CHAPITRE YL
L UNIVERSITÉ DU Xlïl^ AU XV® SIECLE.
Il fut un temps où, quand on disait : le roi, on avait nommé Louis XIV; et cependant, il y avait alors bien des trônes, bien des royautés en Europe. Au xin^ siècle, il est aussi une chose qui se rencontre en plus d'un lieu , à Cam^ bridge, à Oxford , à Bologne; mais nulle part avec le même éclat, la même grandeur qu'en France et à Paris : V Université. Tant il est vrai que l'ascendant de notre nation (et plût à Dieu que nous n'en eussions jamais abusé! ) ne date pas d'hier.
L'histoire de cette grande école, rendez-vous de tant de nations , a été souvent traitée ; nous ne voulons pas la refaire, mais nous y ajouterons peut-être quelques pages. Les études littéraires de l'Université de Paris au moyen âge sont peu connues ; elles s'effacent derrière la philosophie et la théologie, et, si l'on n'y prenait garde, on les croirait anéanties. Elles ne l'étaient pas, mais leur existence modeste et silencieuse, jointe, il faut le reconnaître , à un certain abaissement, les a, pour ainsi dire, condamnées à l'oubh.
Sans les flatter, sans accepter néanmoins les préjugés trop défavorables qu'on a fait peser sur elles, nous les tire-
138 l'université
rons de cet oubli. Et, puisque, en réalité, il y avait , entre Paris et les autres villes universitaires, échange de maîtres et d'écoliers , par suite aussi de méthodes et de coutumes ; puisque l'influence prédominante était de ce côté , et constituait chez nous une espèce de métropole savante , l'histoire que nous abordons, toute particulière qu'elle est, nous tiendra lieu , au point de vue de nos études, d'une histoire générale.
Nous avons indiqué précédemment les causes qui firent déchoir l'enseignement littéraire dans le courant du xiiF siècle. 11 n'y eut en cela rien de systématique; aucune réprobation du passé, aucun changement radical dans les principes qui régissaient l'éducation; mais les conditions extérieures n'étaient plus les mêmes. La jeunesse des universités, mal pourvue de livres, d'ailleurs, il faut le dire, assez peu disciplinée , traversait sans profit les classes de grammaire. Elle y séjournait le moins possible, entraînée qu'elle était par la vogue toujours croissante d'Arislote; et si, dès l'entrée de la carrière classique, elle rencontrait, comme autrefois, Virgile, Horace et Cicéron,le retentissement des disputes de l'école venait bientôt la distraire de ces premiers travaux. La lutte et la victoire dans les champs de la dialectique, c'était, pour les étudiants d'alors, ce que fut, il y a cinquante ans, pour les élèves de nos lycées, la gloire militaire de l'empire.
La langue elle-même a conservé l'empreinte de ce mouvement des études. Le mot d'ar^, dans les siècles antérieurs, s'appliquait principalement à la grammaire : dans les statuts universitaires, un artien est avant tout un logicien.
Toutefois, Tantique ordonnance des sept arts libéraux subsistait encore; leur importance relative avait seule varié :