INFINIMENT GRANDS
cipline et sans lois rigoureuses, qui tantôt précipite ses enfants dans tous les feux du soleil, tantôt les exile pour des siècles au sein des ténèbres glacées... : peut-être vous imaginerez-vous avoir une idée de l’infini, et le reste de l’univers, c’est-à-dire les étoiles, ne vous semblera-t-il plus qu’un magnifique accessoire. Impardonnable illusion ! reprenez haleine, et, centuplant les forces de votre imagination, apprêtez-vous pour la première fois à franchir réellement les espaces. Voyons ! votre courage est-il à la hauteur de votre esprit? Votre tête est-elle bien à l’abri des vertiges? Puisque vous l’assurez, essayez alors, s’il se peut, de rendre à chacun de ces faibles points lumineux leur grandeur effrayante et réelle, transformez chacun d’eux en soleil, recommencez à chacun ce même système solaire qui vous confondait tout à l’heure, et n’oubliez pas surtout que l’éloignement seul vous dérobe autant do' fois tout un nouveau cortège de planètes, de satellites et de comètes parfaitement analogue à celui que vous venez d’admirer.
Mais quels spectacles nouveaux! Voici des mondes qui n’étaient pas hier et qui brillent aujourd’hui, d’autres qui s’effaceront demain, d’autres qui revêtent tour à tour toutes les couleurs du prisme, d’autres qui s’embrasent, pâlissent et se brisent à vos yeux, d’autres qui sembleraient subir à certains moments la grande épreuve d’oscillations et de fluctuations effrayantes
Il en est d’autres enfin (et notez bien cette dernière nouvelle) ? qui, de simples qu’ils étaient, se dédoublent sous un objectif plus puissant et paraissent se fuir et se poursuivre sans cesse sans jamais parvenir à s’atteindre.
1. « Le singulier phénomène de la fluctuation des étoiles a été observé à Trêves, par des témoins dignes de foi, le 20 janvier 1831 , entre sept et huit heures du soir. Sirius lui-même, qui était alors placé près de l'horizon, parut agité d’un mouvement oscillatoire très-marqué. » (Lettre du professeur Flesch dans le Recueil de Jahn. )
Quant aux disparitions, les journaux scientiflques nous apprennent aujourd’hui, S mars 1862, celle d’une nébuleuse tout entière, {V. Nébuleuse, de Hind.)
IMPORTANCE COSMOLOGIOU E , ETC.
Ne VOUS arrêtez pas encore ; par delà tous ces mondes en mouvement, et sur un plan bien autrement reculé, voici comme une poudre solaire , éclose pour ainsi dire de ce matin , qui, soumise au pouvoir vraiment fécondant de certains télescopes, semble réaliser à la lettre ces pluies d’or et de feu que nous disait la fable ; merveilleuses gerbes de soleils que l’on voit descendre cette fois en lentes et toutes gracieuses spirales, sur un point inaperçu qu’elles abandonnent aussitôt pour remonter et redescendre sans fin, en élégantes arabesques.
Qui donc osera parler encore de l’immobilité des soleils, et que deviendront désormais ceux qu’on appelait les fixes, lorsqu’on les surprendra gravitant comme tout le reste vers ce grand aimant général, vers ces pôles mystérieux où se trouvent peut-être le repos et la solution du problème
C’est ici que l’admiration se convertit en stupeur, en une sorte d’extase étourdissante. C’est ici que l’on comprend toute la vérité de cette expression d’un grand poète : « Jamais, Seigneur, jamais je ne fus plus troublé de ta puissance 2. » Trouble auguste, en effet, admiration terrifiante pour celui qui ne sait pas, avant d’aborder de tels abîmes, se replier pour ainsi dire sur la bonté divine, se retrancher dans sa présence et préluder à l’hymne de l’admiration par celui de la reconnaissance et de l’amour.
Malheureusement — ceci n’est un secret pour personne — après avoir au dernier siècle bien manifestement professé
Toutes ces nouvelles et brillantes découvertes, relatives aux étoiles dédoublées, sont dues principalement à Struve, le célèbre astronome de Dorpart, qui en a déjà signalé plus de trois mille. Quant au mouvement des fixes et de tous les systèmes entraînés dans l’espace, ce sont surtout les travaux d’Herschell et d’Argelander qui lui ont imprimé le caractère d’une vérité certaine. Il semblerait, selon les astronomes, que cette circulation générale suivrait une direction qui nous est marquée un peu au nord de l’étoile et de la constellation d’Hercule, d’autres disent du Taureau. (V. les premières pages de l’ouvrage de M. Alfred Maury, intitulé : la Terre et l'Homme.)