‹ Des esprits et de leurs manifestations diversesChapitre 89 sur 341 · Éludes hisloriques, p · texte numérisé non relu

Éludes hisloriques, p

IMPORTANCE HISTORIQUE, ETC

l’heure, après y avoir tracé, en lettres d’or, les quelques mots que voici : « L’esprit du véritable critique se livre pieds et mains liés aux faits, afin que ces faits le traînent où ils veulent^. » Porteurs simples et crédules de ce billet, vous connaissez maintenant sa valeur, et vous pouvez savoir si ce sont bien véritablement les critiques qui seront chargés de chaînes, et si les faits, au contraire, ne seront pas traînés de force, là où ils ne veulent et ne peuvent absolument pas aller.

Et puis quelle finesse! « sans rien prononcer mr la réalité du fait, on le traitera comme un poëme!... » Cette finesse ne date pas d’aujourd’hui, malgré ses prétentions à la jeunesse. Il y a quatorze cents ans déjà que saint Augustin écrivait : « Beaucoup, ayant vu le Sauveur sur la terre, n’ont pas voulu croire à sa mission , même après des morts ressuscités par lui. Il en était d’eux comme de beaucoup d’hommes de notre temps qui, malgré l'évident accomplissement des prophéties, persistent dans leur incrédulité et préfèrent résister par des finesses humaines ^ que de céder à l’autorité divine après des témoignages si clairs, si manifestes, si sublimes »

Mais en dépit de cette finesse, qui avait fait débuter M. Renan par ces mots ; « Tout parti pris, à priori, doit être banni de la science » il en a manqué tout à coup. Plus fine encore que lui, c est la vérité même qui a mis au bout de sa plume cet admirable mot : « Il faut accepter tout, excepté le fait TEL QU’IL EST. » Il pouvait dire « excepté le fait tel qu’on le raconte, » mais non ; encore une fois, c’est la vérité même qui s’est trahie en le trahissant et en le forçant à se prononcer.

Néanmoins, comme les faits tels qu’ils sont ont la vie dure, et comme les murs de Carthage restent toujours debout malgré la force et la diversité des engins qui les frappent,

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