I. TuscuL, I. J, n
IMPORTANCE HISTORIQUE, ETC
derne : « C’est votre faute, c’est par vous que le char des logiciens a été lancé sur cette pente qui rend impuissants tous vos freins. »
Oui, c’était bien sa faute ; et comme nous ne voulons rien avancer de grave sans en fournir sur-le-champ la démonstration, laissons parler l’autorité par excellence, celle d’un grand maître de l’Université :
« 11 n’y a que deux méthodes pour écrire l’histoire, a dit M. Cousin, l’une eajjoén'meMto/cj c’est-à-dire basée sur les faits; l’autre spéculative, partant de la psychologie et de l’étude du cœur humain. »
A merveille ! La première fois que nous lûmes cet exposé : « Voici venir, nous dîmes-nous, une belle application des deux grands principes de notre siècle ; certes, s’il est une branche de nos études qui réclame avant tout V observation et V expérience, c’est certainement l’histoire qui sans elle n’existe pas, et M. Cousin va faire bonne justice de la méthode contraire. »
Eh bien, voyez ce que c’est que de juger les hommes à priori et les choses avec un faux principe. Retenez bien ces paroles : « La première de ces deux méthodes historiques (l’expérimentale) est à peu près impraticable. Mais, commencez par vous renfermer en vous-même , tâchez de discerner tous les éléments de votre propre nature, leurs rapports, l’ordre de leur développement , et lorsque vous aurez assuré la base de votre système psychologique, vous ferez de l’histoire a PRIORI ; car les faits sortiront par voie de déduction des principes que vous aurez posés ^.» aùtô; eipa; c’est le grand maître lui-même que nous venons d’entendre, et nous affirmons que depuis lors les disciples n’ont jamais cessé de lui obéir avec une servilité parfaite.
Voilà précisément pourquoi tant de voix avaient demandé la suppression de l’enseignement historique ; et qui donc oserait maintenant les en blâmer ?
4. Cours d’hisCoire de la philosophie, leçon iv, p. 4 0, 4 4, jusqu’à 320.
DE LA CRITIQLE EN GÉNÉRAL
Qu’est-ce en effet que la critique , 3cpiTt>cyi , sinon littéralement l’art juger Depuis qu’une certaine école en a fait l’art de douter, tous les esprits ayant rivalisé d’ardeur pour acquérir un mérite qu’on leur disait supérieur à tout autre, on tes a vus s’égarer dans ces grandes chasses au mensonge, s’abîmer de fatigue à sa poursuite , puis chanceler à la fin, et tomber « évanouis dans leurs propres pensées , » suivant l’énergique langage de l’apôtre^.
Il devait suffire cependant d’entr’ouvrir les historiens antiques, les Hérodote, les Plutarque, les Thucydide et les Polybe, pour s’assurer de l’intégrité de leur bon sens, et pour rester convaincu que malgré ce qu’on appelle leurs superstitions (pour eux parfaitement fondées sur l’histoire), ils étaient d’autant plus nos maîtres dans ce grand art, qu’ils en respectaient parfaitement toutes les bornes et savaient s’y renfermer; ils n’enlevaient pas comme nous « la tache avec l’étoffe; » pour eux, tout ce que nous appelons mythe, pj9o; (muthos) , ne voulait dire que tradition, comme fabula signifiait « sujet d’entretien, » comme plus tard légende, dont nous avons fait conte, signifiait à son tour « sujet de lecture ou d’instruction. » Tous ces mots ont été détournés de leur véritable acception.
Aujourd’hui tout est changé ; la critique n’est plus comme autrefois une balance , une méthode , un ensemble de règles, etc.; c’est la science reine et maîtresse. « Elle domine et juge toutes les autres;... la philosophie même, cjui juge tout, est sa très-humble esclave. Ne connaissant aucun respect, et jugeant les dieux et les hommes, c’est la seule autorité sans contrôle »
Aussi l’entendrons-nous dire d’elle-mème avec humilité : <( L’école critique en est encore à attendre qu’on la prenne en flagrant délit de faiblesse^. »