OBSERVATION IV
On nous présenta uoe malade, Louise S..., chez laquelle nous reconnûmes manifeslement tous les symptômes de Thysteria major. Depuis quelque temps les attaques étaient devenues fréquentes et nous voulûmes essayer par la suggestion de les faire diminuer. Dans notre examen, nous remarquâmes des zones d*byperesthésie très douloureuses aux poignets, aux coudes, aux jarrets, aux clavicules, en différents points de la colonne vertébrale ; chacun de ces points amenait Tapparition de l'aura hystérique, aura que la pression de Tovaire gauche calmait immédiatement. N*en ayant pas besoin, nous n'avons pas poussé la pression jusqu'à provoquer la crise complète. Mous pûmes très facilement l'endormir d'emblée en somnambulisme complet, avec oubli au réveil et exécution des suggestions post-hypnotiques; nous essayâmes, graduellement, de faire, par suggestion, disparaître les attaques. Au début elles devinrent moins nombreuses, puis brusquement cessèrent tout à coup et, chose bizarre, elles furent remplacées par des attaques de sommeil spontané, ressemblant tantôt à des attaques
pseudo syncopales et durant peu de temps, tantôt à des crises de sommeil léthargique et durant alors plusieurs heures, mais ces dernières étaient rares. La malade étant satisfaite d'être débarrassée de ses crises convulsives, nous la laissâmes quelque temps dans cet état.
Deux mois environ après le début du traitement, en pratiquant encore un examen complet, en recherchant les zones douloureuses, nous nous aperçûmes avec surprise que la malade s'endormait à la moindre pression du coude gauche et se réveillait à la moindre pression du coude droit ; nous recherchâmes alors méthodiquement les zones hypnogènes et nous pûmes constater qu'à gauche, tout le trajet du radial à partir du poignet jusque sous la clavicule, celui du sciatique, un point claviculaire, un point ovarien, un autre au niveau de Tépine iliaque antérieure et supérieure et, sur la ligne médiane, la racine du nez, le vertex et la 6* cervicale étaient devenus des zones hypnogènes simples, très sensibles mais non douloureuses et n'amenant plus aucun phénomène d'aura. Les points symétriques de droite étaient des zones hypnofrénalrices ; seule Tapophyse épineuse delà 4« vertèbre dorsale était restée hyperesthésiée, amenant des phénomènes d'aura et de Tangoisse, mais la pression, même énergique, ne put amener de crise.
Nous essayâmes, mais en vain, d'empêcher par la suggestion les attaques de sommeil spontané, elles augmentèrent encore et les zones hypnogènes devinrent si sensibles que la moindre pression endormait la malade et que même un heurt suffisait pour la plonger en état d'hypnose. Devant cette situation nous lui suggérâmes que toutes ses zones hypnogènes avaient disparu, sauf celle de la racine du nez, la suggestion réussit et les attaques de sommeil diminuèrent du coup de près des trois quarts. Un jour l'ayant endormie pour une suggestion quelconque, nous eûmes l'idée de rechercher, les zones hypnogènes ayant disparu, ce qu'étaient devenues les zones hypnofrénatrices; en pressant celle du coude la malade passa immédiatement du somnambulisme en catalepsie, la pression du coude gauche la fit revenir en somnambulisme, et ainsi toutes les anciennes zones hypnofrénatrices étaient devenues cataleptogènes pendant le somnambulisme, toutes les
anciennes zones hypnogènesr ramenaient la malade au somnambulisme, mais seulement quand elle était en catalepsie, et certes on ne peut voir là Tinfluence de la suggeslion.
A l'état de veille les zones hypnofrénatrices de droite étaient douloureuses, mats ne produisaient pas d*aura, la pression des anciennes zones hypnogènes ne donnait rien. La suggestion ne se maintint pas très longtemps, deux mois après plusieurs des zones hypnogènes étaient revenues, mais moins sensibles; une nouvelle suggestion les fit disparattre.
Il nous a semblé intéressant de donner cetfe observation qui montre au moins l'analogie des différentes zones et la façon dont la suggestion peut agir sur elles. Nous irons même jusqu'à étendre cette analogie aux zones idéogènes dont l'étude est encore due toute entière à M. Pitres; on ne les rencontre, en effet, que chez des hystériques hypnotisables et leur caractère est, on le sait, que la pression de chacune d'entre elles donne naissance à une hallucination, à une idée toujours la même et que, au contraire des zones hypnogènes, elles ne sont pas sous la dépendance de la suggestion. Ne pourrait-on pas les considérer comme des zones spasmogènes donnant naissance à une attaque de somnambulisme à forme paraphronique (on sait que sous ce nom M. Pitres désigne un état particulier de délire hystérique dont le caractère est d'être monoïdéique et ecmnésique), le délire paraphronique n'est pas sous la dépendance de la suggestion, non plus que les zones idéogènes, ce qui serait encore un rapprochement de plus.
Nous paraîtrons, peut-être, nous être un peu écarté de notre sujet et pourtant ces délires à formes diverses ne peuvent . être considérés autrement que comme des manifestations bien caractérisées de l'état second.