‹ Des esprits et de leurs manifestations diversesChapitre 334 sur 341 · Mercure de France, 29 mars 1817, p · texte numérisé non relu

Mercure de France, 29 mars 1817, p

SERPENTS SACRÉS ET DRAGONS

MM. Salverte et Maury sont-il bien recevables à venir dire: « j’étais là, telle chose advint? »

En 1204, c’est Alexis Comnène qui terrasse de ses propres mains un dragon monstrueux, service héroïque que les habitants de ïrébizonde consacrent par l’érection de la Fontaine du dragon ^ et ce monument subsiste encore.

A Corbeil, c’est le comte Aymon qui terrasse un dragon à deux têtes et qui depuis le porte sur son écu ^

A Ramillies, c’est la famille Dragon de RamiUies qui porte dans ses armes l’image de son ennemi et qui né prend te nom de Dragon qu'à partir de ce moment^.

Dans ce siècle de lumière et de renaissance, d’autres pays faisaient encore concurrence à la Suisse; partoilt c’étaient des noms très-connus ou même des personnages très- historiques qui se portaient garants du fait, ou jouaient un rôle dans son accomplissement. Ainsi nous voyons, près de Veyla, un héros du nom de Winkelried remporter exactement contre un épouvantable dragon une victoire semblable à celle du chevalier de l’île de Rhodes, sous le pontificat de Clément VI, en 1345.

Nous connaissons de singuliers logiciens qui de la ressemblance concluront à la copie; mais, pauvre critique que noüs sommes, nous avouons que, lorsque l’iin des deux faits est consacré par la reconnaissance de tout un pays, récompensé par la promotion du héros au grade si élevé de grand maître d’un tel ordre, illustré à tout jamais par des armoiries dans lesquelles figure en personne le monstre dont la tête conservée à Rhodes fut encore vue au milieu du xvii® siècle par le voyageur Thévenot, quand un tel fait est si matériellement démontrable, nous ne pouvons y voir un mythe et supposer que toute l’humanité radote.

Ainsi, quoique le fait de Rhodes, que tout le monde connaît, ressemble assez pour les détails à celui que nous voyons accompli au fond des forêts de l’antique Sylvanie par un meurtrier suisse, condamné à mort, et gracié pour cet immense service, nous n’y voyons que deux analogues de cette guerre draconienne qui

tirait alors à sa fin, après avoir compté sur toute la surface de la terre autant d’historiens que de vainqueurs.

Un des derniers exploits de cette longue épopée fut probablement celui que l’histoire nous montre accompli en 1572, sous le pontificat

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