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CHAPITRE VI

DERNIÈRE PÉRIODE DE LA GRANDE ATTAQUE d'hYSTÉRIE

Après les phases convulsives de la grande attaque d'hystérie et avant le retour à l'état normal vient une période décrite par M. Charcot sous le nom de période des hallucinations et dont le tableau a été bien fixé dans les ouvrages de M. P. Richer et de M. Pitres. A ce moment, le malade présente un délire particulier, avec hallucinations; ce délire est en général monoïdéique, amnésique et constant, c'est-à-dire qu'il ne porte que sur une même idée, le sujet se croit revenu à une même époque déterminée de sa vie, mime une scène plus ou moins longue, cause avec divers personnages qu'il entend et voit; souvent, après chaque attaque, la même scène revient, toujours semblable, présentant les mêmes péripéties; c'est ainsi que nous nous rappelons un hystérique mâle, du service de M. Pitres, qui revoyait, à chaque attaque, le notaire qui l'avait ruiné. *

Parfois les malades ont à leur disposition une série de scènes et, après chaque attaque, déroulent tantôt l'une, tantôt l'autre; parfois même plusieurs scènes peuvent se succéder; on peut se rendre compte de l'intensité de cette sorte de délire en lisant le bel ouvrage de M. P. Richer, sur la grande hystérie; il est souvent alors impossible d'entrer dans le délire des hystériques, ils n'écoutent rien et suivent le cours de leurs idées, ou, si l'on parvient à y pénétrer, ils vous prennent pour un des personnages de leurs hallucinations. Le fait capital est le caractère ecmnésique du délire, le malade se croit reporté à une époque

déterminée et tous les événements qui se sont passés depuis, sont lettre morte pour lui.

Cette description est bien loin pourtant de pouvoir s'appliquer à tous les cas; M. Pitres nous Ta plus d'une fois fait remarquer, il. est des malades qui, après leurs attaques, se trouvent dans un véritable état somnambulique, causant quand on leur parle, s'intéressant à tout ce qui se passe dans la salle et se rappelant, comme pendant l'hypnose provoquée, leurs états somnambuliques antérieurs. Nous nous rappelons une institutrice très intelligente chez qui la période somnambulique était graduellement devenue très longue, les premières périodes de l'attaque se réduisant à quelques cris aigus et quelques grands mouvements en arc de cercle; un jour, pendant qu'elle se livrait à ces mouvements, on entendit des cris dans une salle voisine et l'un de nous dit : « Ce doit être C... qui a une attaque » ; nous fûmes très étonnés d'entendre répondre par notre institutrice près du lit de laquelle nous nous trouvions : « Non, ce n'est pas C..., je la connais, elle ne crie jamais, elle ne fait que ceci » . Et elle se mit à imiter les salutations de l'autre malade. Pendant que nous écoutions les cris, elle avait terminé sa période convulsive et se trouvait en véritable somnambulisme.

M. Richer a décrit les différentes formes de la grande attaque, faisant remarquer que lorsque telle ou telle période empiète sur les autres, on a une crise à forme déterminée ; lorsque c'est la période dont nous parlons qui absorbe les autres, on a des attaques de somnambulisme, comme l'on peut avoir des attaques de léthargie et toutes ces formes de l'attaque de sommeil, décrites par M- Richer et surtout par M. Pitres. Les accès de somnambulisme spontané sont d'ailleurs considérés par l'Ecole de la Salpêtrière comme ne se produisant que chez des sujets manifestement hystériques et servant, chez eux,

d'équivalents à la grande attaque.

Ne pourrait-on aller plus loin encore et considérer les zones hypnogènes, dont Tétude est due toute entière à M. le professeur Pitres, comme des zones spasmogènes donnant lieu à des formes particulières d'attaque? M. Pitres a remarqué : 1** qwe les zones hypnogènes n'existent pas chez les hystériques non hypnotisables par les procédés ordinaires et ayant des zones spasmogènes; 2"" que les hystériques ayant des zones spasmogènes, pas de zones hypnogènes, endormies par un autre moyen, sont, en général, réveillées par la compression de l'ovaire ; 3** que la présence de zones hypnogènes coïncide presque constamment avec celle de zones spasmogènes. Nous avons nous-même cherché, sur de nombreux sujets hypnotisables, l'existence de zones hypnogèneset nous n'en avons jamais trouvé que chez les individus manifestement hystériques.

Nous n'insisterons pas sur l'opinion de M. Bernheim, qui prétend que les zones spasmogènes et hypnogènes sont dues, les unes comme les autres, à la suggestion et qui se base sur ce qu'en affirmant à un malade que tel point lui fait mal ou l'endort, il réussit à produire l'effet annoncé, et qu'en appuyant sur une zone et en affirmant qu'il ne se produira rien, ce qu'il a annoncé arrive en effet. Nous ne contestons pas les expériences de M. Bernheim, mais que prouvent-elles? que les deux ordres de zones sont sous la dépendance de la suggestion, ce qui n'a jamais été nié ; mais ce qu'il faudrait arriver à démontrer, c'est que des zones découvertes par hasard sont sous la dépendance d'une auto-suggestion. Nous n'en voulons pour exemple que deux malades : l'une dont parle M. Pitres, la nommée Elisa G..., qui fut violée pendant le sommeil hypnotique produit par la pression d'une zone du pli du coude, zone qu'elle ignorait étant donné que ce fut à cette occasion que M. Pitres eut la première idée de l'étude des zones hypnogènes; l'autre que nous avons eu occasion d'observer nous-

même et que nous avons vu tomber en léthargie au moment où nous la saisissions par le milieu du bras sans qu'elle connût l'existence d'une zone en ce point et que nous-même eussions l'idée de l'endormir.

M. Pitres fait remarquer que la distribution des zones spasmogènes et hypnogènes ne coïncide souvent pas et que, lorsqu'elles sont superposées et qu'une pression faible endort la malade alors qu'une pression forte provoque une crise, on peut, soit par l'électricité statique, soit par la galvanisation locale ou la ligature circulaire des membres, etc., faire disparaître les zones spasmogènes alors qu'une pression faible continue à endormir la malade, et il en conclut qu'il y a entre les deux une différence non seulement de degré mais de nature. Nous avons pourtant eu occasion d'observer le curieux fait suivant :

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