LE COSMOS DU BARON DE HUMBOLDT
laboureur dans le sol ou plutôt dans le fer académique.
Malheureusement, tout le Cosmos du baron de Humboldt respire dans ce début. Combien de fois devant cette admirable reproduction de l’univers, et malgré l’éblouissement que nous causaient tant de richesses, combien de fois n’avons-nous pas cherché la raison de l’inexplicable malaise qui gagnait insensiblement notre esprit ! Au prorata de l’élévation qu’on nous faisait atteindre et des vastes horizons qui se déployaient à nos yeux, nous éprouvions quelque chose de ce froid glacial qui saisit l’aéronaute au sein des mornes solitudes qu’il traverse. Comme ce dernier, nous nous étonnions tout d’abord, nous admirions ensuite ; mais bientôt, croisant comme lui nos vêtements sur notre poitrine glacée, nous sentions que l’homme ne saurait vivre longtemps dans ces régions trop élevées où tout calorique fait défaut, et nous aspirions à redescendre. Il en est encore de ces vastes solitudes du Cosmos comme de ces temples de la terre dont tout culte est banni. Les proportions sont demeurées les mêmes, l’art n’y a rien perdu de sa richesse et de son génie, mais désormais plus d’accords, plus de parfums, plus de prières ; le sanctuaire est désert, n’y cherchez plus les dieux; comme au jour de la destruction du grand temple « ils sont sortis d’ici. »
Celui du baron de Humboldt en est là.
Un homme dont nous nous occuperons beaucoup, M. Renan, a cru devoir cependant le complimenter sur « cette sobriété de bon goût... qui ne lui a pas permis de prononcer le nom de Dieu une seule fois dans quatre volumes sur l’univers i. » M. Renan a pu s’assurer depuis, par la publication posthume des lettres de l’illustre savant, qu’il n’avait pas toujours été aussi « sobre, » et que sa réputation de « bon goût » en avait souffert dans les plus attristantes proportions.
Toutefois ce serait travestir notre pensée que de nous prêter le désir de transformer la science en cantiques et en hymnes.