‹ Des esprits et de leurs manifestations diversesChapitre 71 sur 341 · Voir ci-dessus · texte numérisé non relu

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de rejeter le fait comme improbable, jusqu’à... — Jusqu’où? reprennent les autres; expliquez-vous. — Jusqu’à ce qu’il

EMPRUNTE PLUS DE PROBABILITÉ DES TÉMOINS QUI LE RAPPOR¬ TENT qu’il n’a d’improbabilité par lui-même.

M. de Pouilly se perdait ; en dépit de ses premiers principes, il oubliait de proclamer le véritable, l’unique, celui de l’antiquité tout entière : « Le fait existe, donc il se peut^. »

Sa reddition tardive et ses aveux ne convertirent personne, et, ce principe adopté, « Le fait ne se peut, donc il n’est pas, » continuant à rendre la position de l’historien moins tenable que jamais, le génie de l’erreur envoya à ses disciples une illumination soudaine qui leur permit de sauver en apparence le l’espect dû au témoignage historique tout en le sapant dans sa base : « Dites bien vite, leur soufflait-il, dites que les traditions ne mentent jamais, que tous ces faits sont vrais quant à la forme, mais qu’au fond ce ne sont que de vraies méprises d’histoire naturelle, ou de pures hallucinations : grâce à ce procédé, vous sauverez la probité des témoins en sacrifiant leurs lumières. »

Ainsi naquit la secte des naturalistes, c’est-à-dire des explicateurs, opposée désormais à celle des mythologues , qui ne consiste que dans la dénégation absolue.

Nous le verrons tout à l’heure; la guerre de trente ans n’était rien auprès de celle qui allait résulter de ce sihfiple fractionnement dans l’erreur.

Pendant que le gros de l’armée des incroyants allait recruter désormais toutes ses troupes dans ces deux ordres de conscrits

\ . Il eut, plus tard il est vrai, le courage d’aller plus loin et d’appuyer son opinion sur des exemples ; « Par exemple, dit-il, lés prédictions de Savonarole sont incroyables comme réalisation, mais leur vérification, dans des circonstances si singulières, est si bien attestée par Guichardin, liv. III, par Philippe de Commines, liv. VIIl, par Burckhardt et plusieurs autres écrivains contemporains, qu’ils n’ont pu se tromper tous sur un fait si public, et qu’on ne peut les supposer capables de s’être entendus Ioms encore pour nous tromper. » {Acad., t. VI.}

et leur demander tour à tour des,forces, de plus en plus hétérogènes, que disait l’apologétique chrétienne sur une question si capitale ? Hélas ! les apologistes de cette époque, pour la plupart collaborateurs et collègues de tous leurs adversaires, soit à l’Académie, soit dans V Encyclopédie, soit dans les feuilles du temps, avaient subi trop longtemps l’influence du génie épidémique pour n’en avoir pas été atteints. La science était loin de leur manquer, mais bien la force d’esprit nécessaire pour s’élever au-dessus de l’atmosphère et du milieu dans lesquels ils vivaient comme les autres. Il serait par trop injuste de méconnaître soit les immenses travaux des uns, soit le courage et la franchise des autres sur tous les points principaux, mais il serait coupable en même temps de dissimuler leur complaisance et même leur participation relativement aux préjugés généraux, sinon contre le surnaturel fondamental, au moins contre tout ce qu’on pourrait appeler le surnaturel accessoire et de détail , accessoire si nécessaire à la solidité du premier.

Quant au surhumain proprement dit, il ne fallait pas leur en parler. C’était entre eux et les rationalistes une vraie lutte de déraisonnements sur les religions païennes , sur la nature des dieux, et par conséquent sur le témoignage historique. Tour à tour évhéméristes absolus, allégoristes complets, symbolistes inintelligibles, rien ne leur manquait de tout ce qui fait avancer la logique de l’erreur et reculer celle de la vérité.

Qu’il nous suffise de nommer ici les abbés Pluche, Mignot, Banier et principalement l’abbé Bergier, dont les mémoires académiques (nous ne parlons pas du dictionnaire qui les reproduisait presque tous) frayèrent, comme nous le verrons plus tard, une route vraiment royale à Dupuis et à l’école actuelle.

La première période de la critique française incroyante pouvait se clore ici; elle périssait, on le voit, par l’horreur du merveilleux. Laissons-la se reposer dans V origine solaire des

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cuUes , y réparer à loisir toutes les forces nécessaires à une nouvelle campagne, et voyons en peu de mots ce qui se passait et ce qui se passe encore en Allemagne^.

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Dernier mot de la critique allemande. — Folies et collisions germaniques. — Rationalistes et mythologues. — Toujours le môme obstacle.

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