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CHAPITRE V

DES ALTÉRATIONS DE LA PERSONNALITÉ DANS L'hYSTÉRIE

Nous élevant toujours dans la série pathologique, nous allons voir le rôle de l'inconscient dépasser celui du conscient, jusqu'à se substituer à lui comme personnalité. L'inconscient a donc pour eflfet, chez l'individu normal, de soutenir le rôle du conscient, jouant ainsi un rôle secondaire et effacé ; chez rhystérique ce rôle augmente d'importance et finit par étouffer celui du conscient, amenant ainsi les stigmates psychiques de l'hystérie; que cette importance augmente encore et nous avons le schéma n"* 3 où l'inconscient absorbe presque toutes les perceptions, où sa mémoire M' s'est énormément développée et où, par conséquent, les idées, les raisonnements inconscients r prendront le pas sur les raisonnements conscients I.

Les idées conscientes se produiront toujours selon le même mécanisme, mais leur champ sera de plus en plus rétréci; l'inconscient ayant à sa disposition la plus grande partie des perceptions, de l'idéation et de la mémoire, il est facile de comprendre comment il ne restera plus dans le rôle secondaire qu'il avait dans le schéma n* 1 ; il s'organise et son organisation sera d'autant pi us parfaite qu'il se sera davantage étendu aux dépens du conscient.

Le domaine de l'idéation consciente I, est devenu tellement restreint qu'il ne peut plus recevoir toutes les idées qui lui

viendraient de rineonscient F, celui-ci en garde donc une partie, et nous aurons une véritable personnalité seconde qui existera près de la première.

A ce moment, notre schéma représente l'état de distraction^ décrit par M. Janet et dans lequel, comme nous l'avons déjà dit, le sujet peut réagir, répondre à des questions, accomplir différents actes sans que la conscience y prenne part. L'inconscient aura sa mémoire propre, infiniment plus étendue que celle du conscient, car elle comprendra toutes les perceptions, toutes les idées antérieures et, par une particularité spéciale, chez lui, le fonds de la mémoire n'existera pas, et toutes les impressions antérieures pourront être facilement ravivées, comme nous , l'avons dit en rappelant les faits de mémoire étonnante des somnambules.

Sous certaines influences, dont le mode d'action est encore mal connu, le champ de la conscience peut disparaître entièrement, et nous avons le somnambulisme naturel ou provoqué; suivant l'expression de M. J. Janet « la seconde personnalité, toujours cachée derrière la première comme par un voile, d'autant plus forte que celle-ci est plus affaiblie, profite de la moindre occasion pour la terrasser et paraître au grand jour ».

L'inconscient, agissant alors seul en pleine lumière, se transforme en une véritable personnalité seconde, d'autant mieux organisée que la première aura été plus faible, ce qui fait comprendre comment les phénomènes de l'hypnose sont si peu marqués chez l'individu sain ou presque sain et comment, chez lui, les manœuvres hypnogènes ne peuvent aboutir qu'à de simples ébauches.

La personnalité seconde devra ou du moins pourra être plus complète que celle de l'état de veille, car, en théorie, tout au moins elle peut recevoir à ce moment toutes les impressions et

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a, à sa disposition, toute la mémoire. Les faits d'occlusion des sens pendant le somnambulisme n'apportent là qu'une contradiction apparente; ils viennent, comme nous avons l'intention de rétudier, d'un mécanisme d'inhibition spécial mais qui peut disparaître, mécanisme qui produit un rétrécissement du champ de la conscience différent de celui que nous avons étudié, et qui se trouve être la base du phénomène de la suggestion. Si nous voulons représenter schématiquement ce qui se produit en figurant la conscience par un cercle dont les différents sens seraient les secteurs, dans le premier cas nous aurions un rétrécissement concentrique, dans le second il ne resterait plus qu'un secteur.

Ajoutons que cette anesthésie systématisée laisse aussi la place à certaines perceptions inconscientes qui, au contraire de ce qui se produit à l'état de veille, n'agiront en rien sur l'idéation du malade, mais n'en auront pas moins été emmagasinées, comme on peut s'en assurer en ravivant le souvenir par suggestion. C'est ainsi que, chez un somnambule n'agissant que par le sens musculaire et paraissant ignorer tout ce qui se passe autour de lui, chez celui qui, éclairé par plusieurs lumières, allume sa bougie parce qu'il se croit dans l'obscurité ou chez celui à qui, à l'exemple de M. Bernheim, on a suggéré de ne plus voir M. X.., et qui n'a fait aucune attention à lui, paraissant ignorer sa présence, on peut, par une suggestion plus forte, ramener le souvenir de tous les faits qu'ils sont censés ignorer.

Le souvenir peut être plus ou moins complet et les diflférentes sensations revenir peu à peu comme l'a montré M. Binet. Une hystérique qui, normalement n'a que des sensations conscientes visuelles deviendra à la fois visuelle et auditive, puis reprendra son sens musculaire. Il se produit alors, selon l'observation de M. Janet, un phénomène bizarre qui explique le caractère

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enfantin des somnambules; la réapparition d'un groupe de sensations reporte le sujet à l'époque où normalement il avait encore ces sensations, c'est-à-dire avant sa maladie. Une hystérique de trente ans, pour prendre un exemple, ayant perdu le sens musculaire à quinze et le retrouvant en somnambulisme, reprendra les manières d'être qu'elle avait à cet âge : c'est la preuve à rebours du fait étudié par M. Pitres que lorsqu'on provoque chez un sujet une scène de délire ecmnésique (portant sur un fait passé antérieurement), le sujet prend absolument la manière d'être qu'il avait à cette époque, non seulement la femme agit comme un enfant^ mais quelque hystérique invétérée qu'elle soit, elle a perdu ses zones d'anesthésie, d'hyperalgésie, ses zones hypnogènes, etc.

Au réveil, tout disparaît, l'oubli de ce qui s'est passé est complet et le sujet en état normal ne se souviendra d'aucune des sensations qu'il aura éprouvées. Cet oubli hystérique est si absolu que lé sujet ne peut même pas comprendre que l'on puisse éprouver des sensations que lui n'a pas. Fermons les yeux d'une hystérique privée du sens musculaire et demandons-lui où est sa main, elle ne saura naturellement pas le dire et, si on l'interroge, répondra : « Comment voulez-vous que je le sache, puisque j'ai les yeux fermés? »

L'étude que nous venons de faire de l'état mental des hystériques, du rôle que joue chez eux l'inconscient et de son impor-^ tance graduellement croissante, nous permet de comprendre très facilement comment se produisent les altérations de la personnalité et tous les phénomènes que nous avons précédemment étudiés dans les états seconds.

Il n'est pas plus possible de séparer aussi nettement que ne l'ont fait certains auteurs, l'état prime et l'état second que de séparer, pendant la veille, l'action de l'inconscient de celle du conscient. Il ne faut pourtant pas croire que le rôle de l'in-

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conscient soit, à l'état de veille, aussi important qu'à l'état de somnambulisme; il se trouve comme engourdi et si, par Tcxpérimentation et l'observation, Ton a pu démontrer Texistence de réflexes psychiques suffisants, dans certains cas, pour faire vivre de la vie commune une anesthésique totale, il est pourtant évident que ces réflexes inconscients ne sont pas aussi intenses que les réflexes conscients; s'il en était autrement, il serait impossible de constater les anesthésies. On ne peut, fait remarquer M. Janet, dire que le personnage qui, à l'état second, se plaint vivement d'une piqûre, existe complètement, caché derrière le premier; quand nous observons les riiodes de la sensibilité à l'état de veille, il est, pour ainsi dire, distrait lui aussi, « en un mot, dit M. Janet, la seconde personnalité n'existe pas toujours de la même manière et les rapports ou les proportions entre les différents états psychologiques doivent être fort variables » et il résume sa théorie en ajoutant :

« Dans Télal de santé psychologique parfaite, la puissance de synthèse étant assez grande, tous les phénomènes psychologiques, quelle que soit leur origine, sont réunis dans une même perception personnelle, et, par conséquent la seconde personnalité n'existe pas. Dans un pareil état, il n'y aurait aucune distraction, aucune anesthésie, ni systématique ni générale, aucune suggeslibilité et aucune possibilité de produire le somnambulisme puisqu'on ne peut développer des phénomènes subconscients qui n'existent pas. Les hommes les plus normaux sont loin d'être toujours dans un pareil étal et, quant à nos sujets, ils y parviennent bien rarement.

» Quand cette santé parfaite n'existe pas, la puissance de synthèse psychique est affaiblie et laisse échapper, en dehors de la perception personnelle, un nombre plus ou moins considérable de phénomènes psychologiques; c'est l'état de désagrégation. Je n'appelle pas cela l'état hystérique, quoique cet état existe constamment pendant l'hystérie, car je crois que l'état de désagrégation est quelque chose de plus général que l'hystérie et qu'il

peut exi&ler encore dans bien d'aulres circonstances. C'est le moment des distractions, des anestliésies systématisées, des aneslhésies générales, des suggestions exécutées consciemment par le sujet. Mais les phénomènes désagrégés restent encore incohérents, tellement isolés que, sauf pour quelques uns qui amènent encore des réflexes très simples, ils n*ont, pour la plupart, aucune action sur la conduite de Tindividu, ils sont comme s'ils n'existaient pas. C'est un état fragile qui oscille entre une veille plus parfaite et un somnambulisme complet » (i).

Nous ne nous rallierons pas entièrement à cette opinion de M. P. Janet, croyant que, non seulement dans l'état de désagrégation, mais même dans celui de santé psychologique parfaite, Tinconscient a une part plus grande que celle que lui donne M. Janet, que cet état de santé n'est pas la disparition absolue de tout acte inconscient, mais bien la réduction au minimum de son rôle, minimum encore très facilement appréciable.

Le somnambulisme une fois produit, « la première personnalité n'existe plus, la seconde s'est enrichie de ses dépouilles, elle a pris maintenant, outre les phénomènes qui lui étaient propres, ceux qui appartenaient à l'autre synthèse, elle voit, elle remue, elle parle comme elle veut » (2). L'état de somnambulisme, comme nous l'avons étudié précédemment, pris comme type des états seconds, est caractérisé par un changement souvent complet des allures et même de la personnalité morale du sujet, par un développement plus grand de la mémoire, une rapidité plus grande de l'association des idées et un état particulier d'hyperexcitabilité des sens.

Le changement de personnalité morale, l'exagération des

(1) p. Janet. Automatisme psychologique, p. 336.

(2) P. Janet. Automatisme psychologique, p. 336.

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facultés affectives, se comprennent facilement, chez Thystérique à l'état de veille ; nous avons vu la variabilité des affections causées, no is l'avons dit, par l'apparition des idées inconscientes venant émerger au niveau de la conscience, il y a lutte entre deux ordres de sentiments, les uns voulus et raisonnes par le sujet, les autres qui passent pour le résultat de l'instinct et qui sont, en réalité, eux aussi raisonnes et voulus par l'inconscient.

Le somnambulisme survenant, la lutte n'existera plus, toutes les idées inconscientes, engourdies jusque-là à un degré plus ou moins grand, prendront toute leur intensité et, seules alors, domineront la conscience. Il en résultera que tous ces sentiments d'amour, de haine, de mépris, contre lesquels l'hystérique s'épuise à lutter, seront ceux du somnambule dont tous les instincts, bons ou mauvais, se donneront alors libre carrière. Une hystérique est atteinte de cleptomanie, contre laquelle elle luttera; vienne une crise de somnambulisme, elle ira dans un magasin et volera. Un individu, honnête pourtant, résistera aux mauvais penchants qui l'assaillent, comme c'était probablement le cas de l'avocat dont nous avons parlé à propos de l'automatisme ambulatoire et, vienne encore une crise, il partira, ira jouer, tricher dans un cercle, escroquer dans un restaurant, et se réveillera en prison ou devant un tribunal, ignorant tout ce qui se sera passé.

Le fonctionnement de la mémoire pendant le somnambulisme peut aussi facilement s'expliquer; par notre schéma, nous avons montré comment la mémoire de l'inconscient comprenait tout, c'est un fait normal, même chez Tindividu sain chez qui le rêve, et même les raisonnements inconscients peuvent avoir comme sujet toutes les perceptions antérieures, et il ne se trouve plus net chez l'hystérique qu'à cause du plus grand développement de ces raisonnements inconscients. Chez le

somnambule tout deviendra conscient et, par un phénomène que nous avons déjà signalé et que nous ne saurions expliquer, ce que nous avons appelé le fonds de la mémoire n'existe pas chez lui, tous les souvenirs pouvant être aussi facilement ravivés, ce qui permet, à ce point de vue du moins, d'assimiler le somnambule au malade atteint d'hypermnésie morbide.

Il n'est maintenant plus besoin d'expliquer comment, si le somnambule se souvient de ses deux existences, revenu à l'état de veille, il ne se souviendra plus que d'une seule; c'est aussi de la même façon que l'on comprendra comment, dans les somnambulismes successifs de M. Janet, le sujet, dans chaque somnambulisme, se souvient de tous les faits accomplis pendant les états moins profonds. Quelques cas comme celui de Macnish semblent en contradiction avec ceux que nous'venons de dire, nous essaierons tout à l'heure de les expliquer.

De cette hyperexcitabilité de la mémoire naît sans doute la rapidité extrême de l'association des idées, et nous ferons remarquer ici que la doctrine de l'école anglaise, de la non simultanéité, mais de la succession extrêmement rapide des idées, semble plus justifiée chez le somnambule que dans la vie normale. Chez l'hystérique nous avons pu observer deux faits en apparence contradictoires : le rétrécissement du champ de la conscience amenant l'impossibilité d'un raisonnement sérieux et suivi, les premières idées ayant disparu de la conscience avant que les conclusions n'aient eu le temps de survenir, et, d'autre part, une très grande rapidité, souvent une très grande finesse de déduction.

Chez elle en effet, de par le rétrécissement du champ de la conscience, un fait se produisant, une idée surviendra, cette idée en amènera une série d'autres, mais l'idée première dominera la conscience, ne sera pas jugée et contrôlée, tout ce qui n'est pas elle restera dans l'ombre, et le jugement de l'hysté-

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rique sera juste ou faux, souvent faux, mais toujours rapide- L'hystérique est loin d'être un indécis, comrae le neurasthénique, c'est un variable. Le raisonnement fini, la décision prise, il n y songera plus en effet, mais l'inconscient y songera pour lui et, une à une, les idées adverses viendront émerger au niveau de la conscience, fruits des déductions de l'inconscient engourdi, rintelligence de l'hystérique sera donc à la fois prompte et lente.

Chez le somnambule, l'inconscient se réveille tout organisé et cette rapidité de la pensée existera chez lui au plus haut degré, le sujet aura la mémoire prompte, base du raisonnement rapide. Nous remarquerons aussi qu'en tout le caractère du somnambule n'est que l'exagération de celui de l'hystérique, le monoïdéisme de celui-ci n'est pas seulement causé par le rétrécissement extrême du champ de la conscience, mais aussi par l'intensité intrinsèque des idées qui le remplissent ; chez le somnambule, les idées seront à la fois très intenses et très rapides. Le champ de la conscience sera large, aussi large que celui de l'individu sain, mais les idées seront à la fois plus intenses et moins fixes.

Reprenons d'autre façon ce point obscur et délicat :

l"* Chez l'hystérique, le champ de la conscience sera étroit, une idée peu intense le remplira et sera facilement chassée et remplacée par une autre idée venue de l'inconscient ou d'une faible intensité extérieure;

2** Chez rhomme normal, plusieurs idées simultanées ou semblant simultanées rempliront le large champ de la conscience, se remplaçant l'une l'autre sans se chasser complètement, ce qui permet la suite du raisonnement.

3« Chez l'homme sain, réfléchisse^nt profondément, capable d'une « crampe de l'attention », une idée ou plutôt une série rapide d'idées occuperont le large champ de la conscience, elles

seront très intenses et, pour les chasser, il faudra une excitation extérieure très intense aussi.

4^ Chez le somnambule (théoriquement toujours et pratiquement aussi sur les sujets non suggestionnés), le champ de la conscience sera large, l'idée contenue intense, la série d'idées amenée par la première rapide, et les déductions bien conduites, mais une excitation extérieure peu forte pour Thomme normal suffira pour venir tout troubler. Ce qui caractérise le somnambulisme, c'est l'intensité de toutes les idées, de toutes les sensations perçues.

Le somnambule peut être capable de raisonnements très difficiles, mais il faut pour cela des conditions particulières de suggestion ou même d'auto-suggestion. Nous rappellerons le cas de M. Brémaud endormant un jeune homme, candidat à l'école polytechnique qui ne pouvait arriver à résoudre un problème et le lui faisant résoudre pendant le sommeil hypnotique, sans qu'au réveil aucun souvenir en persistât; mais là, il y avait suggestion. Le même phénomène aurait pu se produire par auto-suggestion, comme on l'a observé dans plusieurs cas de somnambules se levant la nuit pour accomplir certains travaux et ne se laissant pas distraire.

La suggestion, quelle qu'elle soit, met en jeu une propriété particulière de l'esprit du somnambule, la facilité de l'inhibition. Nous n'avons pas, en effet, jusqu'à présent, parlé des faits fréquents pourtant dans l'état second, de l'occlusion des sens. Nous avons en effet jusqu'à présent considéré le somnambule comme un individu complet, ayant à sa disposition toute la mémoire, toutes les perceptions; en théorie, cela est vrai, mais dans la pratique il est bien loin d'en être toujours ainsi. Le somnambule peut arriver à être tel que nous l'avons décrit, tel que nous l'avons observé quelquefois, que M. P. Janeta décrit son troisième somnambulisme de Lucie, mais la plupart du temps.

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comme Thystérique à l'état de veille, l'hystérique à l'état second a aussi ses anesthésies, elles sont seulement disposées autrement.

En état premier, les anesthésies sont bien nettes et systématisées, ce sont : Tanalgésie cutanée, le rétrécissement du champ visuel, l'anosmie pour certaines odeurs, le défaut de perception de quelques saveurs, la distraction de l'ouïe, la perte de tout ou partie du sens musculaire; tous les sens sont frappés; chacun d'eux est moins parfait que chez l'individu normal. En état second, la systématisation est bien différente, les fonction» d'un ou de plusieurs sens sont complètement abolies, et l'acuité des sens persistant en est accrue d'autant. Nous ne citerons comme exemple que le somnambule classique pour le public qui se lève la nuit et va se promener sur les toits, ne se dirigeant que par le tact et le sens musculaire. Chez on aveugle, le sens musculaire acquiert une très grande acuité, bénéficiant de la perte de la vision ; l'individu qui perd accidentellement la vue, d'abord très maladroit, fait peu à peu l'éducation de son tact et de son sens musculaire et arrive à se diriger infiniment mieux que l'homme qui essaiera de se diriger les yeux fermés.

Ce bénéfice que retire un sens de l'occlusion d'un autre existe normalement (c'est ainsi que l'on ferme les yeux pour écouter) mais jamais autant que chez le somnambule; chez lui, aucun besoin d'éducation, et dès la première fois, aucun autre sens n'existant plus, il se dirigera par le tact et le sens musculaire plus sûrement que l'aveugle le plus expérimenté, ayant atteint, du premier coup, l'idéal que poursuit celui-ci.

Tous les sens peuvent tour à tour se trouver ainsi dans un état d'hyperexcitabilité; nous citerons les cas observés par M. Azam, d'un somnambule entendant le tic-tac d'une montre à six mètres de distance, d'un autre sentant, à un mètre cinquante, la chaleur de la main qu'on approchait de lui; l'atten-

tion du sujet étant fixée sur le tic-tac de la montre, la perception de tous les autres bruits étant inhibée, il entendait le bruit de la montre comme un individu normal Teût entendu dans le silence absolu, impossible à réaliser.

Par suggestion ou auto-suggestion, cette anesthésie peut revêtir encore une nouvelle forme, se systématiser autrement; c'est ce qu'a ftiit expérimentalement M.Bernheim en défendant à un sujet de voir ou d'entendre telle ou telle personne, ce que faisait naturellement le somnambule qui rallumait sa bougie, ne voyant pas les autres lumières qui l'éclairaient; il y a là anesthésie partielle de la vue, ne ressemblant en rien à celle de l'état premier.

C'est ainsi que se présentent ordinairement les somnambules ou les hypnotisés; mais parfois, quand l'on s'est mis en garde contre toute suggestion ou quand, ainsi que M. Janet,on plonge le malade dans un somnambulisme plus profond, on peut observer le somnambule type, tel que nous l'avons décrit, et l'on peut alors remarquer les différentes variations de la conscience et en particulier la rapidité des perceptions et des raisonnements, faisant que lorsqu'un individu normal cause avec un somnambule, celui-ci aura souvent conscience de mille bruits, de mille faits extérieurs dont celui-là ne se doutera pas. Tous deux en auront eu la perception, mais chez l'un elle sera trop vague pour donner lieu à un phénomène de conscience, chez l'autre elle aura gravé dans la mémoire sa trace ineffaçable.

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