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Rationalistes

Pendant que l’incrédulité française faisait une longue halte, l’incrédulité d’outre- Rhin marchait à toute vapeur et faisait défiler sous nos yeux cette interminable procession d’exégètes ^ qui, pendant vingt ans, s’étudièrent et ne parvinrent que trop à miner la foi chrétienne de la soi-disant chrétienne Allemagne.

« Eichhorn fut le premier, dit M. Renan, qui s’avisa d’appliquer à la Bible le système rationaliste'^; les progrès de l’histoire et de la philosophie l’avaient amené à l’alternative d’admettre l’intervention divine chez tous les peuples à leur âge primitif ou de les nier chez tous les peuples anciens.

«... Évidemment la raison exige que l’on traite les Hébreux et les non Hébreux de la même façon ; en sorte qu’il faut ou

1. Nous ajournons au chapitre Sabéisme tout ce qui peut regarder encore Dupuis; quant à la suite des tribulations académiques, suries origines nationales, et spécialement sur celles de Rome, nous allons les retrouver à l’appendice A , qui va suivre ce chapitre ii , sous ce titre : « (fn spécimen de critique désespérée, ou les premiers jours de Rome éclairés par les nôtres. »

2. On nomme exégèse, la critique appliquée aux saintes Écritures. On devrait se borner à cette qualification d’exégètes pour tous les libres penseurs, et ne pas se permettre, avec M. Renan, d’appeler théologiens des gens qui sapent et qui nient, comme Eichhorn et Strauss, toute espèce de théologie.

3. Ou naturaliste. Ce dernier mot qualifie mieux la secte opposée aux mythologues. Rationaliste s’applique plus spécialement à tout libre penseur.

placer tous les peuples durant leuç enfance sous l’action d’êtres supérieurs, ou ne croire pour aucun d’eux à une telle influence »

Ce peu de lignes renferme en même temps le plus équitable des dilemmes et une fort bonne leçon à l’adresse de cette dernière école théologique qui se croyait victorieuse lorscju’elle avait resserré l’empire du surnaturel et du surhumain sur ce petit coin du monde, d’oü l’impitoyable logique allait bientôt l’arracher.

Quant à nous, nous acceptons pleinement le dilemme d’Eichhorn, et malgré le défi que nous porte M. Renan « d’appliquer à nos livres sacrés la même critic[ue ciu’aux livres profanes 2, » nous n’avons eu d’autre but en composant ce mémoire que de prouver, non pas la valeur identique, mais bien l’identité de nature spirituelle pour tous les faits merveilleux qui ont couvert et gouverné la terre. Pour nous, ils dépendent tous du même ordre de causes, alors même que ces causes se manifestent sous les drapeaux les plus adverses et se combattent dans l’antagonisme le plus violent^.

Eichhorn, tout en partant du même principe d’équité, l’appliquait à l’inverse ; s’imaginant ne pouvoir accorder aux païens « aucun supernaturalisme primitif, » il se voyait forcé de le refuser également au peuple hébreu et de le rayer de tout l’Ancien Testament. Mais comme il ne lui restait plus alors d’autre ressource pour expliquer ces récits merveilleux « communs à tous les peuples, » il leur appliquait la méthode naturaliste, c’est-à-dire explicative.

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