‹ Des esprits et de leurs manifestations diversesChapitre 95 sur 341 · IMPORT. HIST. — CRITIQUE DÉSESPÉRÉE · texte numérisé non relu

IMPORT. HIST. — CRITIQUE DÉSESPÉRÉE

(c C’était là, convenez-en, un calendrier bien économique et bien simple, et cependant ce pauvre clou est peut-être encore ce qu’il y a de plus solide dans votre histoire ; car tout le reste ne consiste guère que dans quelques extraits des livres sacrés, comparables, comme autorité, à nos rituels et à nos bréviaires, et dans quelques 'prétendues annales que Cicéron traite de fables et que Plutarque, d’ailleurs, nous dit avoir été brûlées. »

C’est vrai ; Cicéron et Plutarque avaient dit à peu près toutes ces choses, et, tous tant que nous sommes, nous en étions restés là sur Tite-Live et sa véracité; mais depuis, d’autres critiques avaient repris la question, et M. Taine, un des plus habiles de notre époque, va parler à son tour.

Il faut savoir, avant tout, qu’en 1855 l’Académie ayant promis un prix au meilleur mémoire sur Tite-Live et principalement sur les appréciations de cet historien par Beaufort et Niebuhr, M. Taine avait remporté ce prix.

Si nous voulons analyser son œuvre , nous voyons qu’il est d’abord effrayant d’admiration pour Beaufort « dont l’histoire romaine est, selon lui, composée de dissertations solides, précises et fort souvent trèsjustes, » (( 11 est vrai, ajoute-t-il, que tout son effort tend à détruire événements et documents, et que l’histoire romaine, quand on l’a lue, ne semble plus qu’une ruine; mais ce critique combat pour la vraie méthode^. »

Si c’est de la vraie méthode, Beaufort peut se consoler comme certains médecins ultra-dogmatiques se consolent de ce qu’ils appellent un insuccès, quand leur malade est mort conformément aux règles.

Mais bientôt la critique, corrigeant les excès de ce critique, est venue lui prouver (et M. Taine est de cet avis) ; que le misérable clou n’était fiché par le pontife que pour conjurer la peste, et non pour supputer les années; que c’était un rit et non plus un calendrier;... 2® qu’au lieu d’être en pleines ténèbres au temps des fondateurs de Rome, on était au contraire en pleine écriture et même en pleine science et pleine civilisation, puisque Cicéron s’indignait à la pensée du contraire 2, et que Varron — dont ce même Cicéron admire les cinq cents volumes — Varron, tellement difficile en fait d’histoire, qu’il rejetait comme fable tout ce qui précédait la première Olympiade, Varron n’en avait pas moins rangé toute l’histoire de Rome parmi les plus

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