‹ Des esprits et de leurs manifestations diversesChapitre 77 sur 341 · Éludes religieuses · texte numérisé non relu

Éludes religieuses

Voilà donc le résultat final, nécessaire, fatal, de tant de travaux, de tant de disputes, de tant de libre examen ; si ce livre, comme le prétend M. Renan, est le dernier mot de l’incroyante Allemagne, et si jamais elle l’accepte, comme on l’a vue accepter tous les autres, elle aussi pourra bientôt dire comme Feuerbach : « Je me suis brouillée avec le monde et avec Dieu., »

La guerre continue aujourd’hui entre Baur, le chef de l’école de Tubingen, et Ewald, dont nous parlerons plus tard. Sous des formes différentes c’est toujours la même question, et tout se résume, comme le dit Baur, « dans cette question du surnaturel dont l’ère est définitivement passée ; » et malheureusement ce n’est pas Ewald, le grand ennemi de cette fatale école, qui pourra le réintégrer dans la science.

Il est vrai qu’il y a de par le monde des optimistes que l’école de Tubingen n’alarme pas facilement. « Cette école, dit cette année même un Allemand très-compétent^, est en réalité une école purement historique, qui renonce nettement aux hypothèses, et qui a pour seul point de départ la négation du MIRACLE, sans vouloir cependant porter atteinte au christianisme, auquel elle n’en veut en aucune manière, ses professeurs étant eux-mêmes théologiens protestants et les instituteurs de la jeunesse qui se destine au ministère sacré. »

Nous avons entendu tout à l’heure les naïvetés de la Revue des Deux Mondes; mais que penser de celles-ci? une école qui nie le miracle sans en vouloir au christianisme!... et des ministres protestants qui ne peuvent pas lui en lw/o»’, puisqu’ils sont élevés à l’école « qui, depuis. 25 ans, a pourpoint dedépart la Vie de /esifs^ par Strauss... »

Ah ! si jamais pareil assemblage de contradictions et de naïvetés se rencontrait dans le camp opposé, quel parti ne saurait-on pas en tirer 1... Mais ici tout passe et tout s’applaudit.

Quant à ce Strauss, nous l’ajournons encore, d’abord parce qu’il commence à être un peu trop connu, ensuite, parce que

H . M. Nefïtzer, Revue Germanique, 1 5 janvier 1 861 .

IMPORTANCE HISTORIQUE, ETC

ses travaux ayant surtout porté sur la vie du Sauveur, nous le retrouverons forcément à notre dernier chapitre. Disons provisoirement que pour lui il n’est d’autre critérium que celui-ci : « L’élément surnaturel ou la présence du miracle est l’indice infaillible de la présence du mythe. »

Voici la position religieuse de l’Allemagne hétérodoxe.

Heureusement on compte dans les rangs opposés des hommes dont nos incroyants ne parlent jamais, mais dont la puissance et les œuvres peuvent servir de contre-poids à tant de folies : Stolberg, Schlegel, Gôrres, Sepp , Dôllinger n’ont besoin que d’être nommés pour rassurer l’orthodoxie catholique sur les germes de restauration, réservés à leur pays^.

De tous ces écrivains parfaitement orthodoxes, nous pourrions même rapprocher, sous quelques rapports, celui dont on a plus parlé et que nous connaissons le mieux nous-même, le célèbre Creuzer, auteur du grand ouvrage sur les « Religions de l’antiquité. » Considéré par l’Allemagne comme le plus grand de ses mythologues, adopté, traduit et commenté par le plus savant de tous les nôtres (M. Guignault), Creuzer, par l’immense richesse de sa mémoire et de son imagination, par la compréhension large de la généralité des problèmes, par le catholicisme de sa vaste synthèse (s’il est permis de s’exprimer ainsi) , a posé la c[uestion de manière que chacun pût l’envisager sous toutes ses faces à la fois; ce n’est plus à lui qu’il faut parler de jonglerie. Tout est sérieux dans son système, et s’il se perd, comme tant d’autres et plus que tous les autres, dans les profondeurs d’un symbolisme malheureusement aussi exagéré, au moins ne pourra-t-on jamais lui reprocher de n’avoir su comprendre ni la grandeur de son sujet ni celle de l’esprit humain 2.

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