‹ Des états seconds; variations pathologiques du champ de la conscienceChapitre 29 sur 35 · OBSERVATION VI · texte numérisé non relu

OBSERVATION VI

Nous avons fait, avec un plein succès, avec le concours de M. Sabrazès, des expériences du môme genre sur deux malades du service de M. Pitres, la première, Joséphine S..., est une jeune fille de 19 ans, qui a eu sa première attaque en sentant un rat qui lui grimpait aux jambes, pendant qu'elle

ailail chercher du bois dans une cave. Depuis lors, la vue d'un rat, d'une souris, la fait invariablement tomber dans un état cataleptoïde bienlôt suivi de grands mouvements. Avec M. Sabrazès nous mesurons son champ visue

ious nous assurons que son aire ne dépasse pas 20*". Cela fait, la malade nt toujours le point central du campimètre, nous approchons du tableaa souris empaillée et la malade tombe en catalepsie quant Tanimal arrive *e le 50« et le 55« degrés, bien au-delà, par conséquent, des perceptions es et conscientes. Cette expérience, analogue à celle de M. Janet, nous ble encore plus probante, car elle évite l'irradiation et les ondes lumises dues au tremblottement de la flamme.

a seconde malade est une hystérique hynoptisable et suggestible, Marrile B..., dont le champ visuel ne mesure pas plus de 10^ ; après l'avoir ormie, nous lui disons : « Si par hasard vous voyez un rat, vous crierez r nous avertir ». Puis nous la réveillons et, pendant que nous reprenons champ visuel, la souris empaillée est placée sur le campimètre. Aussitôt lUe arrive vers le 60* degré, la malade pousse un grand cri en disant : i! ce rat ». Le champ visuel n'a pourtant pas augmenté d*étendue, car, ! même moment, Tindex blanc qui sert à sa mensuration n*est perçu jusqu'au lOû degré.

A. Binet a démontré le phénomène des perceptions incon- 3ntes dans une curieuse série d'expériences sur Vécriture lomatique. Il place une hystérique devant une échelle de nders et cherche les caractères qu'elle ne peut plus lire tinctement. Puis il lui met dans la main droite un crayon et idant qu*elle fixe son attention sur les caractères dont la ception est indistincte, sa main, sans qu'elle s'en doute, ce sur le papier les caractères qu'elle ne perçoit pas connwmeïit.

j'ouïe peut aussi donner lieu à des perceptions inconscientes iles à démontrer : « Vous vous endormirez quand j'aurai ppé vingt coups dans mes mains », dit M. Janet à une itérique et, en causant avec elle il frappe deux ou trois ps très faibles, puis un fort, et ainsi de suite. De temps en ips il demande : « combien de coups ai-je frappé ?» La malade

répond trois ou quatre, selon le nombre de coups forts qu'elle a entendus; et, pourtant, elle s'endort au vingtième.

Tous ces faits démontrent surabondamment que si la peau, Toeil et l'oreille d'une hystérique sont insensibles vis-à-vis de la conscience, du moi y ils sont cependant capables de donner naissance à des perceptions inconscientes ou subconscientes qui pourraient devenir l'origine de pensées ou d'actes. M. Janet en a fourni une nouvelle preuve par l'expérience suivante ;

De deux observateurs, l'un cause à haute voix avec une hystérique, tâchant d'accaparer son attention, l'autre lui parle par derrière.

Dans ces conditions, M. Janet a prouvé, nous l'avons dit dans notre première partie, qu'on pouvait faire naître ainsi une véritable personnalité seconde soutenant une conversation indépendante de la première; contentons-nous, pour le moment, de remarquer que le sujet reçoit des ordres d'accomplir des actes ou des mouvements, et les exécute, bien qu'il n'ait rien perçu. M. Janet a très clairement exposé la part que la conscience peut prendre dans ces phénomènes : parfois la réaction est complètement inconsciente; le sujet marche, s'asseoit, écrit sans s'en douter; parfois aussi il se rend compte de l'acte qu'il accomplit; mais sans savoir pourquoi il le fait, et comme obéissant à un besoin instinctif. Tout cela est l'œuvre d'une sous-conscience, les excitations sont perçues et donnent lieu à des réactions, mais la conscience n'y prend point part, ce sont des réflexes mentaux qui suflSsent à l'hystérique pour ne point s'apercevoir de ses anesthésies.

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