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CHAPITRE Y

LES SUCGESSEUMS D ALCUIN. — STABILITE DES TRABITIQNS SCOLAIRES jusqu'au XIP SIÈCLE.

Parmi les religieux de l'abbaye de Fulde, une des plus importantes fondations de saint Boniface, on distinguait le jeune Raban Maur, qui, à peine âgé de dix-neuf ans, égalait déjà ou surpassait en science tous ses maîtres. Les moines de Fulde ne cultivaient pas encore, à cette époque, toutes les branches de la littérature. Leurs mœurs étaient simples, graves, presc|ue rustiques; leurs connaissances étaient bornées ; les hautes études leur étaient étrangères. Raban, qui avait soif d'apprendre, et ne trouvait pas dans son monastère de quoi satisfaire son intelligence , se jeta un jour aux pieds de Ratgaire, son abbé, et obtint de lui la permission de se rendre auprès d'Alcuin, dont le renom scientifique avait pénétré jusqu'au fond de la Franconie (1).

Cette petite scène éclaire une des faces de l'histoire carlovingienne, et nous fait voir de quels obstacles il fallait triompher pour arriver à cette rénovation à laquelle on travaillait si activement dans l'école du Palais.

(l) Trithème. Vitq. Hmbani , L ï. — « Hrab. opéra;. Colonies Agrii-ipinœ ^ 1626, t. \.

Lorsque Charlemagne, dans une circulaire , invitait les dignitaires ecclésiastiques ta relever les études, l'abbaye de Fulde n'était pas oubliée, et même le seul exemplaire de cette pièce qui soit parvenu jusqu'à nous était adressé à Baugulf, prédécesseur de Ratgaire (1). Vous voyez où les choses en étaient restées ; sans la bonne volonté d'un jeune moine, l'initiative impériale n'aurait obtenu, de ce côté du moins, aucun résultat. Mais en revanche ce fait, une fois accompli, est décisif pour l'Allemagne.

De retour à Fulde , Raban y restaure les études , ou , pour mieux dire , inaugure un système complet d'enseignement, Douze professeurs, sous le nom d'anciens, senîores , instruisent la jeunesse du monastère dans les lettres divines et humaines ; leur action est dirigée par un scolastique ou écolâtre, d'abord Raban lui-même, ensuite son plus brillant élève, Walafrid Strabon, devenu plus tard abbé de Reichenau. De cette école, on voit sortir, dès la première génération, Fréculf, évêque de Lisieux; Ludbert et Hildulf, l'un premier abbé, l'autre premier écolâtre d'Hirsauge (Hirschau); Bernward, abbé d'Iïirschfeld; Charles, archevêque de Mayence ; Altfrid , évêque d'Hildesheim ; Haymon , évêque d'Halbersladt , tous distingués par leur savoir, tous appelés par leur rang et leurs fonctions à diriger l'enseignement , tous fidèles aux traditions de l'école de Fulde. 11 serait facile de signaler les liens de parenté qui rattachaient Fulde, Hirsauge et Reichenau à Constance, à Saint-Gall, à C'orwey, en Saxe; et comme toutes ces abbayes jouèrent un grand rôle dans l'éducation des races germaniques, on démontrerait par là que l'Allemagne doit immensément à Raban Maur, Je m'explique l'enthousiasme

l\) At^. Sirmond. Concilia Galliœ,a.nno 18^ f

104 LES suGCESSEuns d'alcuin.

de l'abbé Trithème : « Toutes les générations de l'Allémagne, dit-il, doivent publier éternellement les louanges de Raban. Le premier, il expulsa la barbarie du sein de celte nation et la rendit latine par le langage. Le premier, il apprit aux Allemands , soumis à la foi du Christ , à articuler des sons grecs et latins. Nul autre avant lui , né et élevé en Allemagne, possédant le grec, n'écrivit un si grand nombre d'ouvrages avec cette élégance, cette propriété, cette pureté de style 0 maître digne de la vénération des siècles ! ô le prince des savants auquel tous les hommes doctes doivent rendre à jamais des hommages solennels ! 11 a vécu de la vie la plus sainte dans une chair mortelle, et sa doctrine salutaire s'est répandue par toute l'Eglise (1). »

Qu'on ne s'étonne pas de voir Raban célébré comme helléniste. H avait lu dans les étymologies de saint Isidore, et reproduit dans son traité de Universo, ces belles pensées : « Il y a trois langues saintes : l'hébreu, le grec et le latin. Elles remportent sur toutes les autres ; car Pilate s'en est servi pour inscrire sur la croix du Sauveur son arrêt de mort. L'obscurité des saintes Ecritures en rend aussi la connaissance nécessaire; et lorsque le texte, écrit en quelqu'une de ces langues, offre des difficultés de sens ou d'expression , il faut être à même de recourir à une autre. De toutes celles que parlent les Gentils, nulle n'est aussi belle que le grec (2). » Aussi Raban étudia-t-il cette dernière langue sous un Grec, Théophile d'Ephèse, Que prétendaient donc les hellénistes disciples de Luther et de Mélanchton, et de quel droit reprochaient-ils aux catholiques leur horreur de la langue grecque, leur répulsion pour

(1) Vita Hraham,\. I.

(2) De universo , 1. XVI , c. i. V. Saint Isidore , Etymoîog., 1. JX, C L

tout texte de la Bible autre que la Vulgate? L'apologie des catholiques était faite d'avance par saint Isidore et par Raban Maur.

L'illustre abbé de Fulde, dont le rôle grandit encore lorsqu'il s'asseoit sur le siège métropolitain de Mayence, est donc un des plus brillants anneaux de cette chaîne qui se rattache à Gassiodore par Alcuin , et se prolonge jusqu'au xii^ siècle. 11 n'y a pas le moindre doute sur la conformité de sa méthode avec celle de son maître. Ses études terminées , lorsqu'il revient dans son monastère , son abbé , en lui confiant la direction de l'école claustrale, lui recommande de se faire une loi inviolable du mode d'enseignement qu'il a reçu d'Alcuin : Eiim docendi modum quem ah Albino didîcerat etiam tenere apud Fuldenses monachos inviolahilem juhetur (1). Et voici en quels termes Trithème résume cet enseignement : « Il faisait tourner les sciences profanes au profit des divines Ecritures. Nouveau Socrate, il donnait à la philosophie , fille du ciel , une direction toute morale. Il formait ses disciples à toutes les sciences profcines, leur apprenait d'abord la grammaire , la dialectique, la rhétorique , l'arithmétique, la géométrie, l'astronomie, la musique et la poésie , et, ainsi préparés , les introduisait à l'étude des saintes lettres (2). » N'est-ce pas là l'image fidèle de ce que nous avons vu dans l'école du Palais (3)?

Parmi les nombreux écrits de Raban , on comptait plusieurs traités préparatoires ou introductions à l'étude des sept arts libéraux : prœparamenta septem artiiim liheraliiim;

(1) Trithème. Vita ïïrabani.

(2) Ibid.

(3) Dans une Dissertation , où il n'était dominé par aucun besoin de polémique, M. Laforêt examinant, entre autres choses, l'enseignement classique d'Alcuin, s'arrête aux conclusions que nous avons nous-même adoptées. — DiS" sertatio inauguralis de Alcuino instauratore scientiarum,eic. LoYauii,1851.

106 LES SUCCESSEUBS d'aLCUIN.

car il n'avait pas plus que ses maîtres la prétention de composer, en ce genre, des ouvrages complets. Nous avons encore sa métrique, dont Priscien lui a fourni les matériaux. Toutefois , nous ne trouvons dans Priscien rien qui corresponde au dernier chapitre , espèce de poétique sommaire où les différents genres sont passés en revue , et les poètes de l'antiquité classés dans un ordre systématique. Un ouvrage d'un tout autre intérêt est celui qui a pour titre : de l'Instruction dos clercs; de Insittutione derîcoriim. Nous en parlerons lorsqu'il s'agira de déterminer d'une ma* nière plus précise quels étaient les auteurs lus et expliqués dans les classes , et de faire connaître la source principale des grands principes qui dominaient la pédagogie du moyen âge.

A présent , il serait curieux, sans doute, de dresser comme des arbres généalogiques servant à constater la filiation scientifique des plus célèbres professeurs du ix^ au xn^ siècle. Mais les ramifications de ces arbres vont se multipliant à l'infini , et nous craindrions fort en nous livrant à ces recherches, d'ailleurs sans profit pour notre sujet, de tomber dans la nomenclature. Choisissons donc , et cela nous suffit, une forte branche par laquelle fut transmise à de nombreux rameaux la sève partie de Raban , d'Alcuin et de Cassiodore,

Le premier successeur qui se présente est Loup de Ferrières [Servatus Lupus) ^ qui ne vint à Fulde, il est vrai, que pour terminer son éducation ; mais tandis qu'il étudiait, sous Raban, l'Ecriture sainte, il mettait aussi la dernière main à son instruction littéraire. C'est ce que nous apprennent les lettres qu'il adressait de Fulde à Eginhard. L'ancien ministre de Charlemagne , retiré dans son abbaye de Seligenstadt , venait d'écrire la vie du grand homme qu'il

avait si bien connu, ouvrage accueilli avec faveur dès son apparition , et le plus parfait peut-être que cette époque nous ait laissé. « Dès ma plus tendre enfance, dit Loup de Ferrières (1), j'ai toujours eu un vif amour des lettres, et maintenant encore je ne dédaigne pas de leur consacrer mes loisirs d'une manière que bien des gens appelleraient superstitieuse. Si les maîtres n'étaient pas devenus si rares, si les anciennes études, longtemps négligées, n'avaient pas péri presque entièrement , peut-être , avec l'aide de Dieu > aurais-je satisfait cette avidité de savoir. Vous avez vu les jours où le très-illustre empereur Charles, cet bomme dont les belles-lettres doivent éterniser la mémoire , commença à les tirer de l'oubli et à les relever de leur abattement. On comprit alors la vérité de cette parole : Vhonneur est V aliment des arts , et la gloire allume dans tous les cœurs V amour de l'étude (2). Mais aujourd'hui quiconque veut s'instruire est à charge aux autres ; placés en haut lieu, ceux qui étudient attirent sur eux les regards de la foule ignorante ; et si l'on découvre en eux quelque faiblesse, on s'en prend moins à l'imperfection de la nature humaine qu'au genre de culture auquel ils se livrent. Ainsi les uns, ne pouvant prétendre à la noble palme de la science, les autres craignant au contraire une réputation compromettante, tous renoncent à cette magnifique entreprise. Pour moi , je sais que la science doit être recherchée pour elle-même. Appliqué aux études par mon saint archevêque, Aldric (il avait d'abord été son abbé) , je fus confié à un maître de grammaire qui m'enseigna les préceptes de cet art. Mais c'est merveille , en ce temps-ci , de passer de la grammaire à la

(1) Servati Lupi opéra., éd. Baluze, Anvers, 17iO. — Ep. 1, ad Einhardum.

(2) Honos alit artes et accenduntur omnes ad sfudia gloria (Gicéron).

'ÏOS LES SUCCESSEURS d'ALCUIN.

rhétorique, et ainsi de suite aux autres arts libéraux. M'étant donc mis à parcourir différents ouvrages, je goûtai peu ceux de nos contemporains, trop éloignés de la gravité de style qui caractérise Cicéron et les bons auteurs, et dont se montrèrent toujours jaloux les meilleurs écrivains de l'Eglise. C'est alors que je tombai sur le volume où vous racontez les actions éclatantes de l'empereur Charles d'une manière (ne soupçonnez là aucune flatterie) vraiment digne du sujet. » Des éloges circonstanciés sur les qualités de cet ouvrage, des demandes de livres remplissent la fln de la lettre. La bibliothèque de Seligenstadt possède les Nuits alliquesd^AulU'Gelle, plusieurs Dialogues de Cicéron sur la rhétorique , probablement le de Oratore, entin des commentaires sur le même auteur ; Loup en a vu les titres sur un catalogue : si Eginhard consent à les lui prêter, il les fera copier et s'en servira pour rectifier les exemplaires fautifs qu'il a déjà entre les mains. Une autre fois, Loup consulte l'abbé de Seligenstadt sur quelques passages obscurs de l'arithmétique de Boèce , sur des règles de prosodie. Consulté à son tour par ses amis, il répond avec modestie, mais non sans érudition; à propos d'une seule expression de Virgile, il compare les situations différentes de plusieurs personnages de V Enéide (1). De singulières idées traversent parfois le cerveau des érudits. Un certain Probus, mentionné dans les lettres de Loup de Ferrières, n'avait-il pas imaginé de prouver que le Sauveur, à sa descente aux enfers , avait dû délivrer les âmes de Virgile et de Cicéron ! La renaissance n'eût pas mieux fait; et même, si j'ai bonne mémoire , les cicéroniens du xvi^ siècle renouvelèrent en partie seulement cette thèse, qui date, comme on voit, des

(1) Cf., Ep. 5, 8, 20, 34.

temps carlovingiens. De part et d'autre, c'était pousser un peu loin les choses; mais des abus de ce genre à l'endroit des auteurs classiques servent tout au moins à en constater l'usage.

Quelques vers de saint Heiric d'Auxerre nous apprennent qu'il étudia sous Loup de Ferrières (1). Ce fut à Fulde, selon toute apparence , à une époque où ce dernier enseignait les belles-lettres sous la direction de Raban Maur. Destiné comme eux à former des maîtres, Heiric fut un des esprits les plus cultivés de son temps, et le poëme où il raconte la vie de saint Germain (2) trahit à chaque instant l'imitation de Virgile et d'Horace. Dans l'épîire dédicatoire, adressée à Charles le Chauve, il loue ce prince d'avoir fait refleurir l'école du Palais et attiré en France , par ses largesses, les savants de la Grèce et de l'Irlande. Saint Heiric eut pour disciple Rémi d'Auxerre (3).

Les trois générations que nous venons de compter depuis Alcuin, représentées par Raban Maur, Loup de Ferrières et saint Heiric, ont rempli la plus grande partie du ix^ siècle ; le x^ siècle s'ouvre sous les auspices de Rémi. Ce fut sans aucun doute un célèbre professeur; nous regrettons d'autant plus que ses ouvrages de grammaire soient encore inédits. Si l'on publiait ses commentaires sur Martianus Capella et sur Priscien, ensevelis jusqu'ici

(1) Ëis Lupus , his Haymo ludebant ordine grato

Cum quid ludendum terapus et hora darét ; Humanis alter, divinis calluit aller,

Excellit titulis clarus uterque suis.

Hiec ego tum notulas doctus tractarc furaces

Stringebam digitis , arte favente , citis.

(Ap. Mabillon. Analecta., 1. 1 , p. 413.)

(2) Acta SS. Juin , t. VII , p. 221 .

(3) Mabillon. Act. SS. Ben. sœc. K, p. 325.

JIO LES SUCCESSEURS D'aLGUIN.

dans les bibliothèques, il en sortirait de nouvelles lumières, et cette époque nous serait beaucoup mieux connue. En attendant, nous pensons que Rémi, soit à Paris, soit à Reims (1) , où il fut écolâtre , ne se servit de Martianus Capella que pour y prendre le texte d'un enseignement supérieur, car on ne manquait pas alors d'auteurs plus élémentaires. Quoi qu'il en soit, à partir de Rémi et du x^ siècle , malgré des bouleversements terribles dans l'ordre politique, les études ont moins de vicissitudes à subir que par le passé, et à travers les oscillations inévitables dans un état de choses si agité, on distingue un progrès réel, rarement interrompu. A quoi devons-nous attribuer ce progrès? Vraisemblablement, à l'institut de Gluny, à cette puissante réforme qui étendait si loin son action en France, en Italie, en Allemagne. Il est certain que le fondateur de Ciuny releva tout ensemble et la discipline monastique et les écoles. Saint Odon avait étudié, à Paris, sous Rémi d'Auxerre (2).

Deux monastères dépendants de Gluny méritent une mention spéciale, à raison des professeurs éminents qu'ils ont produits : le premier est Saint-Géraud d'Aurillac, lé second Saint-Benoît-sur-Loire ou Fleury.

A Saint-Géraud fut élevé Gerbert, cet homme qui laissa dans l'Eglise de si grands souvenirs, sous le nom de Sylvestre îl. Avant d'être archevêque et pape, Gerbert exerça les fonctions d'écolâtre, d'abord à Aurillac, puis à Reims. Nous ne dirons rien de ses vastes connaissances mathématiques, il nous suffit de l'envisager comme professeur de belles-lettres. A l'époque où il enseignait à Reims, nous le

(1) Frodoavcl. Hist. Rem., l. IV, c. 9. — BibL Max., PP., t. XVII, p. 603.

(2) Ad. SS. Ben. sœc. V, p. 151, 157.

STABILITÉ DES TRADITIONS SCOLAIRES;, ETC. Hl

voyons en relations d'amitié avec son collègue de Fleury, Constantin, disciple de saint Abbon. Remarquons, en passant, que, par saint Abbon, les écolâtres de Fleury remontaient encore à Rémi d'Auxerre; Abbon avait été formé non par Rémi lui-mêriie, comme on l'a dit quelquefois, mais, ce qui est à peu près la même chose, par ceux qui avaient entendu ce fameux maître. Ainsi de tous côtés nous rencontrons mêmes origines. Or, il arriva que Constantin, poursuivi par une cabale, se vit forcé de quitter sa retraite dé Fleury. Gerbert, touché de l'infortune de son ami , l'invite à venir à Reims, et il termine sa lettre par ces paroles : « Ayez bien soin d'apporter avec vous les livres de Cicéron sur la République, ses discours contre Verres, enfin les nombreux plaidoyers du père de l'éloquence romaine. » Il faut avouer cfue la correspondance des écolâtres du x^ siècle n'était pas marquée au coin de l'ignorance. Ces dialogues sur la République, entre autres, qu'un moine de Fleury portait dans sa valise de voyage, nous seraient encore à peu près inconnus, quatre siècles après la découverte de l'imprimerie, si le cardinal Maï n'en avait publié de nos jours d'importants fragments ! Beaucoup de lettres de Gerbert contiennent des demandes toutes semblables : ici Suétone, là Pline, le Discours pour le roi Dejotarus, VAchilléide de Stace (1), etc. Et si vous demandez quel usage il pouvait faire de ces livres, la réponse est facile. Chargé d'enseigner le trivium, il lisait, il expliquait à ses élèves (des poètes Virgile, Térence et Stace; les satiriques Juvénal, Perse et Horace; et l'historien Lucain (2) y » est-il dit ; car au moyen âge on savait que l'auteur de la Pharsale

(1) Gerherti epistolœ', ap. Duchcsne , t. II , primœ sen'ei, ep. 7, 9, 40, 130, 134, 161, et secundœ seriei , 13 et 87. (2] Nous de^'ons ces détails à Richer, un des élèves de Gerbert. Yoici ses

lia LÉS SUCCESSEURS d'alGUIN.

répond bien mieux aux données de Thistoire qu'à celles de l'épopée. En vérité, ce x^ siècle, nommé si souvent le siècle de fer, a été quelque peu calomnié (I)!

propres paroles : « Gerbertus interea sludiorum iiobilitate praîdicto metro^ politano commendatus , ejiis gratiam prœ omnibus promeruit. Unde et ab co rogatus , discipulorum turmas artibus instruendas ei adhibuit.

« Dialecticam ergo ordiiie librorum percurrens , dilucidis sentcatiarum verbis enodavit. Inprimis enim Porpbirii ysagogas id est introducliones secundiun Victorini rbethoris translationem , inde etiam easdem secundum Mànlium explanavit. Calbegoriarunl , id est prsedicamentorum librum Aristotelis consequenter enucleans. Periermenias vero , id est de interprctatione librum, cujus laboris sit , aptissime monstravit. Inde etiam topica , id est argumentorum sedes , a Tullio de Greco in Latinum translata, et a Manlio consule sex coramentariorum libris dilucidata , suis auditoribus intimavit.

« Necnon et quatuor de topicis difTerentiis libres , de sillogismis catbegoricis duos , de ypotbeticis très , diftînitionumque librum unum , divisionum aeque unum , utiliter legit et expressit. Post quorum laborem , cum ad rhethoricam suos provehere vellet , id sibi suspectum erat, quod sine locutionum modis , qui in poetis discendi sunt , ad oratoriam artem ante perveniri non queat. Poetas igitur adhibuit, quibus assuescendos arbitrabatur. Legit itaque ac docuit Maronem et Statium Terentiumque yoetas , Juvenalem quoque ac Persium Horatiwnque satiricos , Lucanum etiam historiographum. Quibus assuefactos, locutionumque modis compusitos, ad rhethoricam transduxit.n Richeri Historiarum , 1. III, n» 45 et sqq. ap. Pertz , Monumenta GermaniWi t. V, p. 617. — On pourra nous objecter que les élèves de Gerbert n'étaient plus des enfants , puisqu'ils avaient commencé par la dialectique. Cela est vrai ; mais nous établissons ailleurs 1" que l'étude des poètes faisait partie de la grammaire , 2° que la grammaire était enseignée aux enfants. Gerbert revient à la grammaire , parce qu'il s'aperçoit qu'il a manqué quelque chose aux premières études de ses jeunes disciples : « Cum ad rhetoricam suos provehere vellet, id sibi suspectum erat , etc. » Richer, d'ailleurs, nous donne à entendre qu'avant la venue de Gerbert les études n'étaient pas florissantes ; « Sed cum Diviîiifas Galliaynjam caligantem magno lumine relu^ cere voluit, etc. — Supra , ibid. Ce qu'il ne faut pas prendre trop à la lettre ; en général, les chroniqueurs ne sont bien renseignés que sur leur province ou leur diocèse.

(1) Avant d'enseigner à Reims , Gerbert avait été abbé de Bobbio. On peut juger des études de cette abbaye par le catalogue de sa bibliothèque , dressé au x« siècle et publié par Muratori. En voici un fragment : Libros Sergii de Grammatica duos, et in uno horura Adamantii liber habetur. Libros Virgilii numéro quatuor. Lucani libros IV. Juvenalis duos ; et in uno ex his habetur Martialis et Persius. In uno volumine habemus Persium , Flaccum et Juvenalem. Libros Claudiani poetœ quatuor : et in uno ex his Sedulii qua:!dam pars in capitc et alia opuscula. Libros Ovidii Nasonis duos. Librum Lucretii I. Librum Dracontii I. Librum Ennodii Episcopi unum , in quo et alia contineatur opuscula. Libros Donati très: et ia uno ex his habentur sinouima

STABILITÉ DES TRADITIONS SCOLAIRES^ ETC. i\'é

Gerbert fut appelé plus d'une fois par les princes de la maison impériale de Saxe à déployer son activité sur un plus \aste théâtre, à leur propre cour. Ces princes étaient de toute manière les continuateurs de Charlemagne; en prenant sa place dans Tordre politique, ils semblaient avoir hérité de son dévouement pour la cause de l'Eglise et de son amour pour la science. Othon 1", lui aussi, avait fondé une école du Palais. Elle devait surtout sa splendeur au frère de l'empereur, saint Brunon, archevêque de Cologne. Brunon était bien capable, en effet, d'apprécier le mérite, car il avait l'esprit orné des connaissances les plus étendues. On raconte que, dès son enfance, confié aux soins de l'évêque d'Utrecht, il avait lu avec ardeur les poésies de Prudence, après quoi il était entré en pleine possession de l'antiquité grecque et romaine. 11 apportait, dit son historien, à l'étude des poètes tragiques et comiques un esprit toujours sérieux, ne se laissant point aller, comme tant d'autres, à un rire immodéré. Là le sujet n'était rien pour lui, mais il faisait grand cas du style. Sa bibliothèque le suivait partout, même en voyage et sous la tente. Aux écrivains sacrés, il demandait le principe et le mobile de ses travaux; aux païens, il empruntait l'instrument : causam in divinis, inslrumentum in gentilihus libris (1). Un pareil homme devait être un autre Alcuin.

Ciceronis, etc. — Pline, Macrobe, Priscien, rindispensablelMartianus Capella, s'y trouvent aussi. Transportés à la bibliothèque ambroisienne , un grand nombre de ces livrer ont été vus par Muratori, qui rend hommage à leur correction [Antiq. italicœ Diss. 43)„ Les dialogues sur la République, décou\eris pai' le cardinal Mai au A^alican , provenaient de la bibliothèque de Bobbio; mais cet exemplaire n'a rien de commun avec celui de Gerbert. Comme nous parlons peu de l'Italie , nous renverrons nos lecteurs à un excellent fragment de M. Ozauam sur les écoles et l'instruction publique en Italie aux temps barbares. — Correspondant, t. XXVI, p. 37.

(1) Ruotgerusin Vita S. Brunonis. Ap. Leibnitium. Scrip. rerum Brunswicensium, t. 1 , pag. 273.

m LES SUCCESSEURS d'aLGUIN.

Par le mariage d'Othon H avec une fille des empereurs d'Orient, le goût de la littérature grecque devint plus vif à celte cour, et Thorizon de la science parut s'agrandir. On sait que Charlemagne avait projeté et négocié pour un de ses enfants une semblable alliance , et qu'en établissant à Osnabruck une école spéciale pour l'étude du grec, son principal but était d'avoir toujours sous la main des hommes capables de le représenter à Byzance. Ainsi les Othons accomplissaient tout ce qu'il avait entrepris. Othon 111, resté de bonne heure orphelin , et sa mère Théophano recherchèrent l'appui et les conseils de Gerbert, dont le dévouement leur était connu. Gerbert profite de la confiance qu'on lui accorde pour exciter le jeune prince à protéger les lettres ; il l'encourage à étudier les mathématiciens, les philosophes , les orateurs anciens ; enfin, il lui rappelle que , Grec d'origine, Romain par son titre impérial , il doit se regarder comme l'héritier légitime des trésors scientifiques de la Grèce et de Rome (1).

Puisque nous voici de retour en Allemagne, c'est en Allemagne que nous chercherons au xf siècle quelque successeur de Raban Maur. Ce titre parait convenir parfaitement à saint Meinwerck , évêque de Paderborn , car il avait été élevé dans les écoles d'Halbersladt et d'Hildeslieim, à la tête desquelles furent placés — nous l'avons dit plus haut— deux disciples de Raban , Haymon et AHfrid. Nous pouvons donc regarder l'école de Paderborn comme un rejeton de celle de Fulde. Elle était digne d'une telle origine. Le trivium et le quadrivium y étaient enseignés ; on y voyait des grammairiens, des rhéteurs, des physiciens, des dialecticiens: ((Horace, le grand Virgile, Salluste ,

(l) Ap, Duchesne , primœ serieL Ep, Ibi. <

STABILITÉ DES TRADITIONS SCOLAIRES, ETC. llo

Slace , le poëte élégant , y étaient en honneur; » les écoliers s'y exerçaient sans cesse à composer, soit en prose, soit en vers. (1).

On nous dira peut-être, pour atténuer la valeur que nous attachons à tous ces faits : les générations se suivent, sans toutefois se ressembler. Nulle n'est enchaînée aux idées, aux usages de ses devancières. — Parler ainsi, ce serait vraiment méconnaître cette époque, et lui prêter mal à propos notre instabilité moderne. Les programmes d'études alors n'étaient pas chose éphémère comme aujourd'hui ; chaque écolier n'était pas exposé à les voir se renouveler plus d'une fois pendant le cours de son éducation. Bien plus, supposé qu'on se fût mis en peine de quelque diplôme, si un élève d'Alcuin ou même de Cassiodore s'était endormi du sommeil d'Epiménide pour ne se réveiller qu'au commencement du xif siècle, il aurait pu , nous n'hésitons pas à l'affirmer, il aurait pu sans embarras affronter l'examen.

(1) Imadus, neveu de saint Meiinverck , partage avec lui la gloire d'avoir fait fleurir l'école de Paderborn. On ne lira pas sans intérêt les détails donnés sur cette école par Thistorien anonyme du saint évêque. « Studiorum multiplicia sub eo (Meinwerco) floruerunt cxercitia : et bonœ indolis juvenes et pueri strenue instituebantur norraa Regulari , proficientes haud segniter in claustrali disciplina, omniumque litterarum doctrina. Claruit hoc sub ipsius sororio Imado Episcopo, sub quo in Patherbrunnensi Ecclesia publica floruerunt studia : quando ibi Musici fuerunt et Diaîectici , enituerunt Rhetorici clarique Grammatici ; quando Magistri artium exercebant trivium, quibus omne studium erat circa quadrivium : ubi Mathematici claruerunt et Astronomici, babcbantur Physici atque Geometrici, viguit Horatius , magnus et Firgiliuf!, Crisjms ac Salusfius, et urbanus Siatius; ludusque fuit omnibus insudore versibus, et dictaminibus jocundisque cantibus. » Il semble que notre historien, en écrivant ceci, ait cédé, peut-être sans y songer, à une certaine délectation rbythmique :

Viguit Horatius Ludusque fuit omnibus

Magnus et Virgilius Insudare versibus

Grispus ac Salustius Et dictaminibus

Et urbanus Statius Jocundisque cantibus.

V. Vita sancti Meirvwera cpisc. Paderborn., ap. Acta SS.junii., 1. 1, p. S37.

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