Introduction des Mystères, t. III, p
IMPORTANCE HISTORIQUE, ETC
et ce qui devait se faire avant tout ne se fit même pas après.
Depuis, le désir ne vint à personne, pas même à son admirateur et disciple, M. Guignault, d’essayer, ne fût-ce que par manière de passe-temps, de la solution recommandée par le maître comme « la seule qui pût expliquer quelque chose. i>
Tantale, au moins, voulait saisir le fruit qui se retirait devant sa main ; il l’étendait sans cesse. Condamnée au même supplice, la science moderne s’y prend différemment. Quand le fruit de la vérité vient de lui-même se déposer sur ses lèvres, elle les ferme avec obstination et ne pense plus qu’à détourner la tête. . .
S IV
Dernier mot de l’incroyance anglaise. — Succession de Bacon, Hobbes, Bolingbroke. Hume, etc., etc., recueillie, et liquidée ces jours-ci par les soins de M. Temple, chapelain ordinaire de la reine et futur évêque de Londres, — Essays and remews, — Grand scandale et grand péril.
/. — Incroyance depuis Bacon.
On vient de s’ en assurer : en Allemagne, aujourd’hui, comme chez nos académiciens du dernier siècle, tout se résume dans la négation à priori et absolue de tout surnaturel et de tout merveilleux. Après avoir essayé de toutes les énormités métaphysiques, dont les admirateurs se demandaient tout à l’heure « si ce ne serait pas une mystification, » le génie de l’erreur n’a pas voulu les soutenir trop longtemps ; la dialectique étant toujours une arme périlleuse, il a préféré rentrer dans ces voies que toutes les sympathies du siècle lui rendent plus libres et plus commodes que jamais. Au nom des conquêtes de la science et des ravages de la critique historique, il s’est rejeté tout simplement sur la vieille négation du miracle. Il a pensé que le christianisme étant le miracle absolu, la meilleure de toutes les
DERNIER MOT DE L’iNCROYANCE ANGLAISE.
armes serait toujours la démonstration de son impossibilité ; avec elle on vise au cœur, et, pour peu que le coup porte, on peut espérer d’étendre à ses pieds le grand ennemi.
Le mot d’ordre a donc été donné partout, et dans l’armée de la Grande-Bretagne il a été d’autant mieux accueilli que c’était un retour à son ancienne stratégie.
Il y a trois siècles, en effet, il plut à un chancelier d’Angleterre, au célèbre Bacon, d’afficher sur tous les murs de Londres, que jusqu’à lui « le genre humain n’avait jamais rien observé..., que jusqu’à lui l’attention accordée aux idées religieuses avait (/kcé les cœurs et dévoré le génie..., qu’on ne peut arriver à la métaphysique que par l’étude des phénomènes physiques et qu’il n’y a de certitude que pour ceuxci*^, etc., etc. »
Il ajoutait que c’était tout simple, puisque jusque-là nous avions toujours manqué d’un organe, mais il se faisait fort de le fournir; il fit honneur à sa parole et livra, sous le nom d’expérience et d’induction, cet organe, que ses contemporains prirent pour quelque chose de tout nouveau — novumorganum — bien qu’il eût servi depuis 3,000 ans à peu près aux Archimède, aux Euclide et aux Hipparque ; bien que Platon, Cicéron et Sénèque l’eussent recommandé à tout venant, et que la veille encore, le moine Roger Bacon, Galilée, Copernic, etc., soient venus en faire, à côté de lui, et sans qu’il parût les comprendre, un si merveilleux emploi. Aussi, l’un de ses plus illustres contemporains, Bodley, crut-il devoir protester au nom de tous ces grands hommes et lui écrire : « Vous nous recommandez l’expérience, mais sur le globe entier on ne se sert pas d’autre chose. »
Cependant on préféra croire Bacon sur parole, car le XVI® siècle était flatté d’acquérir un organe de plus.
Nous disions plus haut que l’expérience et tous ses
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témoignages n’avaient jamais rencontré plus d’obstacles que depuis leur proclamation officielle. Bacon donna l’exemple; il fallait, en effet, que son instrument eût bien peu de valeur par lui-même, ou qu’il fût bien mal manié, pour que l’inventeur demeurât plus récalcitrant que tout le monde à l’autorité des grandes et bruyantes observations qui se faisaient autour de lui. Ainsi, qui le croirait? ce grand patron du génie scientifique moderne ne voulut jamais pardonner aux illustres astronomes dont la gloire lui paraissait importune. Pour lui, le mouvement diurne de la terre et sa rotation autour du soleil étaient de « vraies absurdités ; on n’y était arrivé qu’à force de suppositions extravagantes. » C’était en vain que « les astronomes se faisaient suer sur des observations et des démonstrations mathématiques^. » Le télescope lui-même, ce véritable organe de la science, ne cessait d’être pour lui un sujet d’épigrammes, « il ne faut pas croire ce qu’on en dit, » répétait-il sans cesse. . . Quant au microscope, il le déclarait tout
à fait INCOMPÉTENT^.
Bacon , le soi-disant père de l’observation, ne pouvant pas croire aux instruments !... et les prétendus vengeurs de Galilée non-seulement lui pardonnant, mais le saluant comme leur maître! Qu’en dit-on?... Ah! c’est q\xQ\a certitude reléguée dans la physique fait pardonner bien des choses!... un tel service ne peut jamais s’oublier.
On a beaucoup reproché au comte de Maistre toutes ses sévérités pour Bacon, et deux livres viennent encore de paraître, destinés à consoler l’ombre de ce dernier mais en vérité, lorsque dans le premier de ces deux livres, nous voyons M. Cousin reprocher à Bacon d’être « le père de l’école sensualiste moderne , » lorsque nous entendons toute cette dernière école, depuis Diderot et La Mettrie jusqu’à