Follet
Ils sentent instinctivement la justesse de cette exclamation de Bayle : « Prouvez-leur la réalité d’un seul mauvais esprit, et vous tes verrez, à l’instant, obligés de vous accorder tous vos dogmes. »
Aussi cette dénégation, toute vénielle qu’elle paraisse, fut-elle presque toujours le point de départ de leur incrédulité complète.
Hume partait de cette chimère pour renverser toutes les autres; Rousseau confessait très-franchement que ses premiers doutes sur la vérité des Évangiles lui avaient été suggérés par les exorcismes du Sauveur. 11 admettait tout, îi l’exception des possédés. M. Renan nous fait à peu près le même aveu dans « sa Vie de Jésus, » et Strauss est là pour nous prouver que « c’était aussi pour lui le grand obstacle. »
Ainsi, dans Essays and lleviews, voyons-nous l’incroyance au témoignage humain s’appuyer, comme toujours sur l’accord général qui atteste et néanmoins rejette en même temps, avec raison, disent-ils, tous les faits de sorcellerie.
Peut-on, nous le demandons , mieux démontrer que par ces mots la portée désastreuse du préjugé que nous combattons?
Et cependant il ne faut pas se faire illusion. Cet occultisme se lie de la manière la plus étroite aux grands et divins enseignements surnaturels de la Bible. Ceux-ci, en effet, n’en sont-ils pas positivement l’antithèse? Baal n’est-il pas le contrepied de Jéhovah, et l’instoire juive tout entière est-elle donc autre chose que la lutte de Dieu contre les dieux, et la constante punition du second de ces cultes par le premier? Ochosias est frappé de maladie pour avoir consulté Béelzébuth ; Josaphat perd sa flotte pour s’être lié d’amitié avec lui ; Amasias est livré à l’ennemi pour avoir fléchi le genou devant Édom ; Achab est perdu pour avoir sacrifié « dans les bois, » et Josaphat obtient enfin son pardon pour les avoir détruits. Enfin Saül est rejeté du Seigneur et condamné à mort pour avoir consulté la pythonisse d’Endor et s’être tout simjilement permis, dans un moment de détresse, ce que princes
IMPORTANCE HISTORIQUE, ETC
et sujets se permettent aujourd’hui si tranquillement jusqu’au jour... de la chute ^ !... Tous ces faits sont le corollaire appliqué des terribles anathèmes prononcés dans le Lévitique et dans le Deutéronome (ch. xviii et xxvii) contre les enchanteurs, les pythons et ceux qui consultent les morts, ces crimes étant toujours donnés comme cause de la destruction des nations, « propter istius modi scelera. »
On conviendra qu’à ce point de vue notre question a bien aussi sa philosophie ou plutôt sa terrible gravité historique. On comprend donc parfaitement l’intérêt que nous lui portons et la répulsion générale qu’elle inspire. Dans la grande lutte contre Y horreur de V invisible, c’est un bouclier d’autant meilleur pour nous qu’il est surmonté d’une vraie tête de Méduse pour tes autres.
Maintenant, pour nos dernières conclusions, nous en appelons à cette franchise tout exceptionnelle avec laquelle MM. Littré et Maury ont reconnu « dans la grande et singulière MANIFESTATION DES PHÉNOMÈNES (de 1853) ÜNE FORME NOUVELLE DE CELLES QUI PRÉSIDÈRENT A TOUS LES DÉBUTS DES SOCIÉTÉS ANTIQUES »
Cette franchise nous rend certain que le jour où ils parviendront à donner son vrai nom à cette manifestation singulière, ils seront les premiers à proclamer avec un grand penseur ® que « l’histoire universelle n’étant autre chose que la lutte incessante des bons et des mauvais esprits,... » la philosophie de l’histoire, en ressuscitant ceux-ci, vient de faii’e un pas de géant.
1 . Voir : IV Rois, chap. i ; — Parab., II, chap. xx et xxv, 1. XIX, chap. ii , — Samuel, IX, chap. xm, et Eccles., XLVI, chüp. xxiii.