‹ Des essais de stabilisation monétaire par le retour à la convertibilité-orChapitre 15 sur 35 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Autriche

Une des conséquences capitales de la guerre de 1914

fut l’écroulement, en 1918, sous le vent de la défaite, du curieux édifice ethnique qu'était l’ancien empire austro-

hongrois. Faisant allusion à ce phénomène, M. Lloyd

George s’écriait en janvier 1921, au cours d'une séance

du Conseil Suprême tenue à Paris : « Une explosion s’est

produite dans le centre de l'Europe et la monarchie austro-hongroise a volé en éclats. Un de ces éclats est tombé en Italie, un autre en Serbie, un troisième a franchi les Carpathes et est allé s’écraser en Roumanie, un quatrième est devenu une partie de la Pologne, un autre encore a formé un Etat qui s'appelle, ma-t-on dit, la Tehéco-Slovaquie. Je sais bien que deux autres sont restés sanglants sur les bords du Danube... mais en sommes-nous responsables ? » L'un

de ces deux Etats sanglants était PAutriche, dont un diplomate disait encore après le traité de Si- Germain : « l'Autriche, c'est ce qui reste ».

Réduite à un territoire de 80.000 km. carrés, avec une population de 6 millions d'habitants, dont la moitié est groupée dans une immense aggloméralion, Vienne, l'Autriche se heurta dès 1918 à des difficultés importantes. Toute sa vie économique était désaxée, tout était à créer, politiquement et financièrement, pour rendre viable un pays dont l'avenir semblait fort compromis.

Le Gouvernement autrichien n'eut pas le courage où la force de surmonter les premiers obstacles qui se présentèrent à lui. Ses dépenses étaient considérables, tant du fait de la guerre que par suite des Traités : il fallait secourir des milliers de fonctionnaires devenus inutiles, soutenir de nombreuses industries désemparées à la suite des modifications territoriales, et, la misère commençant à sévir dans la population, il fallut accorder des secours pour parer à des troubles sociaux menaçants. Par ailleurs, le système fiscal désorganisé compromettait la rentrée des recettes, elles-mêmes amoindries par la chute de la couronne. Aussi le Gouvernement eut-1l recours à l'in- Îlation, modérément d'abord, puis selon un rythme accéléré, et ce ruineux expédient devint bientôt la principale des ressources budgétaires. L'Autriche offrit ainsi en Europe, au lendemain de la guerre, le premier exemple des conséquences catastrophiques auxquelles conduit l'abus du papier-monnaie. À partir de 1922, la situation du pays devint tragique. Les 100 francs suisses, dont le pair correspondait à 105 couronnes, cotaient :

le 1% Juillet 1919 — ..... PE 567 couronnes autrichiennes ledreJuiletedli20= "0.777 2.702 couronnes autrichiennes EMULE CE 12.200 couronnes autrichiennes Je Juillet 221.27 360.000 couronnes autrichiennes

Les prix suivirent d'abord lentement cette progression,

puis la dépassèrent rapidement, atteignant des indices vertigineux (1). L'Autriche, qui avait souffert en 1920 d'une pénurie de marchandises, se trouvait alors devant une abondance de produits dont le prix les rendait maccessibles à sa population. C'est alors que le nouveau chancelier autrichien, Mgr Seipel, vint pousser à Genève un émouvant cri de détresse au cours de la 22° session du Conseil de la Société des Nations. Conscient de l'impossibilité pour son pays de se relever par ses propres forces, et de l'urgence véritable qu'il y avait à obtenir de nouveaux secours, sans s'arrêter d'autre part à des considérations d’amour-propre national, dont les circonstances ne permettaient plus de tenir compte, le Chancelier exposa à Genève ce qu’il attendait de la Société des Nations : (2) É

« 1° Arrêter la dégringolade du système monétaire « dégringolade rendant impossible tout calcul budgé- « taire, non seulement de l'Etat, mais aussi des parti- « culiers, el augmentant journellement le coût de la vie.

«2° Permettre à l'Etat son existence pendant la pério- « de de transition, jusqu’à ce que les mesures d’assainis- « sement déjà prises e! encore à prendre soient deve- « nues efficaces.

« 3° Lui permettre de se débarrasser d’un certain « nombre de fonctionnaires et d'activer le rendement de « ses entreprises au moyen des fonds nécessaires.

(1) Une miche de pain coûtait une demi-couronne en 1913 6.000 couronnes en septembre 1922. Le prix d'une chemise passait dans la même période de 6 à près de 200.000 couronnes (chiffres fournis en exemple par Mgr Seipel, chancelier autrichien à la Société des Nations, le 6 septembre 1922).

(2) Cotnpte-rendu officiel de la 22° session du Conseil, 3 séance. Discours de Mgr Seipel, chancelier autrichien.

Re pots

« 4° Utiliser à l'avenir les ressources déjà mention- « nées, en améliorant l’agriculture, en mettant sur pied « l’industrie, en exploitant les forces hydrauliques et en « donnant ainsi à la population les bases d’un avenir « certain ».

En terminant, le Chancelier autrichien acceptait le principe d'un contrôle étranger, reconnu indispensable, mais à la condition qu'il ne portàl pas atteinte à la sou-

verainelé de son pays.

La Société des Nations avait été déjà saisie, une première fois, en mars 1921, du problème de la reconstitution financière de l'Autriche. La situation était alors moins grave. La première mesure à prendre parut être de libérer l'actif national, afin qu'il pût servir de base à un emprunt national ou international; des pourparlers furent engagés à cet effet avec les 18 Etats créanciers du pays, en vue d'obtenir la levée de leur hypothèque pour une durée, assez longue, de 20 années : ces pourparlers traînèrent en longueur et n'aboutirent qu’en juillet 1922. Mais, entre temps, la situation s'était considérablement aggravée. À la demande pressante du Gouvernement autrichien, des crédits furent ouverts par la Grande-Bretagne (£ 2.250.000), la France (50 millions de francs), l'Italie (70 millions de lires), et la Tchéco-Slovaquie (500 millions de couronnes). Au cours du 1° semestre de 1922, ces crédits furent dépensés en majeure partie pour le ravitaillement de la population, sans autre - avantage pour les‘finances publiques qu'un surcroît d'endettement. La couronne perdait sans cesse du terrain, tombant en août 1922 à 1/10° de sa valeur de six mois auparavant, 1/100° de sa valeur d'un an auparavant,

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