M'"'' Dozon, Révélations d’oiUre~to7)ibe, t. II, p
SPIRITOLATRIE MODERNE.
livre si remarquable publié par le docteur Robert Hare, de Philadelphie, livre qui, touchant au sommet de la science et de la plus haute philosophie, se recommande aux plus compétents. Comme dans le précédent, les faits y abondent, attestés, affirmés, etc... (p. 37). »
C’est donc bien le docteur Hare qui va nous communiquer les messages qu’il a reçus d’en haut.
Or, en voici un (p. /lO), qui qous frappe singulièrement; il est intitulé: Lettre du T. R. P. V..,. à r auteur, et voici cette lettre :
« My dear sir,
(( Lorsque vous vîntes, il y a deux ans, me consulter sur le mérite et l’opportunité de vos travaux, j’hésitai d’autant moins à en encourager la publication que depuis longtemps je partageais ces idées... Ce n’est pas assez, my dear, de trouver votre œuvre utile, j’aurais dû dire indispensable, si j’avais prévu la prochaine invasion de\e que vous désignez si heureusement sous le nomd'èpidèmie spiritualiste,..
«Quant à vous, sir, vous aurez l’honneur d’avoir par vos discussions lumineuses, etc.... Je ne vous parlerai pas maintenant de deux ou trois observations que nous discuterons en famille.
« Recevez, my dear, etc.
« Le P. V. DE R... ))
Et Clémence Guérin de reprendre : « Nous bornons ici nos citations, car ceux à qui ne suffiraient pas de telles preuves et de TELS témoignages, etc., etc., ne seraient pas plus convaincus par tout ce que nous pourrions ajouter... (p. /|3). »
Qu’elle veuille bien nous permettre maintenant de suppléer à son silence. Cette lettre, dont nous n’avons donné que quelques phrases, est LA LETTRE MÊME que le R. P. nous écrivait en 1853, et que ceux qui tiendront à vérifier la chose trouveront m extenso a la tête de notre livre des Esprits, sauf toutefois l’appréciation de l’invasion spiritualiste, bénite ici, mais appelée dans le texte authentique : « Ce fléau que vous désignez si heureusement sous le nom d’épidémie spirituelle!,,. ))
Spirites, prenez bien garde à ce dilemme! Ce plagiat éhonté vient nécessairement du docteur Hare ou de mademoiselle Guérin, vos médiums, et alors il est fâcheux d’apprendre que ce sont là les plus sincères, ou bien il vient de vos esprits, et alors vous feriez bien d’en changer. Dans tous les cas, accordez plus de respect à vos morts, ne leur prêtez pas dans les cieux, en faveur de votre cause, exactement le même langage dont ici-bas ils se servaient contre elle. Près de
INTRODUCTION
Dieu, leur génie ne saurait s’appauvrir à ce point qu’ils se voient obligés de recourir à leurs vieilles paroles de ce monde de ténèbres , pour exprimer des idées tontes contraires.
Et vous savants, devant le dilemme que nous posions tout à l’heure entre un plagiat spirituel et un plagiat humain, si vous optiez pour le second, vous voteriez pour Terreur. Le premier court les rues dans les mœurs du spiritualisme et du somnambulisme, et nous en avons de bien curieuses démonstrations dans les mains. Ici, pour nous, la sincérité de mademoiselle Guérin n’est pas plus compromise par rapport au R. P. Ventura, que lorsqu’elle se laisse insuffler encore toute la page 441 de notre premier Mémoire, qu’elle insère, bien naïvement, sans guillemets, depuis ces mots : « Un jour viendra qui déliera toutes les langues,... « jusqu’à ceux-ci : « Comme les anciens augures, deux savants ne pourront plus se regarder sans sourire... » Nous lui pardonnons de tout notre cœur ce délit involontaire (imité par tant d’autres et même par des catholiques qui se gardent bien de nous nommer). Nous le lui pardonnons, à cette condition, toutefois, qu’elle se montrera plus difficile et plus heureuse dans le choix de ses révélateurs.
Nous sommes d’ailleurs tout consolé en pensant que ces derniers ont daigné lire avec attention nos ouvrages.
Et maintenant : « Erudimini qui jüdicatis... spiritus. Apprenez à comprendre, vous qui jugez les esprits. » Reconnaissez franchement que ceux qui vous entourent ne vous offrent que la parodie et l’application sacrilèges de la plus touchante des réalités et des doctrines. Trouvez bon que les esprits, selon Dieu, ne viennent jamais se mêler à si mauvaise compagnie et sanctionner, par leur complaisance, des manœuvres si positivement défendues. Assurez-vous qu’entre la spiritophobie scientifique dont la cécité embrouille tout et la spirito/dtrîe soi-disant catholique, dont Tilluminisme fascine tout, se trouve toujours la dèmonologie catholique, affranchie de ces deux absurdités rivales, ou plutôt faisant justice de toutes les deux, grâce à Tunique doctrine qui, selon l’expression du comte de Maistre, « sache marcher d’un pied sûr entre Tilluminisme et le matérialisme L »
1 . Toutes les fois que la Revue spirite de la rue Sainte-Anne se révoltera, comme elle le fait d’ordinaire, contre cette inculpation d’anlicatholicisme, nous la renverrons 'a sa confraternelle ennemie de la rue du Bouloi. Elle lui dira, par l’organe de M. Piérart, qui, plus franc qu’elle dans son déisme avoué, paraît infiniment plus méfiant, « qu’elle se fait illusion,... que son credo est rempli de contradictions compilées à tort et à travers,... et que
l’auteur a ses lecteurs.
l’auteur a ses lecteurs.
Après une préface si longue, à notre avis, et néanmoins si courte, lorsque nous la comparons à toutes celles qui obéissent à la mode, nous devons à nos lecteurs de nouvelles explications sur une tout autre longueur substituée par nous aux brièvetés de notre programme. Rien ne prouve mieux la nécessité de bien connaître un sujet avant de s’y aventurer. Une fois entré dans celui-ci, une fois les premiers kilomètres parcourus, nous avons vu la route se développer devant nous et se perdre dans des horizons si lointains que, si nous l’avions suivie, nous eussions fait, pour le moins, le tour du monde. Effrayé de ces perspectives infinies, nous voulûmes abréger et suivre
le catholicisme n’a pas d’ennemi plus fougueux que son chef. » (Revue spiritualisiez 4® livr. de 186^2, p. 133.)
Mais si elle récuse le verdict de cet ennemi, nous la renverrons à ellemême et nous la prierons de se reporter à ces paroles de la sainte inspirée qu’elle patronne; elle lui dira, dans une de ses extases : « Oui^ il y aura une
ÉGr.ISE SPIRITE, QUI AURA UN CHEF, PAPE OU AUTRE, n’lMPORTE SON NOM; CETTE ÉGLISE SERA A SON TOUR LA FILLE AINEE... Pas d’objection rationnelle à cette vérité. Si Dieu nous a dit de suivre les avis de son Église, libre à lui de nous dire aujourd’hui : « Je parle,... écoutez et obéissez... Église, TOI, LA PREMIÈRE, SOIS SOUMISE A MES ESPRITS qui te porteront mes ordres. » (M™® Dozon, Révélations d' outre-tombe, t. I, p. 92.)
Et Rome ose encore résister et condamner le spiritisme! Rien, en vérité, ne saurait mieux constater l’entêtement qu’on lui reproche I
Toutefois, nous sommes tranquille, puisque, d’une part, M. Allan Kardec refuse avec indignation cette tiare spiiite que, dans sa malice, M. Piérart s’obstine à lui proposer, et que, de l’autre, il est inscrit dans les statuts de la Société que « les questions religieuses seront exclues à tout jamais du programme. »
Jusqu’ici tout cela ne serait que ridicule, si le fléau ne commençait pas à prendre des proportions gigantesques et à lasser contre nous cette patience divine qu’il paraît avoir lassée contre les Américains, exactement comme chez toutes les nations de la terre elle se disait fatiguée par les crimes de ce même ordre : « je détruirai toutes ces nations a cause de ces CRIMES : INTERROGER LES MAGICIENS ET CONSULTER LES MORTS. )) [Deutér,, ch. XVIII.)
INTRODUCTION
les sentiers qui raccourcissent ; mais alors nous ne pûmes plus rien distinguer, et nous sentîmes que si le voyage s’abrégeait, c’était aux dépens de l’intérêt que nous cherchions.
D’ailleurs, si nous sommes évidemment trop long en raison du programme, le serons-nous en raison du sujet et de la masse effrayante d’adversaires à combattre? Qu’on réfléchisse un instant; les Mémoires de r Académie des inscriptions consacrés à la question qui nous occupe dépassent cent volumes in-quarto ; puis, en dehors de cette encyclopédie, chaque mythologue apporte en outre son fardeau particulier. Ainsi, l’ouvrage collectif de Greuzer-Guignault-Maury sur les religions comprend à lui seul huit volumes, sans qu’ils aient dit un seul mot du judaïsme, qui entre à peu près pour moitié dans notre travail. 11 nous faudrait faire un volume de plus, si nous voulions seulement énumérer tous ceux qui, en Allemagne et en France, remuent et broient pour ainsi dire cette matière. Nous espérons donc que l’on voudra bien excuser un entraînement si motivé. Dieu veuille maintenant que ces longueurs ne dégénèrent pas en lourdeurs, car ici nous serions inexcusable, attendu que l’on peut peser beaucoup plus en deux pages qu’en deux mille, ‘l’out- dépend du mode de la charge. Pour être tout à fait juste, cependant, ou doit tenir un peu compte à l’auteur des difficultés du sujet. Voltaire disait que toute dissertation ne pouvait jamais être « qu’un morceau de plomb incrusté dans de la glace; w qu’on juge de ce que peut être une longue série de dissertations encombrées de citations, de noms d’auteurs, et de ces répétitions si nécessaires que Bonaparte les appelait « la seule loi de sa rhétorique. » Le beau idéal, pour un dissertateur, serait donc de faire traverser à ses lecteurs , sans les faire mourir de fatigue et d’ennui, ces parages désolés que l’on maudirait soi-même, si l’on n’espérait pas que la vérité se trouve à leurs dernières limites.
Mais, voici précisément la question ! diront probablement un grand nombre de lecteurs; quelles assurances nous donnez-vous que, sous ce rapport, nous n’en serons pas pour nos fatigues et pour nos frais de toute espèce ? Ici, nous ne voulons rien dissimuler, et, tout en leur promettant autant de clartés que possible sur Yargument de notre ouvrage, nous les avertissons que nous voyagerons à peu près seul, et même sur des terrains complètement inexplorés jusqu’ici.
Nous aurons, à peu de chose près, tout notre monde contemporain contre nous; mais, en revanche, il est vrai, nous resterons avec tous nos prédécesseurs contemporains à leur tour de tous les événéments, puis avec ceux qui les ont faits, subis, prédits, analysés et définis.
l’auteur a ses lecteurs.
avec tout ce qui fut grand et puissant dans le monde, avec toutes les religions, toutes les philosophies, toutes les sciences, toutes les révélations, en un mot avec le genre humain de toute date et de tout pays; et, bien que nos grands esprits du jour appellent la thèse que nous soutenons «étroite, mesquine, enténébrée, arriérée, et désormais ensevelie dans l’oubli, » on nous accordera que mourir en compagnie de Pythagore et de Platon, comme en compagnie de Moïse, de saint Augustin et de Bossuet, c’est du moins mourir avec grâce et entouré de toutes les consolations possibles.
On nous accordera en outre le peu de confiance de nos adversaires dans leurs lumières si jeunes, et l’actualité toujours fraîche de cet ancien sujet. Nous obéissons même en ce moment à toutes les réclamations possibles. Tantôt c’est M. Renan qui déplore que « tous les efforts tentés jusqu’ici en Allemagne et en France n’aient pas été plus heureux... » Car, selon lui, «c’est pour les personnes peu versées dans les sciences historiques un éternel sujet d’étonnement de voir des peuples, qu’on leur présente comme les maîtres de l’esprit humain, adorer des dieux ivrognes et adultères, et admettre parmi leurs dogmes religieux des récits extravagants et des aventures sérieuses. Le plus simple se croit en droit de hausser les épaules. Mais n’est-il pas bien probable que ces fables ont eu raison en quelque chose ? » (Renan, Études religieuses, p. 7.)
M. Maury, partant des mêmes peincipes, ou plutôt de la même absence de principes, conjure, comme M. Renan, les savants de « porter enfin le flambeau au fond de ces sanctuaires mystérieux, de ces arcanes jadis impénétrables, et de nous faire voir qu’il n’y avait pas qu’imposture et mystification dans la magie. Il serait vraiment temps que des esprits éclairés entreprissent de soumettre à l’examen les faits de magie,... dont la tradition n’a jamais été interrompue et qui forment une chaîne continue qui lie les temps les plus reculés aux nôtres. » (A. Maury, Revue archéologique, de 1846, p. 144.)
Dans le camp catholique, on paraît encore bien autrement pressé d’obtenir enfin quelques lumières. On sent que les travaux de l’ancienne école des Bergier, Le Clerc, Bannier, Huet, Guérin Du Rocher et Guénée sont, pour le moins, bien incomplets toutes les fois qu’ils ne sympathisent pas avec les ennemis qu’ils combattent et ne se laissent pas atteindre par l’épidémie générale. Aussi, la Revue bibliographique (de janvier 1862, dans un article sur la mythologie du Rhin) gémit-elle « de ce que la France catholique délaisse les travaux mythologiques qui paraissent cependant lui appartenir plus spécialement. Tandis que trop de membres distingués du clergé se fatiguent.
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dit-elle, à reproduire sur des questions philosophiques des choses cent fois dites, ne se trouvera-t-il donc pas quelque intelligence catholique qui se dévoue à des études plus neuves et plus originales (celle, par exemple, des superstitions antiques), en y apportant l’analyse, rérudition et le sens critique? )> (Janvier 1862.)
On peut donc s’assurer qu’en répondant à toutes ces invitations, comme à tous ces ouvrages, nous sommes d’un côté dans le courant le plus décidé des aspirations et des recherches intellectuelles, comme de l’autre en présence de révolutionnaires doutant beaucoup d’euxmêmes.
Mais voici que pour les ramener on exige dans notre camp un grand savant, un grand critique, et nous ne sommes ni Tun ni l’autre I Homme du monde, et, comme tous les hommes du monde, préoccupé de mille soins, de mille goûts, de mille devoirs, de voyages prolongés, qui prélèvent la plus grande partie de nos heures au grand détriment d’un sujet qui les réclamerait toutes, nous sommes le premier à ne pas comprendre de notre part la réunion de tant d'audace à tant d’incompétence. Expliquons-nous cependant.
Savant, nous ne le sommes donc pas le moins du monde et cependant nous oserons parler astronomie, géologie, médecine, archéologie, hiéroglyphes, papyrus, théologie transcendante, etc. Cela paraît de la dernière imprudence et nous le sentons si bien que nous nous résignons à l’avance à tontes les leçons que pourront nous valoir tous les solécismes, peut-être même tous les barbarismes qui nous échapperont en parlant toutes ces langues: nous nous livrons donc, à cet égard, en toute humilité... Mais toutes ces leçons plus ou moins méritées dans le détail, nous nous croyons en mesure de les rendre chaque fois que l’on voudra poser le pied sur le principe même de toutes nos théories. Pourquoi? Sinon parce qu’il ne faut pas faire trop étroite la compétence du bon sens en toutes choses, et que nous sommes on ne peut plus certain de la valeur de notre clef, alors même que nous nous tromperions sur son application plus ou moins juste à tel ou tel fait, ou, pour suivre notre comparaison, à telle ou telle serrure ; oui, nous sommes mille et mille fois certain que nous entrerons, grâce à elle, au cœur de toutes les vérités, dût-on nous interdire autant de couloirs ou de fausses portes qu’il prendra fantaisie d’en supposer.
Cette conscience de notre succès ne nous empêche cependant pas de prendre toutes les précautions possibles pour éviter, s’il se peut, de trop lourdes méprises, et voici notre secret.
Sans avoir étudié à l'école tous ses gros traités scientifiques, nous ne cessons pas un instant d’avoir l’oreille au guet, d’épier toutes les
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évolutions de la science, d’écouter aux meilleures portes pour bien préciser le dernier point qu’elle atteignait la veille, et mieux saisir les tendances qui lui préparent son lendemain. De cette manière, pendant que le savant de profession , noyé dans les lieux communs et dans les pratiques du Iravail quotidien, n’a pas souvent le temps de s’enquérir des primeurs et de s’inquiéter de ce qui ne lèvera que dans un mois, le savant amateur, au contraire, maître de toutes ses journées, et déchargé de tous soins, peut avoir l’œil à tout, et deviner bien des révélations ultérieures dans le germe qui les contient aujourd’hui. C’est ainsi que sans autre mérite que celui de savoir lire ou plus simplement encore écouter, il a pu nous arriver mainte et mainte fois de révéler à plus d’un médecin de nos amis le dernier mot de la veille, qu’il n’aurait su que dans six mois, d’annoncer à tel autre la mort prochaine d’une doctrine qui lui paraissait pleine de vie, et de pressentir l’arrivée probable de tel ou tel remède inattendu jusque-là. Tout cela n’était pas plus méritoire, en définitive, que d’annoncer aux fanatiques de Mesmer, comme nous le faisions depuis vingt ans, la mort de leur fluide et leur inévitable submersion dans un spiritisme plus avancé, comme nous entrevoyons encore dans celui qui nous mine aujourd’hui la plus terrible épreuve de toutes celles qui peuvent être réservées à la foi, et le plus sérieux des dangers que puissent courir bientôt les sociétés modernes.
Encore une fois, le bon sens de la servante de Molière peut, souvent mieux que le génie de ce grand homme, préjuger les destins réservés à Célimène ou à Tartufe.
Maintenant passons à notre valeur critique, et, pour mieux l’apprécier, racontons ce qui nous est arrivé à cet égard, lors de la mise au jour de notre premier Mémoire. En homme que nous consultions avant tous les autres nous répétait sans cesse ; « On vous décernera quelques éloges, on pourra même louer votre logique et votre érudition, mais il est un reproche qui ne saurait vous manquer et qui pourra renverser toute votre œuvre sur sa base, ce sera celui de l’absence de critique; croyez-moi, on vous accorderait tout le reste, que l’on ne vous céderait jamais sur ce point. — Oh ! pour cette fois, reprîmesnous, nous sommes aussi tranquille que possible, car nous avons pris toutes nos mesures en conséquence; nous possédons contre ce genre d’attaque la meilleure des égides, celle qui consiste à ne jamais discuter avec la science que les faits et les détails qu’elle nous aura livrés elle-même. De cette manière, si notre critique est en défaut, nous en déclinerons la honte, nous nous laverons les mains, en disant: « Prenez-vous-en à vos maîtres. — C’est possible, répliquait-on, vous
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serez très-innocent, mnis vous n’en serez pas moins poursuivi et condamné*. )>
La prophétie, cette fois encore, s’est littéralement accomplie^. Fïeureusement elle n’a pas empêché les faits d’être acceptés dans leur ( nsemble, comme ceux qui les avaient fournis, grondés pour leur grande imprudence.
Mais aujourd’hui, qu’ allons-nous faire, grand Dieu ! Quand nous donnions des certificats de savants, on nous reprochait « d’estimer beaucoup trop haut leurs suffrages; «quand nous supprimions un procèsverbal primitivement donné, M. Figuier nous reprochait «d’arranger les dépositions des témoins à notre guise ^ ; « quand nous donnions ces mêmes procès verbaux, M. de Gasparin nous répondait : «Plus il y a de procès-verbaux et plus je me méfie. »
Or, cette fois-ci, nous le répétons, en fait de preuves et de critique comme on les veut aujourd’hui, nous aurons les mains absolument vides. Au lieu de ces faits modernes que chacun de nous pouvait voir et palper, nous ne présenterons que des faits perdus dans la nuit des temps ou noyés dans les eaux du déluge ; au lieu de savants contemporains pour appuis, des barbes dix fois blanchies
\ , Cependant, de toutes ces centaines de faits, « il eu est jusqu'à trois que l' on pouvait citeVj)) parce qu’ils paraissaient étrangers à la science, et, certes, il fallait bien qu’ils fissent véritablement exception, pour que tous les journaux nous aient simultanément reproché ces trois faits exceptionnels. C’était une histoire racontée par Alexandre Dumas, une anecdote de famille et le fameux procès de Cideville. Citer de pareilles balivernes, sans autre appui que sa propre allégation, c’était, disait-on, se moquer du public!...
Malheureusement, l’histoire de Dumas était tirée de la Prieurnalologie du docteur Fodéré et garantie par lui-même, l’anecdote de famille n’était citée que comme un parfait analogue de faits attestés par le docteur Johnson, et les esprits frappeurs de Cideville allaient bientôt se répéter, ou plutôt se multiplier indéfiniment dans les deux mondes.
Voyez pourtant ce que c’est que de ne pas lire les notes d’un auteur! on veut faire la guerre à sa critique, et l’on ne s’aperçoit pas que l’on en fait de détestable soi-même!
%. Voir, aux premières pages de V Appendice complémentaire, les reproches d’imprudence faits à M. le docteur Calmeil par ses collaborateurs des Annales psychologiques, ceux fa[ts par l'Union médicale à tous les savants dénégateurs, et défense, de par le Siècle et M, de Gasparin, de nous faire la moindre concession en ce genre, pour ne pas être emmenés beaucoup trop loin.
3. Dans une première édition du Presbytère de Cideville, nous avions donné in extenso tout le dossier du procès, et dans la deuxième (1863) nous avons annoncé qu’on le tiendrait à la disposition des réclamants.
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l’auteur a ses lecteurs.
comme celles d’Hérodote, de Pausanias, de Tite-Live, et même de Tacite, etc., etc. Il est vrai que leurs récits seront confirmés largement par tous les textes de la Bible et de Moïse, des Évangiles et de Jésus-Christ. Mais, comme la critique moderne met l’Écriture en cause avec tout le reste, c’est une autorité qui ne compte plus : encore une fois, que faut-il faire ?
Tout ce qu’il y a de plus simple au monde ; Ne rien vouloir prouver Dü TOUT. Fatigué de nos démonstrations trouvées surabondantes par tant d’autres, convaincu de l’existence de certains bandeaux surnaturels appliqués sur certains yeux tout exprès « pour qu’ils ne voient pas, ut non videant, » nous abandonnons tout à fait à leur malheureux sort de pauvres incurables, condamnés à crier toute leur vie : « Il faut voir. »
Nous réservons aujourd’hui toutes nos forces et tous nos soins pour les convalescents de la cécité, qui en sont arrivés à cette seconde phrase : « k quoi bon? » L’histoire, la Bible et toutes les traditions vont se charger de leur répondre.
Toutefois, comme il faut nous garder d’affaiblir la confiance des lecteurs, et surtout de la rendre indécise, nous avons divisé notre travail en deux parties : l’une pour ainsi dire officielle, c’est le texte courant du discours ; l’autre, qui l’est beaucoup moins et qui se trouve destinée aux rapprochements, aux probabilités, aux spéculations officieuses et souvent contestables.
Cette division en chapitres et en appendices étonnera d’abord quelques-uns, mais ils s’apercevront bientôt qu’il y a là tout à la fois une nécessité et un repos. Nécessité, car il était impossible de faire entrer dans le texte général de vraies monographies ^ qui , formant elles-mêmes autant de petits ouvrages spéciaux et très-distincts, eussent entravé l’ensemble et dérangé l’ordre entier. C’est encore un repos, parce que plus particulièrement consacrés à des questions plus curieuses, à des révélations plus neuves, à des rapprochements plus modernes et plus piquants, ces appendices peuvent être considérés comme de véritables hors-d’œuvre, non moins sérieux, il est vrai, que le texte du chapitre, mais infiniment moins abstraits, et par cela seul corrigeant un peu la monotonie de leur lettre, sans jamais s’écarter de leur esprit et de leur titre. C’est pour ne pas rompre cet enchaînement que nous n’avons pas voulu les reléguer à la fin de chaque volume, comme nous le pouvions très-facilement.
\ . On appelle mo7iographie tout traité spécial et condensé sur un sujet donné.
LXVI INTRODUCTION — l’auTEUR A SES LECTEURS.
Chaque lecteur sera toujours libre d’ajourner sa lecture, et pourra constater que, d’une manière ou d’une autre, la logique de Touvrage ne saurait en souffrir. Nous conseillons toutefois la lecture continue.
Pour nous résumer sur la véritable fin de celui ci, n’oublions pas que, supposant des lecteurs déjà rendus sur son principe, son unique prétention est d’abord de bien établir l’extrême importance du sujet, puis d’en tirer les conséquences de tout ordre qu’il renferme. Nous devons à tous ces phénomènes antiques et modernes le plus consciencieux examen, car il y va tout à la fois et de l’honneur de la raison publique qui se déclare leur ennemie, et de la véracité de l’Évangile qui les affirme comme d’irrécusables réalités ^
\ . Reste à faire une dernière observation. Un ouvrage sur le paganisme ne peut, sous peine de nullité, s’interdire certains détails qui forment trop souvent le fond de son sujet : surmonter ses répugnances à cet égard, violenter sa propre répulsion, c’est accomplir son devoir dans tout ce qu’il a de plus pénible, et, sans contredit, de plus méritoire.
Nous n’en craignons pas moins de choquer plus d’une fois quelques esprits qui ne nous en seront que plus sympathiques. Pour les rassurer, nous devons leur promettre de rester, à cet égard, plus prudent que tous ceux qui nous précèdent soit comme historiens, soit comme théologiens, et que lorsque nous serons obligé de parler comme eux nous emploierons le latin.
Nos lecteurs sont donc prévenus et sauront, en consultant la table sommaire, quels sont les paragraphes qui ne peuvent être laissés, et, à plus forte raison, placés sous les yeux de tout le monde.