II, G. I
Ce point n'était donc pas fixé , et le xvi« siècle, en attribuant définitivement la priorité à la rhétorique, ne fit que consacrer un usage déjà fort ancien.
Quant à l'inconvénient qui nous est signalé, nous pensons qu'il n'existait ni pour le temps de Cassiodore et d' Alcuin ni pour le xvi^ siècle. Car, au moyen de la rhétorique de Cicéron, les élèves étaient suffisamment initiés à la science logique d'Aristote; ils savaient ce que c'est que syllogismes , topiques , etc.; bref, ils apprenaient tout ensemble à réfléchir et à parler. Pour le présent, c'est autre chose , et je crains fort que le savant bénédictin n'ait tout à fait raison d'appeler la rhétorique moderne un art de dire des idées qu'on aura plus tard.
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du même âge, tout le prouve, que l'Université , arrivera à cette même époque, chargé de nombreux commentaires. Ces hommes sont donc les vrais instituleurs des trois siècles qui séparent saint Louis de François 1^^.
Le Doctrinale puerorum (1) d'Aiexandre de Yilledieu est une grammaire versifiée et rimée dans le goût du temps. Quand nous disons versifiée et rimée , qu'on ne s'y trompe pas, nous ne prétendons pas que la quantité et la rime s'y rencontrent à chaque vers. Tantôt l'une, tantôt l'autre y fait défaut; le grammairien se donne cette licence. S'agit-il de la prosodie des noms propres , il observe qu'elle est assez arbitraire, ce qui est vrai surtout dans les poètes chrétiens. Et quant aux noms propres employés par les poêles païens, il déclare qu'étant lui-même chrétien , il s'en est mis peu en peine.
Ad placitum pont propriorum multa notavi ; Cum sim Christicola, normam non est michi cura De propriis facere quœ gentiles posuere.
Ce n'est pas ainsi qu'on traitait la grammaire , même païenne, au temps de Raban Maur ou de saint Aldhelm. Cependant , c'est encore Priscien qui fait le fond du Doctrinal. On assure qu'Alexandre tenait école à Paris , dès les premières années du xui^ siècle, aidé de deux confrères, Rodolphe et Yson (2). Le xv^ siècle a produit une cinquantaine d'éditions de sa grammaire , devenue pourtant fort rare, comme tous les livres à l'usage des écoliers. On la suivait généralement avant Despautère,
(1) Les deux éditions an Doctrinale puerorum, dont nous nous sommes servi , sont de 1511 et 1526. Le troisième livre seul s'y trouve; les deux premiers ont cédé la place à Diomède et à quelques autres grammairiens. Nous y avons suppléé par les manuscrits de la bibliothèque impériale , numéros 8152 et 8153.
(2) Histoire littéraire de France , t. XVIL
DU Xlli^ AU XV« SIÈCLE. ÏM
Le Grécisme est aussi une grammaire latine ; elle porte ce titre parce que les mots dérivés du grec y sont Tobjet d'une attention spéciale. Evrard de Béthune, connu dans les écoles sous le nom de Gréciste, la composa l'an 1212, comme le prouvent ces vers rapportés par Arnold de Rotterdam :
Anno milleno centeno his duodeno
Condidit Ehr ardus Grœcismum Bithuniensis (1).
Mais un autre ouvrage du même auteur nous fait pénétrer plus avant dans les classes de grammaire (2). Il a pour titre : le Labyrinthe ; pour sujet , les tribulations des maîtres d'écolci Homme du métier , Evrard ne dissimule point les ennuis qui accueillent infailliblement l'instituteur et son élève. Malheureux enfants d'Adam! à peine venus à la lumière , vous faites enlendre cette plainte : A! A! Quand on vous envoie à l'école , cette triste voyelle est encore la première à s'échapper de vos lèvres. Au moins ne dira-t-on pas qu'il soit ici question d'écoliers de trente ans. Qu'apprendront-ils après l'alphabet et la lecture? Donat, un Donat trempé de leurs larmes ; puis les distiques de Gaton^
(1) Nous lisons ainsi le premier vers :
Anno milleno — centeno bis — duodeno.
(F. Histoire littéraire de France , Casimir Oudin , Fabricius.)
Qu'on nous permette un rapprochement entre deux passages , l'un du Grécisme, l'autre du Doctrinal, Dans Evrard de Béthune , on lit :
Scire facit Mathesis , sed divinare Mathesis ; Datque Mathematicos comburi Theologia.
Dans Alexandre de Villedieu :
Philosophi Mathesim dicunt , Vatesque Mathesim.
De part et d'autre, l'art divinatoire est distingué des mathémfttiques par la quantité d'une syllabe , longue ou brève , suivant le sens qu'on donne au mot mathesis. De telles ressemblances valent des dates.
(2) Labyrinthus , de miseriis rectorum scholanwi. Ap. Polycarp. Leyser, Histor. Poetarum et poematum medii eevi. Magd. 1721.
Uâ l'université
dont les pageSj hélasî sont mises par eux en lambeau^. Toujours Caton au début de Téducation, et non les Acles des Martyrs , comme quelques-uns Font pensé. Evrard traite séparément de la syntaxe et des tropes. Au troisième livre j il fait le recensement des auteurs dont se servaient les pédagogues de son temps. Après Caton , Théodulë , Esope , réservés aux classes élémentaires , il nomme Stace et Horace, Virgile, Claudien , Perse; puis les poètes chrétiens, tels que Prudence , Sedulius , Arator. On y trouve quelques écrivains alors très-modernes et assez à la mode ; de ce nombre sont : Alain de l'isle et Gaultier de Gbâtillon, Fauteur de PAlexandréide. Nous n'en rapportons pas la moitié : il y avait assurément de quoi choisir. Là était le mal : on étudiait Virgile, sans doute, mais avec lui Stace, Claudien, et jusqu'à Gaultier de Châtillon (1). Faut -il s'étonner qu'il n'en soit sorti qu'une littérature assez confuse?
Quelle est la date du traité intitulé : De disciplina scholarium ? Quel en est Fauteur? Voici la réponse de Dom Ceillier ; « C'est une pièce mal écrite, indigne de Boèce. Ce que l'auteur y dit de FUniversité de Paris fait voir qu'il écrivait longtemps après ce philosophe. » Jusqu'ici , nous n'avons rien à reprendre; et puisque, dans cet ouvrage, il est en effet question de FUniversité , nous ne le ferons pas remonter plus haut que les dernières années du xii^ siècle. Dom Ceillier ajoute : « Quelques-uns ont attribué cet écrit à Denys le Chartreux. Mais, comme il ne pouvait lui faire beaucoup d'honneur , d'autres ont prétendu qu'il était
(1) Nous ne prétendons pas dénier tout talent à Gaultier de Châtillon; mais il manque de goiit et tombe souvent dans le puéril. Son Alexandréide est l'équivalent d'un poëme d'origine païenne; c'est le récit de Quinte-Curce renforcé d'inventions mythologiques. Sous ce rapport, du moins, Gaultier peut être assimile aux anciens.