CS PRE
le déclare très franchement: je ne crois pas que nous ayons fait tout ce qu'il convenait de faire pour préparer le lit de la stabilisation. Et comme je ne voudrais pas que nous nous engagions à la légère dans une entreprise qui risquerait de tourner à l'aventure, j'ai cru de mon devoir de citoyen de crier simplement : attention ! ». En Belgique, M. Francqui, ministre du Trésor, tenait en juin 1926 des propos analogues : « Il ne faut pas s’imaginer qu'il soit possible de stabiliser une monnaie par l'effet d'une simple disposition législative. Le rétablissement d’une monnaie, c'est la confiance que les étrangers et les nationaux peuvent avoir en elle, et cette confiance ne peut exister que si chacun a la certitude que l’ordre règne dans les finances intérieures. Supposer qu’un Gouvernement, quel qu'il soit, puisse, sans le concours de tous les citoyens indistinctement, empêcher une monnaie de s’avilir,. c'est une utopie qui ne peut naître que dans des esprits simplistes. Le concours de tous lui est donc indispensable ».
À la même époque, le Secolo de Milan rapportlait, de M. Caillaux, l'opinion semblable : « Certains, disait-il, prétendent que la stabilisation des monnaies remédiera à tout. Je ne nie pas que les stabilisations monétaires soient des opérations nécessaires ; elles ne font, hélas ! que consacrer législativement les faillites qui sont déjà eutrées dans la réalité. Mais ce sont des opérations à accomplir avec prudence, au bon moment, sans attendre un remède spécifique de ce qui, après lout, est une simple régularisation d'écritures ». è
L'histoire de toutes les réformes monétaires opérées depuis la fin du 19 siècle vient apporter la confirmation, par l'expérience, de cette théorie. Mis à part les exemples
tirés d'Etats dont la monnaie, presque morte, ne pouvait permettre aucune réforme financière sans la création de nouveaux signes de la valeur, dans tous les pays, la stabilisation monétaire a suivi et non précédé l’amélioration générale, économique et financière. En d’autres termes, partout où la masse monétaire restait vivante, quoiqu'amoindrie, on a toujours observé une période plus ou moins longue de revalorisation avant Je rétablissement de la convertibilité-or. La stabilisation: se trouvait pratiquée contre la hausse et non contre la baisse. Elle à ainsi les plus grandes chances de réussir, et l’on ne saurait trop prendre de précautions dans ce domaine, un échec comportant des conséquences loujours très graves, parfois fatales.
Il semble ainsi que la logique et la prudence, appuyées sur de nombreuses expériences, poussent à pratiquer une médication générale avant la médication spécialement monétaire. Cette médication générale, l’amélioration des finances en est le chapitre principal. L'Etat se trouvant le premier responsable de l’avilissement monétaire, et — pour toute sa dette intérieure — également le premier bénéficiaire, doit donner l'exemple des restrictions qu'il devra imposer à tous. L'histoire des réformes monétaires contemporaines montre la difficulté que l’on rencontre à réduire dans d'importantes proportions le budget des dépenses. Cependant tous les pays envisagés ont dû faire un effort en ce sens, effort qui ne porte de fruits qu'autant qu'il est général et s’inspire d’un plan d'ensemble.
Mais l'amélioration des finances publiques est beaucoup plus facile à obtenir par l’aménagement des recettes en fonction de la situation monétaire, Avant de
songér à renforcer les impôts, le Gouvernement doit adapter son budget aux circonstances : ainsi, pour les recettes tirées du commerce international ou de taxes perçues sur des étrangers, il convient de spécifier des paiements en or, comme cela s’est pratiqué dans plusieurs pays. Pour les recettes perçues à l'intérieur du pays, si la loi interdit l'usage de paiements-or, à leur défaut, le Gouvernement doit percevoir ses droits ou impôts le plus rapidement possible afin d'éviter que le montant s’en trouve réduit au moment du versement. Pour n'avoir pas suivi cette règle, le gouvernement allemand voyait son budget des recettes réduit à rien en valeur-or, la monnaie se dépréciant de 90 % entre les prévisions et le paiement.
Ces procédés permettent d'assurer plus efficacement l'équilibre budgétaire. Mais ce n’est là qu’un minimum : pour payer les fautes passées, il faut que le budget prévoit d'importants excédents, destinés à l'amortissement progressif de la dette envers l’Institut d'émission. Car, en cette matière, on n’a pas le choix : « on fera une politique de déflation ou l’on n'en fera aucune ». C’est le seul moyen d'orienter la devise nationale vers la hausse, condition première de la stabilisation. Le point jusqu'où devra être poursuivie cette déflation est une question d'expérience. =
Lorsque, d'autre part, une delle flottante importante peut consliluer un péril pour le redressement des finances publiques, il est également nécessaire de procéder à Sa conversion. l'ant que la Trésorerie d'un Etat reste sous la menace d’une demande massive de remboursements, rien ne peut être entrepris dans le domaine monélaire. Pour procurer des ressources immédiates et
Vo Jde C HÉRSLEE. S.à
nie
considérables, on a préconisé et essayé en de nombreux pays un prélèvement extraordinaire sur le capital. Mais partout, cette opération a donné des mécomptes : en fait, en dehors de tous les autres’ arguments qui restent nombreux, le prélèvement sur le capital, effectivement pratiqué, ne peut correspondre qu'à un super-impôt sur le revenu et ne fournir annuellement que des ressources
restreintes. Pour compenser un poste considérable au
passif d'un bilan, il faut en mobiliser un équivalent à l’actif. Cet actif, dans les pays modernes, est constitué principalement par les Domaines et les Monopoles. Sans qu'il soit question de les aliéner, ces ressources doivent servir à gager le passif de lEtat, ainsi que cela fut pratiqué en Belgique où les chemins de fer sont devenus le gage des porteurs de bons à court terme. Avant d'en venir à la consolidation brutale et pour l'éviter si possible, l'Etat doit, comme en Angleterre, s’efforcer de transformer, en dette à long terme, sa dette flottante. Dans ce dernier pays, en 1922, £ 194.467.884 de dettes extérieures ou flottantes furent échangées contre £ 257.205.055 de dettes à long terme, il en résultait une diminution importante du service des intérêts, passés en même temps de £ 10.064.951 à £ 9.577.378.
Cette double politique, d'amortissement des Avances de la Banque à l'Etat, au moyen des excédents budgétaires, d'amortissement et de conversion de la Dette flottante, au moyen d'opérations d'amortissement et de Trésorerie, oriente tôt ou tard le change national vers la hausse. Elle doit être accompagnée d'une politique économique conforme au plan arrêté, et dont nous allons exposer les directives principales. Mais par elles seules, des finances publiques saines enlèvent toute prise
-à la spéculation à la baisse. Avec la disparition de toute menace d'inflation disparaîtra la défiance publique. Ces paroles d'un ancien ministre français ont une portée générale: « Chacun doit être bien convaincu, dit M. Yves Guyot, que les étapes du crédit de la France seront les étapes de la déflation, et qu'elle ne recouvrera tout son crédit que le Jour où elle sera complètement libérée du pire des emprunts ». Cette action prépondérante des finances publiques dans l’évolution d’une monnaie dépréciée est également soulignée par M. Ch. Rist: « Remettez d'abord votre budget en équilibre, et tout le reste vous sera donné par dessus ». (1).