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voici venir, armé d’un bélier plus puissant, un ami terrible, un collègue à l’Institut, un aller ego comme principes, mais un aller ego doué d’un coup d’œil plus sûr, qui ne va plus lui permettre de regarder tous nos faits comme un jwëme.
C’est M. le docteur Littré, le chef de ]&philosophie posilive; ayant déjà, dans notre introduction, réglé nos comptes avec lui comme avec MM.Maury, Figuier, etc., nous renvoyons une seconde fois à cette introduction ceux de nos lecteurs qui lisent légèrement ou qui se rappellent peu les préfaces. Ils y verront l’importance exceptionnelle que le premier de ces savants attachq à « la manifestation singulière de 1853 dont l’origine se lie, dit-il, aux plus anciens souvenirs de l’humanité. » « Ces phénomènes, ajoute-t-il, se mêlent aux sciences occultes d’une manière inextricable, si, les méconnaissant dans leur essence, on essaye de les nier (ce qui est contraire à toute méthode historique), soit, de les interpréter par des' phénomènes physiques ou par de simples jongleries (ce qui est contraire à la doctrine médicale)... Véritable impasse enfin, si l’on n’admet l’hypothèse de quelque science perdue, hypothèse néanmoins insoutenable. »
Ne tenant pas à remporter deux fois une victoire si facile, plus facile encore sur « les congestions hypnologiques » de M. Maury, ou sur « le merveilleux expliqué » de M. Figuier, dont le moindre défaut, au dire du Journal des Débats et de ses meilleurs amis, est de n’avoir rien expliqué du tout, nous nous hâtons de passer aux conclusions raisonnables qui seules peuvent nous tirer de l’inextricable impasse si généreusement confessée.
— Philosophie,», de la philosophie contraire.
Nous venons de le voir ; on écoute tout, on admet tout et même on admet tout à la fois, sans se mettre en peine des plus formelles contradictions. Tout est possible en un mot... hors une seule chose... le miracle ou le surnaturel;... Et comme
IMPORTANCE HISTORIQUE, ETC
cette seule chose est précisément celle hors de laquelle il n’est aucun salut, tout roule maintenant sur une bonne définition de ces deux mots , appliqués aux phénomènes actuels.
Pour nous , qui ne voulons pas nous perdre dans des distinctions théologiques sans fin, et qui tenons à simplifier le plus possible la question, nous allons formuler de notre mieux le sens que nous prétendons leur donner aujourd’hui.
Nous ne dirons pas, avec saint Augustin, « que nous entendons par miracle tout ce qui excite notre admiration (mirum) , car nous n’aurions plus d’adversaires.
Nous ne dirons pas que « le surnaturel est tout ce qui contredit les lois de la nature, » car la science est encombrée de faits qui contredisent toutes ses lois.
Nous ne dirons pas que « le surnaturel est le résultat de l’action divine, » car nous en connaissons un qui ne l’est pas...
Mais nous dirons que, tout en reconnaissant, comme nous le prouverons plus tard, le droit exclusif de Dieu à faire de VRAIS et grands miracles — facit mirabilia solus — , le surnaturel pour nous se confondra provisoirement avec le surhumain, c’est-à-dire qu’il sera « la manifestation sensible,
EXTÉRIEURE ET ANORMALE DE TOUT ÊTRE SUPÉRIEUR A l’huMA- NITÉ, INTERVENANT DANS l’iIISTOIRE GÉNÉRALE OU PRIVÉE.
Nous tenons d’autant plus à cette conception du miracle, que c’est précisément celle que nous voyons rejetée à l’unanimité par tous nos adversaires, et qu’elle embrasse dans sa formule le surnaturel et le merveilleux.
Il ne peut venir à l’esprit de personne que nous ayons la prétention de reprendre l’œuvre de Bossuet et de prétendre développer après lui cette grande philosophie de l’histoire, qui nous montre les empires exaltés ou brisés à grand renfort de miracles, suivant leurs mérites ou leurs crimes.
Il suffit de lire la Bible et de rapprocher de « ces grands coups du sort, » soit les antécédents du peuple qui les subit, soit les intérêts de la vérité, dont ils savent frayer la
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voie au milieu des plus invincibles obstacles. Quelle que soit la somme de lumière et de ténèbres projetée sur l’ensemble de desseins que Dieu proclame lui-même insondables j son intervention continue dans tous les détails de l’histoire est un fait d’une telle évidence, qu’il faut être trois fois aveugle pour ne pas le constater à chaque instant. « Si Dieu n’intervenait pas dans tom les événements du monde, a dit Descartes, il ne serait plus Dieu i... »
En vain dans cette Bible, qui est elle-même un miracle, les catastrophes historiques viennent-elles toujours s’ajuster à plusieurs siècles de distance sur les prophéties qui les annoncent; en vain de nos jours encore et quoiqu’il « n’y ait plus de prophètes en Israël, » les leçons les plus frappantes ne manquent-elles pas plus aux peuples qu’à leurs maîtres, pour tout œil qui sait voir et pour tout esprit qui pressent les effets dans leurs causes... tout cela n’est plus autre chose que ^l’éternel roman de la superstition. » Les grands certificats du genre humain n’ayant plus cours sur nos places académiques, nous n’hésitons pas à écrire : « L’histoire des Juifs surtout est à refaire, celle qui existe n’étant que le ramassis informe de pitoyables crédulités 2. »
Pour la généralité des écoles, l’histoire n’est qu’un long enchaînement de chances plus ou moins heureuses,, plus ou moins fatales, de fortunes et de hasards ; les nations ne sont que des agglomérations humaines formées dans le tourbillon d’une tempête, et balayées comme le sable du désert. «L’histoire, telle qu’on la comprend aujourd’hui, disait dernièrement un écrivain bien inspiré, l’histoire ressemble à une machine d’une grande complication dont tous les rouages sont démontés. L’historien en compare les pièces les unes après les autres, les admire ou en rit, suivant qu’elles sont ou ne sont pas à son gré. Mais ce qui lui échappe, c’est l’admirable ensemble que forment ces rouages réunis et remis à leur vraie
Recueil de lettres, Littré, p. 8. ,