que l’homme devient Dieu, et que vous, mon Dieu, vous vous êtes fait homme ^.))

Après les anciens maîtres, on sera bien aise d’interroger les nouveaux. Nous finirons en écoutant un des penseurs les plus profonds et les plus originaux de notre époque.

(( Le vrai but des philosophes, en soutenant cette doctrine de la spontanéité du langage, dit Balmès, est de préparer des arguments en faveur de celle-ci, que notre prétendu moi n’est qu’une modification de l’Être absolu, que la personnalité de notre être n’est qu’une phase de la raison impersonnelle et absolue; mais... ce que l’on nomme la spontanéité ou Y intuition des premiers temps ne saurait être, aux yeux d’une saine critique et de la raison, que Y enseignement primitif de Dieu à l'homme. Les arguties des philosophes modernes ne sont qu’une répétition déguisée des raisonnements perfides de l’incrédulité à toutes les époques, déplorable abus du talent qui profane ainsi ce qu’il a reçu.

« Ce phénomène de la spontanéité est un thème facile qui se prête à de brillantes divagations... Certains philosophes ont tout fait entrer dans cette question, mais, disons-le franchement,... ce sont-la des PHRASES sonores MAIS VIDES, qui n’enseignent rien, qui ne disent rien. La raison proprement dite ne se développe pas dans les intelligences, SANS CONTACT AVEC d’autres INTELLIGENCES. Tous les spectacles de la nature sont insuffisants pour la réveiller... Rien n’empêche philosophiquement d’admettre une communication immédiate de notre esprit avec un être supérieur, et, par suite, de placer dans l’influence directe de cet esprit supérieur sur le nôtre l’origine de certains phénomènes spontanés. La philosophie nous fait toucher au doigt la nécessité d’un enseignement primitif, sans lequel l’esprit humain n’aurait pu

\. Sainte Catherine de Sienne, t. II, p. 310.

ou DEUX MIRACLES AU CHOIX.

sortir de rabrutissement. L’invention du langage, par exemple, l’invention par excellence, on veut l’attribuer à des hommes stupides, comme le sont tous ceux à qui la parole manque. Il serait beaucoup moins étrange qu’un Hottentot inventât le calcul infinitésimal L »

Que l’on compare avec le rêve affirmé et que l’on juge !

Au reste, il y aurait quelque chose de plus dangereux encore que la folle hypothèse de M. Renan, ce serait la défense d’une bonne cause par de mauvaises raisons, et par ce que le R. P. Vefitura appelle des arguments semi-rationalistes.

Ainsi nous lisons dans un recueil que nous aimons beaucoup ^ un article d’un homme dont nous apprécions toute la valeur, mais qui nous paraît faire ici la partie par trop belle à l’ennemi qu’il combat.

Aux affirmations de M. Renan sur « la spontanéité inconsciente, par laquelle la nature durant le sommeil de f âme produit le merveilleux résultat du langage, » M. Schœbel répond très-bien d’abord « qu’il y a eu intelligence positive, puisqu’il ne s’agit pas d’une variété de caqueter, de glousser, de croasser comme les animaux. »

Mais lui-même a-t-il bien raison lorsque, après avoir parfaitement établi que le premier homme a appris sa langue, et que le Verbe seul peut la lui avoir enseignée, il ajoute : « Du reste nous convenons que l’enseignement ne s’est pas fait par révélation, c’est-à-dire par une communication purement surnaturelle? Ce qu’on voit dans le récit génésiaque, c’est l’homme agissant par ses propres forces sous la présidence de Dieu. » Saint Paul nous dit, en effet, que les manifestations primitives de Dieu se sont opérées par des agents naturels, par le moyen des choses visibles, per ea quæ facta sunt. »

Ce qu’on voit, avant tout, dans le récit génésiaque, c’est la révélation extérieure que nous avons prouvée tout à l’heure, c’est-à-dire un discours, un colloque, une apostrophe, une réponse, une suiîe, etc., et saint Augustin ne s’y est pas mépris. Quant aux manifestations qui ont lieu, selon saint Paul, par les choses visibles , elles n’empêchent pas les révélations, multis modis et perangelos, dont il parle à leur tour.

Cet article est le fruit des théories de M. M..., et leur danger est trop grand pour qu’il soit permis de ne^pas le signaler.

Quant à M. Renan, ce qu’il lui faut avant tout, c’est Vinstinct animal et V inintelligente nature. Nous ne cesserons de le lui contester sans le lui disputer.

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