L UNIVERSITÉ
(( Ce jour-là, dit-il à Virgile, je devins par toi et poëte et chrétien. » Qui ne découvre ici l'origine de cette espèce de culte voué par le moyen âge au poëte de Mantoue? En se faisant l'écho des sibylles qui annonçaient la venue du Sauveur, il avait revêtu comme un caractère sacré , dont personne ne songeait à le dépouiller. Ses vers, cités par Ëusèbe, Lactance, saint Augustin, et dans lesquels on avait reconnu, bien qu'affaiblis, les accents des prophètes, le réconciliaient avec l'Eglise; et, comme l'a judicieusement remarqué M. Ozanam , il entrait dans nos écoles sa qua^ trième églogue à lamain. Mais nous voilà bien loin de l'Université. Il y faut revenir, et voir comment on mettait en pratique les programmes rapportés plus haut.
Ici se placent quelques difficultés. La plupart viennent de ce qu'on n'a pas bien compris l'organisation des écoles pendant cette période. Les écoliers, nous dit-on, n'avaient pas de livres; comment auraient-ils pu lire les auteurs classiques? A ce manque de livres on ne pouvait remédier au moyen des dictées : toute dictée était rigoureusement prohibée. Voyez plutôt les statuts relatifs aux leçons delà rue du Fouarre, chef-lieu et siège principal de la Faculté des Arts.
Toutes ces difficultés s'évanouiront en présence des faits. Mais, en attendant, cette manière de les interpréter est-elle donc bien imaginée à l'appui d'un certain système? Examinons. Les écoliers ne lisaient pas Virgile, parce qu'ils n'avaient pas de livres. Après quoi on ajoute : ils lisaient , ils expliquaient la Vulgate et les Actes des Martyrs. — Avaient-ils des livres, oui ou non? — Le professeur ne leur faisait aucune dictée? — Mais s'ils n'avaient pas de livres, s'ils n'écrivaient pas sous la dictée du professeur, d'oi^i leur venaient , selon vous , les textes sacrés que vous placez à