INFINIMENT PETITS
deux enfants d’interposer un simple verre entre leurs propres organes et le Cosmos de leur Dieu, et, sous l’apparence d’un hasard, la vision se trouva centuplée
A l’instant même , il faut bien en convenir, un immense rideau se déchira, et l’homme put croire un moment qu’il avait changé d’univers : une vraie révolution venait de s’opérer dans l’espace ; aussi, nous dirait avec orgueil la philosophie moderne, aussi vit-on tout aussitôt la grande flotte de l’intelligence humaine appareiller dans tous les ports de la science, et toutes ancres rompues, toutes quarantaines levées, naviguer enfin à pleines voiles sur le double océan des infiniment petits et des infiniment grands.
Et maintenant, demandez à ces grands navigateurs ce qu’ils ont rapporté de ce magnifique parcours ; chacun d’eux ne répondra qu’un seul mot : « l’infini. »
Pins tard, il est vrai, chacun d’eux en abusera peut-être en prodiguant à l’œuvre le plus bel attribut de son auteur, mais que de motifs d’indulgence et de pardon !...
Commençant par les infiniment petits, assurez-vous d’abord de l’état de la question , et vous reportant à leur ancienne limite , — le ciron , — voyez un peu ce qu’elle devient, lorsque Leuwenhoeck établit, que les corpuscules vivants, renfermés dans une goutte d’eau, doivent être portés à, mille millions, peut-être pour égaler sa grosseur. Interrogez Ehrenberg, Swammerdam et Klein, sur la dernière limite de leurs imperceptibles conquêtes ; l’un vous dénombrera cent quatrevingt-sept millions d’infusoires ne pesant pas tous ensemble un seul grain;... l’autre, des milliards d’hématoïdes nouveaux entassés dans un atome de la plus fine poussière ; un troisième , quarante mille millions de carapaces contenus dans
1. Cette question d’érudition physique n’est pas décidément jugée. Cependant Olbers {Annmire de Schumaker, de 1843) attribue l’invention du télescope aux deux enfants de Lippershey, fabricant d’instruments à Middelbourg en 1606. Le fait est que trois ans après, en 1609, il paraissait un travail de Galilée sur les lunettes hollandaises.
w'wnp^- V '■ ''*'w ■ «F.'W -U mniif iw) "^-WSSfWWlV ■ .-*'.■' V»T '■
4 IMPORTANCE COSMOLOGIQÜE , ETC.
un pouce cubique de tripoli, etc., etc. * ; et, tenez-le pour certain , descendus avec eux au fond de ces abîmes terrestres et marins, sous-perposés les uns aux autres, vous remonterez convaincus que le dernier anneau vous échappera toujours, et que ces monstres de petitesse sont des monstres de volume, auprès des invisibles qui n’attendent pour surgir à vos yeux que le simple épaississement d’un cristal.
Changez maintenant celui-ci contre un autre, et demandez à l’astronome ce que devient pour lui, comparativement à tout ce qu’il découvre, la terre que vous habitez, cette terre dont l’autocratie cosmique vous paraissait assurée par une prescription de soixante siècles ; souriant dans son orgueil, il commencera par vous montrer ce qu’il appelle votre planète, circulant, on ne sait, dans quel misérable coin des espaces ; il se complaira dans l’humiliation de son empire, et plein d’amour, au contraire, pour les mondes étrangers, il n’aura plus d’autre souci que de bien établir leur supériorité sur le votre ; il leur donn^*a tout ce qu’il pourra lui enlever : éclat, volume, puissance; il énumérera leurs nombreux satellites, leurs anneaux lumineux, et si cet astronome a dit vrai, il faudra bien que votre planète se résigne à suivre à l’arrière-plan du système, un mouvement qu’elle avait cru longtemps commander. Toutefois, après ce premier désenchantement comme habitant de la terre, de véritables enchantements vous attendent comme citoyen de l’univers. Lorsque vous aurez longtemps réfléchi sur la multiplicité toujours croissante de ces planètes si rares autrefois, sur l’immensité de leurs orbites, sur les proportions écrasantes de plusieurs d’entre elles, sur les trente-quatre millions de lieues qui vous séparent d’un soleil, dont le volume est de quatorze cent mille fois supérieur à celui de notre globe ; lorsque vous aurez admiré toute cette armée des comètes, armée sans dis-
1. Voir, au Compte rendu de la séance du 4 août 1858, le Rapport fait à l’Institut sur la terre nouvellement rapportée du Tliibet par SI. Schwlagintvseit.