‹ Des essais de stabilisation monétaire par le retour à la convertibilité-orChapitre 7 sur 35 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

. Brésil ()

La fin du XIX° siècle vit naître au Brésil une période de crise intense qui se développa principalement au cours des années 1890. Le milreis brésilien, dont le pair élait de 27 d., tomba à 20 d. en 1890, et descendit jusqu'à 5-d., au plus bas, en 1898, année où la crise générale connut son maximum d'intensité.

La circulation monétaire était double: billets de banque et billets du Trésor, tous inconvertibles. Des émissions successives et fort importantes ne contribuèrent pas peu à leur dépréciation, accompagnée de ses corollaires habituels de gonflement des prix et de la spéculation. En 1890, ’le délire, écrivait M. P. Calogéras, élait tel que l'on ne savait quel nom donner aux nouvelles Sociétés et l'on payait des primes pour toute action nouvelle que l'on émettait”. C'était déjà une ma-

(1) La réforme monétaire au Brésil présentant d'assez grandes analogies avec celle de la République Argentine, nous-ne nous étendrons pas longuement sur ce sujet.

ré

nifestation de cette ‘fuite devant la monnaie” dont l'après-guerre a transporté en Europe les tristes exemples. Phénomène essentiellement temporaire, et qui conduit à bref délai à la fin d’une prospérité économique absolument factice.

Au Brésil, la crise se manifesta d’abord par la chute des prix du café, produit national par excellence, autour duquel tourne toute la vie économique. De 1890 à 1898, les cours fléchirent d'une façon continue, en valeur -or, et aboutirent à une véritable débacle. Les ruines se multiplièrent, et le marché de Rio était absolument désemparé. Les affaires s'arrêtèrent : Ia banqueroute fiscale était complète.

Le Gouvernement s'efforça de réagir dès 1899. Une loi intervint cette année même, qui décida d'affecter une partie des ressources budgétaires à la constitution progressive d’un stock métallique devant garantir la circulation fiduciaire ; en même temps était décidé l'arrêt de l'inflation, et sa résorption par incinération des billets, selon les possibilités annuelles.

Le change commença alors un mouvement en sens inverse, et, dès 1901, le milreis avait recouvré 45 % de sa valeur-or. Mais cette revalorisation n’apporta aucun soulagement aux producteurs de café : une crise de mévente affectait le produit, crise due, partie à la surproduction, partie à la hausse du -change provoquant la fermeture de plusieurs marchés extérieurs.

Pour remédier à celte situation, les Etats adoptèrent en 1906 (Convenio de Taubeté) un certain nombre de mesures parmi lesquelles des résolutions d'ordre monétaire. Il fut décidé de stabiliser la monnaie nationale, dont la hausse récente nuisait aux exportateurs brési-

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liens. Après de longues discussions, on choisit pour cette stabilisation, le taux de 15 d. qui correspondait à la moyenne des cours du milreis de 1881 à 1905. La loi fondamentale du 6 décembre 1906 sanctionna ce taux, en établissant une Caisse de conversion chargée d'émettre des billets contre remise d’or, sur la base de 1 milreis pour 16 d. A la différence de la Caisse argentine, seuls les billets nouveaux émis par la Caisse brésilienne seraient remboursables en or (1). Ainsi devaient circuler concurremment, deux catégories de billets : les uns inconvertibles (toute l'émission antérieure de billets de banque et du Trésor), les autres convertibles à un taux fixe de change (billets de la Caisse de conversion). Il était d’ailleurs spécifié que cette stabilisation était toute accidentelle, et ne préjugeait en rien du retour ultérieur à la parité-or du milreis, soit 27 d..

Cette Loi de 1906 donna dès le début de bons résultats dus essentiellement, tout comme aux Indes ét en République Argentine, à des circonstances propices. Une suite de balances favorables permit à la Caisse de recevoir de l'or en échange duquel elle fournit de la monnaie locale. Ce facteur heureux se doublait d'un afflux de capitaux étrangers venus chercher un emploi dans ce pays encore neuf et qui restait à mettre en valeur.

A l'origine, pourtant, la Caisse de conversion brésilienne eut à subir le contrecoup de la crise financière de 1907-1908, dont le point de départ fut l'Amérique du Nord. L'institution, toute jeune encore, fut mise un

(1) Ainsi que le fait observer M. SUBERCASEAUX, cette différence est d’ailleurs de pure forme : la Caisse de conversion argentine à sa fondation, n'aurait pu s'opposer à la baisse des

cours de la piastre, faute d’un stock d’or suffisant.

Ge instant en péril, mais, ainsi qu'il ressort du tableau ci-

dessous (1), la situation se rétablit dès 1909, avec Ic retour de la confiance.

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