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profusion entre leurs mains? Dans une pareille hypothèse, ce ne sont pas seulement les belles-lettres qui souffriraient, mais l'instruction religieuse, la science ecclésiastique avec elles. C'est donner trop beau jeu, en vérité, à ceux qui ne voudraient voir en ce temps-là que barbarie et ignorance î H nous faut bien défendre le moyen âge contre ses imprudents amis.
Le temps et le Heu sont deux conditions d'existence auxquelles un fait contingent est inévitablement soumis, auxquelles il emprunte fort souvent sa valeur propre et sa portée véritable. Déplacez les mots dans une phrase , vous en altérez le sens; déplacez les faits dans l'histoire, vous la dénaturez. Aussi a-t-on pu dire avec beaucoup de raison que la chronologie et la géographie sont les deux yeux de lliisloire. Au cas présent, c'est de la chronologie un peu minutieuse qu'il nous faudra faire, de la géographie en raccourci. A quelle époque la Faculté des Arts de Paris administrait-elle dans ses cours publics l'enseignement littéraire? Résidait-elle alors à la rue du Fouarre? Tel usage, tel règlement, celui, par exemple, qui prohibe la dictée, se réfère-t-il à ce temps, à ce lieu? On conçoit déjà toutes les conséquences qui peuvent ressortir de cet examen.
Si nous remontons à la première et contestable origine de l'Université, au temps oii l'école de Paris, jouissant déjà de certains privilèges, n'était pas encore parfaitement constituée, nous y rencontrons des professeurs de grammaire. Pierre de Blois exhorte l'un d'eux, attardé après ses compagnons d'âge au milieu des enfants, n'ayant d'autres goûts, d'autres occupations que les leurs, à quitter enOn la région fangeuse des études inférieures, et à gravir la montagne des hautes sciences, a Jusqu'ici, lui dit-il, Priscien et
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Cicéron, Lucain et Perse, voilà vos dieux (1)! » Dans cette montagne des hautes sciences, chacun a reconnu la montagne Sainte-Geneviève, et dans la région fangeuse des études inférieures, non la rue du Fouarre qui n'existait pas encore, mais le bas de la montagne, les environs du clos MauYoisin (2), où elle devait s'ouvrir un peu plus tard. Et puisque, dans les écoles de ces quartiers, on s'occupait de Priscien et de Cicéron, de Lucain et de Perse, il est évident que la Rhétorique et la Grammaire n'y étaient point oubliées. Mais ceci nous ramène au dernier tiers du xii^ siècle. En sera-t-il de même au xiii% le corps universitaire une fois formé?
Le premier document qui nous apporte quelque lumière est de l'an 1215. A cette époque, le cardinal Robert de Courçon, légat du saint-siége, donna des règlements à la paissante Université. Or , dans ceux qui concernent la Faculté des Arts, la grammaire est mentionnée avec la logique, et Priscien figure à côté d'Aristote : voisinage, pour le dire en passant, déjà très-menaçant pour le grammairien. Les jours de fête on devait s'occuper exclusivement des Philosophes et des Rhétoriques, des différentes parties du Quadrivium, du Barbarisme, de l'Ethique (au choix) et du quatrième livre des Topiques. Là se trouvent encore plusieurs des attributions du cours des lettres, parmi lesquelles je serais bien tenté de compter les Philosophes. Placés ainsi en compagnie des Rhétoriques, ces Philosophes m'ont tout l'air
(1) « Pricianus et Tullius , Lucanus et Persius isti sunt dii vestri ! u Ep. 6.
(2) Par contrat, passé Tan 1202, entre Matthieu de Montmorenci, seigneur de Marli , et sa femme Mathilde de Garlande d'une part, et plusieurs particuliers d'autre part , le clos Mau voisin fut donné à cens à ces derniers , à la charge d'y bâtir.
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d^être des poëtes et des moralistes , et la signification que j'accorderais à ce mot ne serait pas sans exemple au xni^ siècle. En veut-on la preuve? Notre pseudo-Boèce ^ après avoir recommandé à ses écoliers Sénèque , Virgile, Stace , Horace , etc. , ajoute que , si leur intelligence le comporte , ils ne devront pas négliger les leçons morales des autres Pliilosophes. Voilà donc des Philosophes , comme Virgile et Horace , qui ne sont nullement étrangers au cours de grammaire , et peuvent marcher avant la Rhétorique. Quarante ans plus tôt (nous l'avons vu dans la lettre de Pierre de Blois) , ils étaient les dieux de ces mêmes écoles où vient de s'installer la Faculté des Arts , oii elle explique encore Priscien ; il n'est pas probable qu'ils aient été dépossédés si vite. Ce mot de Philosophe d'ailleurs , pris en un sens plus rigoureux, n'avait pas alors de pluriel. On disait : le Philosophe, et personne ne s'y trompait, la suprématie d'Aristote dans le domaine de la dialectique ne souffrant pas de partage.
Après les statuts de 1215 se rencontre-t-il d'autres documents de même nature? Aucun. Quelques actes émanés de Rome, comme une bulle de Grégoire IX (1231) , recommandent bien à la Faculté la fidélité à ses anciennes lois, notamment en ce qui touche la grammaire; mais lorsqu'on examine les choses de près , à Paris , au sein de l'Université, tout y accuse un mouvement sinon défavorable aux études classiques, du moins tendant à les isoler, à les séparer des autres arts libéraux. Dès Fan 1251 , l'Université, dans un décret disciplinaire , distinguait les écoliers qui étudiaient les Arts de ceux qui étudiaient la Grammaire. Que se passait-il donc dans cette Faculté? Rien précisément qui marque à son jour et à son heure. Mais, comme on était dans la plus gratide ferveur delà philosophie péripatéticienne , comme,
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d'autre part , les diverses fonctions des professeurs n^étaient pas encore bien nettement déterminées , il serait permis de supposer que ceux-ci , allant au-devant d'un entraînement général , avaient peu à peu abandonné Priscien pour Aristote ; ce qui est d'autant plus plausible qu'aucune pensée de monopole n'intéressait alors la Faculté à conserver dans ses écoles publiques renseignement de la grammaire.
Le monopole, en effet, atteignait la logique , mais il dédaignait les degrés inférieurs de l'enseignement. Lorsqu'un étudiant voulait devenir bachelier et subir à telle fin l'épreuve nommée Déterminance, on lui demandait s'il avait, deux années durant, suivi les cours de logique dans l'école de Paris • on ne lui demandait pas oii il avait appris la grammaire et la rhétorique. Sans doute, il devait connaître ou le Grécisme, ou le Doctrinal, ou tout autre livre équivalent, en usage au lieu de sa première éducation, — et même sa capacité en ce genre était matière d'examen , soit dès le début, soit à la fin de sa logique, dans la séance où il était reçu bachelier ; — mais cette mesure, simple condition préalable imposée à quiconque voulait faire partie de la Faculté des Arts , assurait des élèves aux professeurs de grammaire , tout en respectant leur indépendance. Rigoureusement parlant , l'enseignement des lettres n'était pas inféodé à l'Université ; du moins gardait-il, au xui' siècle et longtemps après, sa bonne part de franchises^ 11 pouvait s'écarter du territoire soumis à la juridiction du Recteur j passer la Seine, s'établir à son gré sur l'une ou l'autre rive. On le vit, au collège de Sorbonne, recevoir l'hospitalité de la Théologie j bien éloignée alors de penser qu'un jour il y serait plus maître qu'elle.
Ce n'est pas que tout fût profit dans cette indépendance : ielle avait aussi ses désavantages. Célébrait-on l'office divin