Edipus Ægypt., de Genesi draconum
TRADITIONNELS ET HISTORIQUES
trouvé, dans le voisinage du Pilate et au fond d’une caverne du Staffelwand, le cadavre d’un autre dragon écrasé par l’éboulement des roches à la suite de quelque tremblement de terre.
En 165i, Paul Schumperlin, chasseur de chamois, ayant gravi cette même montagne de Fluelen pour y chasser, vit à l’entrée d’une caverne un dragon qui paraît être bien proche parent (si ce n’était le même) de celui que Scherer avait vu se rendre au même endroit, quarante ans auparavant.
Schumperlin, qui n’aurait pas attendu près d’un demi-siècle pour composer un plagiat, reproduisait les mêmes détails que lui. «Tête et cou de serpent, pouvant en même temps rappeler ceux du cheval, se traînant sur quatre pattes, à un pied d’élévation au-dessus du sol, couvert d’écailles grises, blanches et fauves. » Tel était le signalement qu’il donnait. Le serpent n’eut pas plutôt aperçu notre chasseur que, secouant toute cette bruyante armure, il rentra dans la caverne
La Suisse était privilégiée, avons-nous dit, mais elle n’avait pas le monopole des dragons.
Sur les flancs du Jura, à Sulpy, nous voyons, en 1600, Raymond de Supty combattre un monstre du même genre, le tuer et mourir deux jours après
Tel fut aussi le sort d’un Belsunce qui délivra Bayonne d’un dragon à plusieurs têtes, et qui périt suffoqué par la flamme et la fumée que le monstre vomissait Et ce n’était pas à des dates trop reculées, à des époques perdues, qu’il fallait remonter.
Pétrarque n’est pas contemporain de Roland, et cependant tout le Comtat venaissin se serait soulevé si vous lui aviez contesté que son poëte suivant un jour sa Laure à la chasse, et passant auprès d’une caverne, un dragon allait se précipiter sur la dame, et certainement la dévorer, lorsque le poëte amoureux le poignarda de sa propre main. Illustrer le fait et en placer le tableau dans une église d’Avignon fut immédiatement le désir général , mais le souverain pontife ne voulut jamais permettre que ce triomphe de l’amour fût intronisé dans le lieu saint. Toutefois, Simon de Sienne, ami du poète, éluda la défense et peignit cette aventure sur le portail de l’église de Notre-Dame du Don à Avignon. Le temps a dégradé l’ouvrage, mais n’a pas affaibli la tradition.
Ainsi donc, lorsqu’un célèbre ami de Pétrarque se charge de garantir à la postérité un fait semblable, accepté par ses contemporains,