L UNIVERSITÉ
première moitié du xiii" siècle ; d'autre part , nous avons vU qu'il n'était pas antérieur à la fin du xii*" : sa date se trouve dans ces cinquante et quelques années.
On nous pardonnera ces détails bibliographiques ; il nous ont semblé indispensables. L'opinion énoncée par Dont Ceillier avait été mise en avant, pour la première fois, par l'abbé Gervaise. Tout dernièrement , un estimable écrivain l'a reproduite. Qu'eût-on pensé de nous, si on nous eût surpris en contradiction avec cet écrivain, avec Dom Ceillier, avec l'abbé Gervaise, et, qui plus est, avec le P. Labbe !
Nous devions à nos lecteurs cette explication.
La date nous est connue , quel est maintenant l'auteur? Cette seconde question a bien moins d'importance à nos yeux. Fabricius, qui nous a servi de guide en tout ceci , nommeThomas de Cantimpré, religieux de l'ordre de Saint^ Dominique et contemporain de saint Thomas d'Aquin.
Autre embarras. M. Daunou, au tome XIX* de VHistoire littéraire de Prance, donnant la vie de Thomas de Cantimpré , fait le recensement de ses ouvrages. De celui-ci, pas un mot. Nous ignorons le motif de ce silence. C'était le cas, selon nous, de discuter les raisons de Fabricius, qui ne sont vraiment pas à dédaigner (1).
Quoi qu'il en soit, nous avons là un livre accepté dès le xiïi" siècle sous le nom de Boèce ; mis entre les mains des enfants , comme le prouvent les gloses grammaticales dont
(1) Voici la principale, afin qu'on en juge : « Et saue in libro excuse anno 1509, 4, qui inscribitur : Auctoritates Aristotelis et aliorum Philosophoruni , jani notatum invenio quod liber de institutione scholastica Boe^thio, humilitatis et mojoris auctoritatis causa, adscriptus sit a Thoma Brabantino (le même que Thomas de Cantimpré) grœce ac hebraice docto , qui ex grœco transtulit libros Aristotelis , quœ translatio apud nos habetur , ut testatur Abbas (Trithemius) in catalogo scviptorum Ecdesiasticorum » (Fabrïc. Bibi. lat., t. K, p. 158.)
i)U XTî'l^ AU XV^ SIECLE. Ho
nous lé voyons accompagné ; lu autrefois prir beaucoup de monde avec le plus grand soin, Olim a multîs curiose ledus (1) : nous pouvons le consulter en toute confiance, il nous dira ce que le moyen âge regardait comme excellent en matière d'éducation.
L'enfant commence à fréquenter l'école à l'âge de sept ans. On l'applique d'abord à la lecture, ce qui réclame peu de temps; puis, on lui fait apprendre les grammairiens. Probus et Didyme sonl ici nommés , comme ailleurs Donat et Alexandre : il ne s'agit évidemment que des premiers rudiments de la langue latine. N'oublions pas qU'Esope, Théodule et Caton faisaient aussi partie du cours élémentaire. Ce cours, combien de temps le fera-t-on durer? Autant qu'il en faut à Mercure pour accomplir deux fois sa révolution. Mettons deux années (2), un peu plus, un peu moins ; la différence ne saurait être importante : il se trou-
(1) Fabric. Bibl. lat,, t. II, pag. J38.
(2) Sur ce passage, le commentaire de rédition de Louvain (1485) porte : Duos annos ilt modico minus. Voici le texte en entier: « Fimdamentiautem tenacitatem bis oportet consistere. Nec menstruoso saltu Phebes abeundum est. Née solaricursutantum coniirmandum,5e<:/ expleto Mercurii intervallo^ éodemque fere duplicata diligenter immorandum. Diligentia enim cujuslibet operis obtusitas perraollitur, »
« Senece tradicio, Lucani inexpletio... indaganda memorialique Oellule commendanda » — N'oublions pas qu'il ne s'agit ici que é' astronomie opparc?ite. Or, dans l'ancien système, les révolutions de Mercure diffèrent peu en durée de celles du soleil. Macrobe dit : « Jam vero ita Yeneri proxima est Stella Mercurii étMercurio sol propinquus ut hi très cœlum suum pari teiiiporis spatio, id est, anno plus minusve circumeant. » {bi Somn. Scip., 1. I, c. xix. ) Et encore ; (( Cursus guidem Veneris atque Mercurii pêne par soli est. » [Ibid. 1 II, c. XI.) Martianus Capella s'exprime à peu près de la même manière. (Dé Kuptiis Merc. et Phil.,l. VIII, no 879.) Valeriano Bolzani (Pierus Yàleriauus), contemporain de nos deux éditions, ne parle pas autreraeiit : « Vénus atqué Mercurius eodem fere cum sole cursu feruntur : sed modo eum antecedunt, modo cursu delassati jungunt iter, modo parcs cum eo conferunt gressus, de quibus suœ sunt apud astronomes traditiones. [Compendium in Sphœram , à là suite de la sphère de Sacrobosco. Lyon, 1617.)
Entre les révolutions de Mercure et celles du soleil , ou devait supposer
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vera que, de compte fait, l'enfant n'aura guère plus de dix ans lorsqu'il atteindra ce premier terme. Deux années pour la grammaire, une pour la lecture, sept qu'il avait en commençant, cela ne donne pas plus de dix. Allons , si l'onveut, jusqu'à onze , puisque cet âge est sujet à caution.
Tout n'est pas fini , et le moment n'est pas venu d'étudier Aristote. Voici les auteurs qui sont assignés à notre jeune écolier: Sénèque, Lucain, Virgile, Stace, Horace, Perse, Martianus Gapella, Ovide. Notez bien qu'il ne lui suffira pas de les lire ; leurs pages doivent être étudiées à fond et apprises par cœur : Hœc sunt indaganda memorialiqiie cellulœ commendanda. Les autres écrivains profanes ne seront pas négligés par notre élève ; il doit les connaître autant que le comporte la mesure de son esprit : Prout ingenii suppetit capacitas. Et, quand son style sera formé, quand il saura faire des vers , il apprendra l'éloquence à l'école de Cicéron.
une différence constante, toujours en plus ou toujours en moins : autrement, après quelques années, on aurait obtenu la même somme pour tous les deux, ce qui est évidemment contre la pensée de notre texte.
Dante place Mercure dans un ciel inférieur à celui du soleil , et lui prête un mouvement d'autant plus rapide qu'il était plus éloigné du premier mobile. 11 y a tout lieu de croire que notre auteur suivait le même système astronomique , et qu'il estimait les révolutions de Mercure de plus courte durée que celles du soleil.
Mais comment justifier la glose de Josse Badins qui remplit les marges de l'édition de 1509? « Expleto intervalle Mercurii, id est, usgue ad expletionem cursus Mercurialis, quod perficitur secundo quoque anno. » Puis, doublant cette durée, eodemque duplicato, il trouve quatre années. Deux ans pour une révolution de Mercure ! Dans quel système cela est-il vrai ? Badius n'aurait-il pas par hasard confondu Mercure avec Mars? A part cette difficulté déjà fort grave, il était naturel de s'en rapporter au plus ancien interprète, ce que nous avons fait en comptant deux années. Mais quelle était la différence constante, en plus ou en moins, que le texte fait supposer? Riccioli dans son Almageste , Delambre dans son Histoire de l'astronomie du moyen âge, Lalande et quelques autres ne nous ont rien appris de positif à cet égard, et nous n'avons pas poussé plus loin nos recherches, nous souvenant du proverbe : Sutor ne supra crepidam.
DU XIU^ AU XV"^ SIÈCLE. iAl
Tel est le plan qui nous est présenté par le petit traité De disciplina scholarium, une des principales autorités du xiii^ siècle en matière d'éducation.
S'il est besoin de justifier la place que nous venons d'accorder aux distiques de Gaton et aux fables d'Esope, ce ne sera pas chose difficile. Jean de Salisbury désigne ainsi Caton : Libellus quo parvuli initianiur ; et un poëte de la fin du XI if siècle : un livre que les clercs lisent aussitôt qu'ils vont à V école (1). On vient de voir qu'Evrard de Bélhune le met entre les mains des enfants presque en même temps que Donat. A ces témoignages unanimes nous ne voyons pas ce qu'on pourrait opposer. Passons à Esope. L'auteur du Labyrinthe est moins explicite à son endroit , mais Pétrarque , en revanche, parle très-clairement : Ah ipsa jmeritia, quando cœteri omnes aut Prospero aut jEsopo inhiant , ego libris Ciceronis incuhui (2).
La morale de Caton a été louée par Jean de Salisbury, celle d'Esope par Vincent de Beauvais ; nous le montrerons toutàrbeurCi Ni l'un ni l'autre cependant ne poussaient les choses aussi loin que Luther : il déclarait ne connaître , après la Bible, aucun livre qui valut ces deux livres , et il ajoutait qu'Esope et Caton n'avaient jamais cessé d'être en Usage dans les écoles, jjar une faveur singulière de la Providence (3) /
Au nombre des auteurs élémentaires, nous venons de
(1) Chapitre précédent, pag. 133. Ceux qui veulent rester fklèlcs aux pr5grammes du moyen Age opteront entre V Enéide de Virgile et V Alcxandréide de Gaultier de Cliâtillon. Mais, pour Caton, ils ne peuvent y échapper^ Voyez sur cet auteur les dissertations insérées dans Tédition d'Arntzenius. Amsterdam, 1754.
(2) Rerum seîiilium, 1. XV, cp. 1.
(3) Tischreden, pag. 472. léna, 1603... « £"6^ ist eine sonderliche Gndâe Gottes dasz des Catonis Bûchlin iind die Fabeln Esopi in den Schiden sind erhalten worden, dermes sind beyde nutziiche und herrliche Bikhlin.v
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rencontrer aussi Théodule (Theodolus) et Prosper. Théodule composa, au x^ siècle, un poëme allégorique, dans lequel il a opposé les miracles de l'ancien testament aux fables mythologiques , pour mieux faire ressortir la vérité des uns et la futilité des autres. Le Prosper mentionné par Pétrarque est sans doute saint Prosper d'Aquitaine; et il est probable que ses épigrammes , où l'on trouve les deux qualités les plus précieuses des distiques de Caton , l'élégance et la brièveté, étaient de tous ses ouvrages celui qu'on employait de préférence dans les classes de grammaire. Peut-être verra-t-on une allusion (mais bien vague) aux épigrammes de saint Prosper dans ces deux vers du Labyrinthe :
Fontibus ex sacris haurit , qui dogmata fundit Prosper doctrinœ prosperitate sapit.
L'amour du jeu de mots rend quelquefois Evrard de Béthune peu scrupuleux sur la manière de caractériser ses auteurs. Bref, nous connaissons les occupations de l'enfance depuis huit jusqu'à dix ou onze ans: Donat, le Doctrinal d'Alexandre , le Grécisme d'Evrard , etc. ; Caton , Théodule, Esope et saint Prosper, faisaient les principaux frais de ses études. C'est ce qu'il nous importait d'éclaircir pour le moment.
Ne quittons pas le xiif siècle sans interroger le Spéculum universale de Vincent de Beauvais, cette œuvre monumentale qui rappelle par son ordonnance et ses proportions d'ensemble la grande Sonime de saint Thomas. Vincent et Thomas d'Aquin étaient, non-seulement contemporains, mais frères en religion , enfants l'un et l'autre de saint Dominique. U auiciir du Spéculum j nommé par les chroniqueurs Xecfewr de saint Loiiis, sans que Ul vâleUr de ce
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lilre nous soit autrement expliquée (i), est, dans tous les cas, un des personnages les plus savants et les plus recomniandables de son temps. Quelques-uns veulent qu'il ait été chargé par le roi de diriger l'éducation des princes ses enfants. Chacun sait que son Spéculum est divisé en natu^ rel, doctrinal ou scientifique, et historique (2). C'est dans le Spéculum doctrinale qu'il traite des études au long et au large : cellei de l'enfance et celles de l'âge mûr, la grammaire et la théologie y sont comprises. La grammaire, on pouvait s'y attendre, n'apparaît pas ici en pleine possession du vaste domaine que Jean de Salisbury , un siècle aupa-^ ravant, voyait envahir, à son grand regret. Jusqu'alors, par exemple , les différents genres de composition , histoires, fables, poésies, faisaient partie de ses attributions directes. Vincent de Beauvais va-t-il les retrancher? Non, mais il les range parmi les accessoires , apperidicia. L'art ;, pour lui, consiste essentiellement dans les règles. Et il tire de là cette conséquence : « Quiconque , désireux de s'instruire , abandonne l'essence de l'art pour s'embarrasser dans les accessoires, y trouvera matière à des travaux con-sidérables, immenses , et n'en retirera que peu de fruit. D'où il me semble [quapropter mihi videlur)^ qu'il faut d'abord s'appliquer principalement aux sept arts libéraux, base de toute doctrine, et tellement liés entre eux, tellement dépendants les uns des autres, que , si un seul venait à manquer, on ne serait pas philosophe. Puis, s'il reste du temps, on fera les autres lectures ; Ces sortes de récréations ont plus de charme lorsqu'elles sont mêlées aux choses se-
(1) Remplissait-il une chaire d'enseignement fondée par le roi, ou bien faisait-il dans le palais des lectures ou instructions spirituelles ? On ne sait.
(2) Le Spéculum morale, qui a longtemps passé pour appartenir à Tœuvre 4e Vincent de Beauvais, est aujourd'hui regardé comme apocrvplie.
înO j/UNIVEJRSlTÉ
rieuses. » Les autres lectures , il les avait désignées sous les noms de poésies , comédies , tragédies , fables et histoires. Opinion personnelle, sans doute; mais, dans la bouche du confrère de saint Thomas , du lecteur de saint Louis , ce mihi videtur était d'un grand poids.
Est-ce un arrêt de proscription ? Non pas , poëtes et historiens demeurent comme accessoires; ils fournissent la partie amusante et récréative des études : on ne les regarde pas encore comme empoisonneurs publics. Seulement, leur utilité littéraire esi peu appréciée. Mais à Dieu ne plaise que Vincent de Beauvais repousse les maîtres et philosophes de la gentilité ! Privés des lumières de la foi catholique, ils ont parlé d'une manière admirable du Créateur et des créatures , des vertus et des vices ; ils ont connu plusieurs vérités hautement proclamées par la foi et la raison. Et comme il faut bien que l'apprenti s'en rapporte au maître artisan , ceux qui étudient les sciences profanes doivent^ s'ils veulent y profiter , accorder la même confiance à leurs profanes inventeurs , à Priscien pour la grammaire , à Aristote pour la logique^ et à Cicéronpour la 7'hétorique (1). Vincent
(1) Voici les deux passages de Vincent de Beauvais. Après avoir parlé de l'Ecriture sainte et des Pères, il poursuit: « Tertium aut iniîmum tenent gradum pliilosophi doctoresque gentilium. Nam etsi catholicae fidei veritatem ignoraverunt , mira tamen et prœdara quœclam dixervmt de Creatore et creaturis , de virtutibus et vitiis, quœ et ft.de catholica et ratione humana manifeste probantur esse vera. — Prœterea , cum artifici cuilibet de sua facultate discentem oportet cre.iere , sœcularium scientiarum studiosis scolaribus, ut in eis proficiant neccsse est primitus prophanis eorum inventoribus, vel peritis ac disertis tractatoribus fidem adbibere; V. G., Prisciano in graramatica, Aristoteli in logica, Tullio in rhetorica. » Spéculum doctrinale, 1. I, c. XII. — « Duo sunt geuera scripturarum. Unum sex artium quaû philosopbiœ supponuntur , ut est grammatica , dyalectica (sic), etc. Aliud eorum quœ appendicia sunt artium et in aliqua extra philosophiam materia versantur, ut sunt carjnina poetarum, comediœ et tragecUœ , fabulœ quoque et historiœ. Quisquis igitur ad scientiain attingere cupit, si relicta veritate artium , reliquis se implicare voluerit , materiam laboris plurimam vel infinitani iiiveniet et fructum exiguum. Quapropter mihi videtur , primum upe-^
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de Beauvais nous semble beaucoup plus porté à chercber dans les anciens des leçons de morale que des leçons de goût. 11 y a recueilli des maximes, et en grand nombre, dont il a ensuite composé des chapitres. C'est ce qu'il nomme des fleurs , flosculos. Son Spéculum historiah renferme des fleurs de Virgile, de Quintilien et de beaucoup d'autres. Dans son Spéculum doctrmale, il présente à son lecteur des fleurs d'Esope, une douzaine de fables qu'il raconte par occasion, les jugeant pleines d'utilité et de morale. C'est dire assez qu'il ne désapprouve pas l'usage qu'on fait d'Esope dans les écoles (1). Enfin, il traite , lui aussi , la queslion des classiques profanes. Rien n'est nouveau sous le soleil : la plupart des arguments qui ont surgi tout dernièrement contre les anciens programmes ont été réfutés par Vincent de Beauvais. Un exemple nous suffira. Tout le monde connaîtla lettre de saint Grégoire le Grandà Didierj cet évêque de Vienne qui enseignait la grammaire , et mê^
ram esse dandam artibus maxime scptem liberalibus, qux sunt fundamentum omnis doctrinœ, et ita sibi cobœrent, alternisque vicissim rationibus indigent, nt, si veluna defuerit, cœlcrtc philosophum facere nonpossunt.Deinde ctetera si vacant (sic) legantur, quia plus aliquando delectare soient seriis admista ludicra » Ibid., 1. II , c. xxxi. Ed. Nuremberg, 1487. On lit à la fin du volume : In regia imperialique civitate Nurembergk expensis ilaque et solertiis spectabilis viri Anthonii Kobergers inibi civis et incolae bis ereis figuris effîgiatum castigatum emendatum faustissime perornatuna finit Anne a natali
xno MCCCCLXXXVII.
(1) L. IV, c. cxiv. On croit reconnaître dans le texte d'Esope, donné par Vincent de Beauvais , quelque chose de Phèdre. Phèdre était donc en usage au xiiF siècle? Gela n'est guère probable; des parcelles de son style avaient pu se glisser dans les nombreuses imitations latines des fables d'Esope. Je crois plutôt à la vogue d'Avianus; etlTsûpet d'Aviennet, ce recueil d'apologues, si populaire au xiv^ siècle , me semblerait un indice de la célébrité classique d'Esope interprété par Avianus. On l'a quelquefois nommé Avienus. Jean de Salisbury : Et ut JËsopo vel Avieno creda'i, videbis, qui sibi oculum alterum erui gaudeat , dum utroque privelur proximus. Au reste , il y avait au moyen âge un fonds courant d'apologues , soumis à des remaniements sans nombre , attribué sans trop de scrupule au premier fabuliste en renom , mais dont il serait bieii difficile de déterminer au juste la provenance.
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lait aux louanges de Jésus -Christ celles de Jupiter. Le pontife s'indigne, et condamne hautement dans un évêque ces déclamations emphatiques qu'il ivouYeroLÏtinconvenantes dans, la bouche d'un laïque religieux. Que dire à cela? « Saint Grégoire, dit Vincent de Beauvais, reprend cet évêque, non parce qu'il a étudie les lettres profanes, mais parce que , contrairement aux devoirs de i'épiscopat, il les a enseignées au peuple, au lieu et place de l'Evangile (1). » Voilà du moins de quoi rassurer les professeurs de grammaire.
En résumé, cette époque ne différait point par la doctrine de l'époque précédente , et même pour les méthodes , la différence était peu sensible. Alexandre de Villedieu , après tout, qu'était-ce autre chose que Priscien? Priscien mis en vers et pauvrement rimé, mais enfin toujours Priscien> Donat perdra-t-il son rang dans les écoles? Non , il le gardera jusqu'au xv' siècle; et les presses italiennes débuteront par deux éditions consécutives de sa grammaire. M. Bœhr a remarqué qu'aux jours de Charlemagne et d'Alcuin , trois poëtes, Virgile , Stace et Lucain, avaient joui d'une faveur extraordinaire (2). Cette faveur leur sera-t-elle ravie au xuf,au xive siècle? Nous pouvons le demander à Dante, le plus fidèle interprète des prédilections littéraires de ses contemporains. Faites d'abord attention que dans son Paradis (3) , non loin d'Albert le Grand, de saint Thomas, de saint Bonaventure, les représentants illustres de la théologie, non loin deGratien, le compilateur du Décret, le père du droit canon , il a placé le grammairien Donat
Che alla priin'arte degno yoner mano.
(1) L. II, c. xxxY. GeUe interprétation est empruntée au droit canon. V. M. Landriot, Examen critique des lettres de M. Vahbé Gaime.
(2) Gescinchte der Rœmische^ Utemtur ini Karoling.i&dien Zeiialter.
(3) lCa.nt.0 X-XIL
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N'oubliez pas que dans l'Enfer (1) l'assemblée des philosophes est présidée par Aristote , assis au premier rang , entre Platon et Socrate. C'est bien là, si je ne me trompe , la pensée du moyen âge. Or, parmi les poètes , le premier rang est à Virgile. S'il n'est pas le plus ancien , le plus sublime, c'est du moins celui qu'on préfère, Dante, poëte lui-même, s'abandonne à sa conduite pendant les deux tiers de son immense voyage. Et lorsque les autres poètes viennent à leur rencontre, après la majestueuse figure d'Homère , après Horace et Ovide, on voit paraître Lucain : eViiUimo Lucano. Dante prend place, lui sixième, en si noble compagnie :
E più d'onore ancora assai mi fenno :
Che SI mi fecer délia loro schiera ; St ch' io fui sesto tra cotanto senno (2).
Tout l'honneur, à votre avis, n'est-il pas ici pour Lucain? Et, bien qu'il marche le dernier, après Homère, Horace , Ovide, ne ferions-nous pas , d'eux à lui, la distance un peu plus grande? Mais où est Stace? Stace est dans le Purgatoire (3) où il attend le terme de son expiation ; il est puni de n'avoir pas hautement confessé Jésus-Christ; car la foi avait pénétré dans son cœur, un jour qu'il lisait dans la quatrième églogue :
Magnus ab integro seclorum nascitur ordo Jam redit et Virgo, etc.
(1) Poi che innalzai un poco più le ciglia ,
Vidi il Maestro di color che sanno , Seder tra fîlosotîca famiglia.
Tutti lo miraii , tutti onor gli fanno. Quivi vid' io e Socrate e Platone , Che innauzi agli altri più presse gli stanno.
(2) Ibid. Inferno , Canto îYp
(3) Purg. Canto XXI et XXIÎ,