ÉTAT DE VEILLE
Les manifestations d'un état second latent pendant la veille complète ne sont que la réduction, pour la plupart, des phénomènes de l'état de distraction de M. P, Janet. A priori, sans préjuger de la cause qui donne naissance aux états seconds, nous devons supposer que cette partie de l'esprit, consciente vis-à-vis d'elle-même et consciente également de la vie ordinaire, doit exister pendant la veille, au moins latente, sans cela il n'y aurait aucun moyen d'expliquer la mémoire des somnambules portant sur toute la vie du sujet; celui-ci, à part quelques rares exceptions, comme celle de l'observation de Macnish, ne vit pas de deux vies distinctes, indépendantes l'une de l'autre ; il semble plutôt que, psychiquement au moins, il ait une vie complète toujours, mais dont une partie est cachée à la conscience et ne devient consciente qu'au moment du somnambulisme ou des états analogues. Cette partie de la personnalité qui, en s'ajoutant à l'autre la modifie assez pour déterminer, au moins en apparence, la formation d'une seconde personnalité distincte de la première, semble, d'après l'expression de M. J. Janet, « cachée par la première comme par un voile, mais existant toujours derrière elle, prête à profiter de la première faiblesse de celle-ci pour se manifester au grand jour ».
— Si —
Pouvons-nous donner une preuve expérimentale de cette conception? Il nous semble la trouver dans une expérience de M. J. Janet que nous avons nous-même répétée plusieurs fois. Prenons une hystérique hémianesthésique pendant la veille, sensible partout pendant le somnambulisme (on peut, du reste, provoquer cette sensibilité par suggestion, mais l'expérience est alors moins rigoureuse). Piquons-la, elle ne sent absolument rien, endormons- la ensuite et demandons- lui ce que nous venons de lui faire : « Vous m'avez piquée, vous m'avez fait mal, mais je ne sais pas pourquoi, je ne sentais pas, je ne pouvais pas vous le dire » ; c'est bien là la même réponse que nous avons vu faire à un des sujets de M. Pitres, Albertine M..., piquée pendant la léthargie, elle ne bougeait pas, mise ensuite en somnambulisme, elle disait : « Vous m'avez fait mal, mais je ne pouvais ni bouger ni vous le dire ». Au réveil tout était oublié, comme dans le cas présent. Mais profitons du sommeil de notre hystérique et disons-lui : « Tout à l'heure, si je vous fais mal, vous lèverez le doigt pour me prévenir ». Aussitôt réveillons-la et assurons-nous qu'elle n'a gardé aucun souvenir de l'ordre donné. Réveillons-la : Piquons le membre anesthésique, elle ne dit rien, mais en même temps l'index se lève et, si on lui en demande la raison, ou elle soutient qu'elle n'a fait aucun geste, ou dit qu'elle ne sait pourquoi elle l'a fait.
La douleur de la piqûre a donc été enregistrée, mais par une autre conscience que la conscience habituelle; toute conscience suppose une mémoire; en dessous de la conscience et de la mémoire du sujet il y aura donc une autre conscience et une autre mémoire plus étendues , elles comprennent en effet toutes les sensations non perçues en apparence et, en outre, les sensations perçues par le sujet éveillé (car le doigt se lève aussi bien quand l'on pique le membre sensible, en même temps que la malade fait : aïe » !) Ce seront ces deux facultés qui
formeront la base de la personnalité seconde que nous v( paraître pendant le somnambulisme.
Nous ne pouvons certes tenter cette expérience que sur ques sujets, mais le germe, l'ébauche de ce phénomène < chez tous, à des degrés divers, nous le comprendrons et Te querons mieux quand nous aurons vu, dans notre deu: partie, le rôle de l'inconscient, si marqué surtout che hystériques.