‹ Des essais de stabilisation monétaire par le retour à la convertibilité-orChapitre 3 sur 35 · CHAPITRE Il · texte numérisé non relu

CHAPITRE Il

République Argentine

L'histoire monétaire de la République Argentine, au cours du XIX° siècle, est marquée par des troubles profonds, inhérents à un système où l'unité nationale de la valeur était le plus souvent représentée par un billet de banque inconvertible. La circulation actuelle est basée sur la Loi monétaire N° 1130 du 5 Novembre 1881, qui a créé pour étalon national la piastre-or, «pesooro », pesant 1,6129 grammes d’or fin au titre de 9/10 (1). Dès le début; il fut impossible de mettre ces pièces en circulation. Après une courte apparition du système métallique, de 1883 à 1885, le billet argentin devint à nouveau inconvertible, et le désordre monétaire empira. En 1890, la chute de la piastre, s’accentuant, provoqua une véritable catastrophe monétaire. Les besoins croissants du Gouvernement firent accélérer le rythme de

(1) Ce poids correspond au change de 4 piastres-or pour 29 francs-or. | |

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l'inflation ; le total des billets inconvertibles qui était de 08,9 millions de piastres en 1885, passa à 245,1 en 1890, et en avril de cette année le change tomba à 315 piastrespapier pour 100 piastres-or. Le mouvement alla en empirant jusqu'en 1891, point culminant de la crise. Les banques officielles et plusieurs banques privées durent alors fermer leurs portes. Des troubles éclatèrent. En avril 1891, la prime de l'or fit au plus haut 346 0/0.

Les présidences successives affirmèrent leur intenlion de revaloriser la monnaie nationale, mais, faute d'énergie ou de connaissances techniques suffisantes, leurs efforts restèrent sans succès. C'est ainsi que dès 1890, en pleine crise, avait été créée la Caisse de conversion qui, neuf ans plus tard, devait prendre une telle importance dans le relèvement financier et économique de la République Argentine. Mais, à l’origine, ses attributions étaient fort vagues; elle devait procéder à l’amorüssement progressif de la circulation fiduciaire, surveiller les opérations d'émission, préparer la conversion future des billets en circulation, veiller à l'observation des lois monétaires. Dès l'origine, elle se heurta à une impossibilité absolue: il ne pouvait être question d'amorür les billets en pleine période d'inflation. Aussi la Caisse traîna-t-elle une existence parfaitement inoffensive et ignorée, Jusqu'en 1899.

A cette date, la situation s'était complètement retournée. Avec l’ordre rétabli dans le pays, était apparue une ère de prospérité économique remarquable, qui ne pouvait qu'avoir une heureuse influence sur le cours du change. Dans ce pays, essentiellement agricole, plusieurs belles récoltes permirent un gros effort d'exportation des. céréales, et l’afflux des devises étrangères provoqua le

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relèvement progressif du cours de la piastre argentine. La prime de l'or ne cessa de décroître depuis 1895; elle était de 274 % en 1897, 156 0/0 en 1898, et descendait à 124 0/0 en 1899. Cette hausse de la valeur or du billet s'accompagnait, en outre, d’une légère déflation annuelle depuis 1893.

= La revalorisation de la piastre ne fut pas sans amener les restrictions habituelles. Le dommage fut moindre cependant dans ce cas particulier, car 1l se produisit, dans le même temps, une hausse des prix, neutralisant en partie les effets de la hausse de la piastre. Cependant, en 1899, on pouvait obserÿer le ralentissement croissant des affaires qu'expliquait ainsi le Ministre des Finances: « Les oscillations du change ne font pas varier les prix du coût de la production, tandis qu'elles influent directement sur le prix des produits exportés ».

L'opinion publique, ainsi saisie du problème, se parlagea entre deux groupes : les uns prônant la revalorisation à tout prix de la piastre, jusqu’à sa parité or, les autres, et plus spécialement les agriculteurs, commerçants el industriels, tenant au contraire pour une politique de stabilisation de la devise nationale, condition nécessaire de la reprise des affaires. Le Gouvernement donna satisfaction à ces derniers avec la Loi N° 3871 du 4 Novembre 1899. Cette loi, œuvre vraiment sérieuse et scientifique, présentée au Congrès par l'exministre des Finances. M. José-Marie Rosa, établissait tout un plan de réformes, et fixait tout d’abord un rapport fixe entre la piastre, monnaie légale actuelle, et la piasire, monnaie nationale d'or frappé, au taux de 4% centièmes ou centavos de piastre-or pour une piastre-

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