‹ Des essais de stabilisation monétaire par le retour à la convertibilité-orChapitre 17 sur 35 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT

Hongrie

La Hongrie est, parmi les pays de l'Europe ayant gravement souffert de l'inflation, une des dernières venues à la stabilisation monétaire. Elle s’inspira de l'exemple autrichien, et, bien que son expérience soit encore toute récente, son étude présente de l'intérêt.

Trois périodes sont nettement marquées dans l’évolution de la monnaie hongroise après la guerre.

La première prend naissance à la fin du conflit européen. La Hongrie, sous le coup de la défaite, subit les plus graves troubles politiques et économiques ; deux révolutions et l'occupation étrangère se succèdent dans ce pays appauvri par la guerre, et auquel les Traités de Trianon ont enlevé une grande partie de son territoire, réduisant le revenu national de 6,708 milliards de couronnes-or, en 1914, à 2,600 (1).

L'inflation, tantôt poursuivie délibérément par le Gouvernement soviétique pour ruiner la valeur de la couronne, lantôt utilisée par le Gouvernement régulier

(1) Cf — M. E. de Szaszy : Hongrie. Revue des Sciences politiques, janvier-mars 1925, p. 49.

D PSE

pour combler le déficit budgétaire, ramena le change hongrois de 37,37 centimes suisses en octobre 1918, à 11,50 centimes en août 1919, et 1,15 centime le 20 décembre 1920. À ce.taux, il n'était plus possible, sauf mesure exceplionnelle, d'établir un budget : la catastrophe économique paraissait inévitable.

C’est alors qu'arriva au Ministère des Finances, M. R. de Hegedüs, qui, témoignant de beaucoup de courage et d'énergie, entreprit un grand effort de restauration financière, marquant, du 20 décembre 1920 au 22 avril 1923, la seconde période de l'histoire monétaire hongroise. M. de Hegedüs voulut arrêter la chute de la couronne, sans faire appel à l'étranger, en supprimant tout d'abord le déficit budgétaire et par là toute cause d'inflation, pour compte de l'Etat. Pour se procurer, d'autre part, les ressources nécessaires, il laxa au taux de 20 % la valeur moyenne de toutes les formes du capital, mobilier et immobilier, cette imposition exceptionnelle frappant les biens et non les personnes. Afin de diminuer les dépenses budgétaires, il proposa de réduire uniformément l'intérêt de tous les emprunts publics, avec quelques atténuations au profit des victimes de la guerre et des fonctionnaires.

L'exécution de ce programme rencontra tout d’abord un grand succès. Le budget s'annonçait comme devant être en équilibre ; la confiance régnait à l'intérieur et à l'extérieur, et la couronne était cotée à Zurich, en Mai 1921, 2,85 centimes. |

Là réforme cependant devait échouer finalement : son auteur avait trop présumé peut-être des forces du pays; la contribution exceptionnelle sur la fortune donna bien vite des déceptions et la charge des réparations mit en

To

- péril un équilibre budgétaire déjà fragile. La devise nationale perdit et au-delà, dans le second semestre de 1921, son avance antérieure, et lorsqu'en novembre elle tomba à 0,64 centime les 100 couronnes, toute confiance

dans le relèvement du pays disparut.

Les détenteurs de couronnes, tant à l'intérieur qu’à l'extérieur, voyant disparaître toute chance de revalorisation, transformèrent leur avoir en marchandises ou en devises étrangères ; cette désaffection du public ne {it qu'accélérer la chute du change national, et le gouvernement hongrois, désemparé, dut s'en remettre à l'étranger du soin de rétablir dans le pays une situation financière normale.

C’est alors qu'intervint la Société des Nations ; cette troisième période est celle de la restauration progressive des finances du pays. La couronne hongroise sui- -vait la même pente qu'autrefois la couronne autrichienne ; toute baisse nouvelle accroissait le déficit budgélaire, les prévisions de dépenses se trouvant dépassées en cours d'exercice, et chaque déficit était un facteur d'inflation. La devise nationale ainsi entraînée dans le cercle vicieux ne s'arrêta qu'au cours de 0,007 cenlime suisse. Le Gouvernement du Comte Bethlen, devant celle catastrophe, s’adressa le 22 avril 1923, à la Commission des réparations, pour obtenir que fut levée l'hypothèque dont le Trailé de Trianon avait frappé ses biens. Ceux-ci serviraient alors de gage à un grand emprunt international, destiné à subvenir aux besoins du Trésor pendant le temps nécessaire à l'assainissement progressif des finances hongroises. Des difficultés d'ordre diplomatique empêchèrent cette demande d’abou- Ur immédiatement, Mais à la session de septembre 1923,

de la Société des Nations, le Conseil obtint de la Commission des réparations le principe de cette mainlevée, les. deux organismes devant se mettre d'accord sur le plan de reconstruction qui serait appliqué à la Hongrie.

Au cours des derniers mois de 1923, un Comité financier élabora un programme, qui fut accepté par les divers Etats créanciers et par la Commission des réparations ; lors de la réunion du Conseil à Genève, en Mars 1924, les signatures furent échangées, et l’exécu-

tion du programme commença le 30 juin suivant.

Le plan de reconstruction était basé sur deux mesures essentielles : d'une part, la création d'une Banque Nationale, pleinement indépendante, ayant le monopole de l'émission et la responsabilité de la politique monétaire, d'autre part, équilibre budgétaire progressivement rétabli et devant être assuré au 30 juin 1926. Pour que soit arrêtée immédiatement l'inflation, et que l’on puisse stabiliser la couronne, un emprunt international de 250 millions de couronnes-or fut lancé, qui rencontra un grand succès. Grâce à cette aide, la planche à billets cessa de fonctionner pour le compte de l'Etat, et le change se stabilisa au cours de 0,007 centime suisse pour 100 couronnes.

Ce résultat ne fut pas atteint sans de lourds sacrifices. Au point de vue national, la Hongrie consentait à une certaine diminution de sa souverainelé : un commissaire général siège à Budapest depuis le premier mai 1924,

“contrôlant la préparation et l'exécution du budget, el des recettes sont affectées en garantie de l'emprunt international qui doit être amorti en vingt années. À l'intérieur, le Gouvernement hongrois exigea du Parlement, le 17 avril 1924, les pleins pouvoirs nécessaires pour

poursuivre la restauration financière durant toute Ja période prévue, c'est-à-dire jusqu'au 30 juin 1926, selon les directives de la Société des Nations. Ces directives visaient à l'accroissement des receltes et à la diminution des dépenses, selon une progression régulière : le déficit prévu de 175,6 millions de couronnes-or pour le premier semestre de 1924 doit faire place durant le sécond semestre de 1926 à un excédent de recettes de 13 millions de couronnes-or. Ces prévisions paraissent devoir se réaliser : dès le début, elles furent dépassées, et si les économies n’ont point été obtenues aussi rapidement qu'il était indiqué, les accroissements de recettes furent par contre beaucoup plus considérables.

La Banque Nationale de Hongrie fonctionne régulièrement depuis le 24 juin 1924. Dès sa création, toute émission désordonnée des billets a disparu. La Banque sert de caissier à l'Etat et d'intermédiaire à toutes les autres banques, sur le modèle de la Banque de France. Elle est parfaitement indépendante vis-à-vis du gouvernement.

Le change hongrois paraît stabilisé et ne varie que faiblement autour du taux fixé. Le 30 juin 1926, le million de couronnes était coté à Genève, Francs suisses 72,25 (1).

(1) Au cours de la session de juin 1926 du Conseil de la Société des Nations, le Comte Bethlen a demandé la levée du contrôle de la Société et la libre disposition du reliquat de l'emprunt international se montant à 82 millions de couronnes or. Le Comité de surveillance de la reconstruction financière de la Hongrie, comprenant, outre les représentants de la France, de l'Italie et de la Grande-Bretagne, trois délégués de la Petite Entente, mal influencé par les évènements voïi. tiques récents (affaire des faux billets de banque français). décida de repousser cette demande. Le contrôle reste maintenu sur les revenus gagés ct sur le reliquat de l'emprunt

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