CHAPITRE PREMIER
Angleterre
De tous les Etats européens qui prirent une part active à la guerre de 1914-1918, l'Angleterre est un de ceux où l'étude des conséquences monétaires du conflit est des plus attachantes, tant par la manière dont s'est comportée, durant les hostilités, la devise nationale, que pour son exemplaire restauration à la parité-or, la paix une fois rétablie. Il en rejaillit un lustre nouveau sur une école financière dont l’histoire a consacré depuis longtemps l'excellence des principes et le rare courage de les appliquer au prix des plus durs sacrifices.
Le mois d'Août 1914 vit naître là ,comme chez tous les belligérants, les mesures exceplionnelles que commandait l'entrée du pays dans un conflit de grande envergure. Donnant l'exemple de la prévoyance, le Gouvernement britannique se prépara alors à soutenir une guerre de longue durée, où les facteurs économiques joueraient un grand rôle. Afin de parer à la pénurie immédiate de numéraire (1) et de procurer ultérieure-
(1) Il n'existait pas, en Angleterre, de « Trésor de guerre », sur le modèle allemand, ni même comme en France, de système analogue, 4
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ment les ressources nécessaires, le « Currency and Banknotes Act », du 6 Août 1914, donna au Gouvernement l'autorisation d'émettre un papier-monnaie d'Etat dont la circulation se superposerait à celle de la Banque d'Angleterre. Les émissions anormales de billets furent rinsi effectuées par le Gouvernement anglais lui-même, laissant intact le crédit de la Banque: distinction théorique sans doute, puisqu'en même temps le billet de la Banque recevait cours forcé, et qu’en fait il ne s'établit aucun change intérieur entre les deux circulations. Cependant, cette nuance avait son intérêt et marquait, chez les sphères dirigeantes britanniques, le souci de ne point compromettre pour l’avenir les deux qualités essentielles du billet de la Banque d'Angleterre, à savoir sa convertibilité-or et, comme conséquence, sa non dépréciation au change.
Nous ne nous étendrons pas sur le mécanisme de l'inflation en Angleterre, cette étude excédant le plan proposé. Notons seulement qu'elle se produisit sous deux formes: ouvertures de crédits de banques (1) et émissions de billets d'Etat ou « Currency-notes ». Par ce double mécanisme, le lotal des moyens de paiement passa de : £ 1.273 millions à £ 2.937 millions, du 31 décembre 1913 au 31 Décembre 1919 ; sur ce montant, les Currencynotes entraient pour 356 millions, et les avances par Voies et Moyens de la seule Banque d'Angleterre, repré sentaient environ 200 millions sterling (2),
(1) Les plus importantes furent celles consenties par la Banque d'Angleterre, les « Ways and Means Advances ».
(2) Cette augmentation des moyens de paiement donne une évaluation minimum de l'inflation de guerre en Angleterre. Il convient de tenir compte, en outre, de la diminution des marchandises au cours de la même période, dans un pays dont toute la production était orientée vers la guerre, c’est-àælire vers une consommation inutile du point de vue économique.
Dès 1918, le Gouvernement anglais se préoccupa de la résorbtion de celte double inflation de papier-monnaie et de crédit. Sans même attendre la fin des hostilités, - il chargea un Comité financier, présidé par lord Cunliffe, d'établir un programme de revalorisation monétaire destiné à être appliqué dès que les circonstances le permettraient (1) ; ainsi était affirmée la volonté gouvernementale de ramener dès que possible le change anglais au pair, et cela par les propres efforts du pays, sans se reposer sur l'espoir facile et illusoire d'une paix avantageuse el rémunératrice. Le 15 août 1918, le Comité Cunliffe communiqua un premier rapport provisoire où se trouvent formulés un certain nombre de principes dont l'intérêt déborde singulièrement les fron-
tières du Royaume-Uni :
1° — Ilest nécessaire, en tout pays, de limiter la création du crédit. Dans le cas particulier de l'Angleterre, il convient de limiter ainsi la création des Currencynotes en imposant pour toute émission ultérieure, une certaine couverture en billets de la Banque d'Angleterre. Puisqu'en vertu de l'Act de 18%4, l'émission de ces billets est strictement contingentée, les Currency-noles reposeront indirectement sur l'or de la Banque, et leur demande exagérée, ayant une répercussion à la Banque d'Angleterre, déclanchera automatiquement le frein du taux de l’escompte.
{) On a souvent voulu rapprocher les travaux du Comité des Experts, réunis en France en 1926, de ceux de la Commission Cunliffe. Une différence capitale les sépare : les experts français ont dù choisir le but à atteindre, — question politique ; — Le Comité Cunliffe eut seulement à préciser les moyens pour atteindre un but arrêté par le Gouvernement.