‹ Des études classiques dans la société chrétienneChapitre 29 sur 48 · CHAPITRE YIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE YIIL

LE CONCILE DE TRENTE

Entre la renaissance et nous se place un des faits les plus considérables de l'histoire de l'Eglise : le concile de Trente,

Le concile de Trente, c'est l'Eglise en face de la société moderne, en présence des dangers et des besoins qui devaient se manifester sous l'influence d'une civilisation plus avancée et au contact des idées nouvelles; dangers, besoins restés à peu près les mêmes jusqu'à nos jours.

Car il est bien évident que les découvertes de notre siècle, tendant presque toutes à multiplier les jouissances matérielles , n'ont rien de comparable à ces découvertes du xv« siècle qui accroissaient, en la surexcitant , la puissance de l'esprit. Quelle proportion , par exemple , entre cette vapeur qui nous transporte en quelques jours d'un bout à l'autre de l'Europe, et l'invention de Gutenberg , au moyen de laquelle voyagent , dans toutes les directions à la fois y ces idées dont une seule fait ce que ne font pas souvent des milliers d'hommes?

L'indocilité de l'esprit , maladie ordinaire de ceux qui savent ou s'imaginent savoir, était donc à l'état d'épidémie quand s'ouvrit le concile de Trente, et, dans toutes les affections morbides qui minent aujourd'hui la société , il est aisé de reconnaître les suites de cette fièvre intellectuelle , à

moins que ce ne soit cet autre mal que nous venons de signaler, prodigieusement accru par les progrès de Tindu strie moderne.

La science, en elle-même, n'est pas un mûl : prétendre le contraire serait une absurdité, presque un blasphème. 11 n'y a de mal causé par la science qu'à raison de nos passions et de nos infirmités morales.

Que doit faire l'Eglise quand la science devit nt un danger, quand on s'en sert pour repousser l'autorité divine et provoquer la révolte ?

Ce qu'elle fit au concile de Trente : en régler l'usage , en prévenir les écarts , en réprimer les entraînements. Mais s'attaquer à la science elle-même, jamais l'Eglise ne l'a fait, elle ne le fera jamais.

Par cette conduite, la seule qu'elle pût tenir, et par de sages réformes qu'elle appelait de tous ses vœux longtemps avant Luther, elle répara ses forces, déconcerta ses ennemis, et sortit enfin triomphante d'une des plus grandes épreuves qu'elle eut jamais à traverser, plus belle , plus féconde qu'avant le combat.

Sans doute elle avait fait bien des pertes; la défection d'un grand nombre de princes chrétiens, l'apostasie de l'Ordre Teutonique; les villes libres de l'Allemagne devenues des foyers d'hérésie, Henri YIII assis sur le trône de saint Edouard^ la spoliation de tant d'abbayes, la ruine de tant d'évêchés changeaient pour elle, en un sens , toutes les con^ ditions de la lutte; elle se voyait arracher ces ornements de prix , ces armes dont l'avait dotée le moyen âge. Et cependant, quelle ère magnifique se prépare! quelles générations que celles où se rencontrent saint Pie V et Sixte V, saint Charles Borromée et saint François de Sales , saint Ignace et saint François Xavier, saint Philippe de Néri,

DE TRENTE. 2'âo

saint Pierre d'Alcantara, saint Vincent de Paul , Olier, Lonis de Grenade, Bellarmin, Baronius, Suarez, Maldonat et tant d'autres I Les pages où figurent ces noms ne nous racontent-elles pas une des périodes les plus glorieuses de riîistoire de l'Eglise. Est-ce la sainteté, est-ce la science qui l'emporte? De ces hommes, la plupart sont tout ensemble et des savants et des saints. Fondateurs d'ordres et de congrégations religieuses , promoteurs de la discipline cléricale; théologiens, controversistes éminents; nous les voyons, à partir de la seconde moitié du xvi^ siècle , apparaître coup sur coup, pour instruire, pour édifier, réformer, combattre les ennemis du dehors , étendre au loin les conquêtes de l'Evangile; cent ans s'écoulent, et cet admirable essor ne s'est pas ralenti : 52 congrégations religieuses formées au xvi^ siècle , 90 dans le cours du siècle suivant, témoignent de la vie féconde qui continue à cir-* culer dans tout le corps de l'Eglise. Pour trouver un temps comparable à celui-ci , il faut remonter jusqu'aux jours de saint Dominique et de saint François, jusqu'aux grands théologiens du xiii'' siècle; et je ne m'étonne pas si Cornélius a Lapide, qui voyait ces choses, met le temps où il vivait à côté de celui des Athanase et des Augustin.

D'où était parti ce grand mouvement catholique ? Du concile de Trente, cela est manifeste, du concile où l'Eglise concentra ses forces pour les répandre dans tous ses membres. Les autres assemblées diocésaines ou provinciales, tenues à la même époque, servaient aussi à cette diffusion. Présidées^ dirigées par les membres de l'épiscopat qui avaient pris part au concile œcuménique, le plus souvent elle se bornaient à faire l'application des règles qu'il avait dictées. C'est donc là encore qu'il nous faut chercher l'esprit des salutaires réformes qui furent décrétées à Trente.

Ib

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Entre toutes, la réforme de l'éducation se distingue par son importance et l'active sollicitude dont elle fut l'objet. On trouvera , tant dans les actes du concile de Trente que dans ceux des Eglises particulières, un vaste ensemble de pédagogie chrétienne, et, pour les raisons que nous énoncions tout à l'heure, ces documents seront consultés avec encore plus de fruit que ceux du moyen âge, Qu'on soit plein de sympathie pour le moyen âge , cela est fort bieii , pourvu qu'on n'oublie pas le côté pratique des choses.

Mais, avant d'envenir au concile de Trente, nous avons quelques mots à dire sur le v*" concile de Latran, qui, célébré dans les premières années du xvf siècle , inaugura cette grande ère de réforme.

Une bulle de Léon X [Apostolici regiminis) , qui fut reçue au concile de Latran , contient des règlements sur les études, auxquels on a donné des interprétations trèsinexactes , selon nous, pour ne pas dire fausses. 11 fallait, pour bien comprendre cette bulle, se souvenir qu'elle a pour objet principal la condamnation de deux erreurs, et que les règlements relatifs aux études, dont ils restreignent la durée, atteignent ainsi les erreurs en question.

De là, nécessité pour nous de connaître les erreurs condamnées par la bulle de Léon X.

L'une consistait à affirmer qu'il n'y a au monde qu'une seule intelligence, et l'autre à nier l'immortalité de l'âme. De plus, ceux qui niaient l'immortalité de l'âme prétendaient atténuer cette formidable négation, en disant que, s'il en devait être ainsi d'après les principes reçus en métaphysique, aux termes de la révélation l'âme était immortelle.

A ce trait, on a reconnu Pomponat. Mais il avait des ancêtres, et, il faut le dire, ces ancêtres étaient du moyen âge.

Qu'on n'aille pas nous soupçonner au moins de chercher querelle au moyen âge, à titre de revanche, sous prétexte qu'on a décrié en son nom des institutions que nous serions jaloux de défendre. Nous le savons, les torts dont nous pourrions charger le moyen âge , ne réhabiliteraient pas ces institutions, si elles étaient reconnues vicieuses; d'ailleurs, les matières que nous traitons sont trop graves, et tous, nous avons trop à cœur d'arriver au même but, pour qu'il soit jamais permis d'engager de pareils combats. Mais on ne saisirait pas le caractère de la bulle , si on faisait abstraction de l'origine et des allures particulières de la philosophie de Pomponat. Voilà ce qui nous conduit à cette recherche d'origine.

Ce hardi philosophe appartenait à l'école d'Averroès, une des branches de la famille péripatéticienne. Averroès avait expliqué Aristote, à sa manière, bien différente de celle des docteurs orthodoxes ; mais cette affinité lui avait valu de nombreux prosélytes dans les universités du moyen âge. Saint Thomas le combat en maint endroit de ses ouvrages, et son argumentation lucide fait pénétrer en plein dans ce monstrueux système (l). C'était une des mille formes du panthéisme.

Que reste-t-il à l'homme s'il n'y a dans le monde qu'une intelligence? Une âme sensitive. Que cette âme, au moyen des images [phantasmata), reçoive les idées de l'intelligence unique , la pensée existera en lui, mais seulement à l'état de forme accidentelle. Si telle n'était pas précisément la formule d'Averroès , c'est du moins à quoi l'on est conduit

(1) Voyez surtout Summ. contra gentil. L. II, c lxxiii. Quod mtellectus possibilis non est unus in omnibus hominibus.

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lorsqu'on analyse avec saint Thomas sa théorie de rintellect. Dès lors, voyez-vous les conséquences? Après la mort , et quand les phénomènes sensibles auront cessé, où sera le principe pensant? La personnalité humaine est détruite, et avec elle la responsabilité d'une autre vie.

On pressait un soldat de faire pénitence. A quoi bon? répondit-il ; si saint Pierre est sauvé, je le serai aussi; connaissant par une même intelligence , nous devons avoir une seule et même fin. — Ceci se passait à Paris, en plein xiîi'' siècle, et Guillaume de Tocco le raconte dans la vie de saint Thomas, pour faire comprendre à quel point cette détestable erreur avait infecté les masses (1).

Ce sont les averroïstes que le concile de Vienne avait en vue , lorsqu'il disait anathème à quiconque refuserait de reconnaître que rame raisonnable est la forme substantielle du corps (2). Après ce concile, leur audace se trahit encore en bien des rencontres. Témoin celui qui, après s'être raillé du bavardage de saint Augustin et de saint Paul, disait effrontément à Pétrarque : Que n'êtes- vous de force à lire

(1) « Qui (error Averrois) tantum invaluit , etiam in simplicium mentibus, sicque se periculose infudit, ut requisitus quidam miles Parisiis utrum de suis criminibus se purgaie vellet , rcsponderit : Si anima B. Pétri est salva, et ego salvabor, quia si uno intellectu cognoscimus , uno fine exitii finiemur, » Guillem. de Tiiocco, in vita S. Thom. aquin... ap. Acta SS.

(2) « Porro doctrinam oninem , seu positionem temere asserentem , aut verteniem in dubium , quod substantia animœ rationalis , seu intellectivae , vere ac per se humani corporis non sit forma, velut erroneam , ac veritati catholicœ inimicam fidei, prœdicto sacro approbante coneilioj reprobamus. » Cette déliuition fait aujourd'hui partie du corps du droit canon. De Trinit. Fidei, in Cle. il s'ensuit : loqueTàme humaine n'est pas seulement sensitive, mais raisonnable et intellective ; 2» que, par son union avec le corps, cette àme raisonnable constitue une substance complète , une personne ; donc il y a autant d'àmes raisonnables , autant d'intelligences distinctes que de personnes : ce qui renverse par la base la théorie d'Averroès. Selon celui-ci , V intellect possible informait le corps d'une certaine manière, mais non vere ac per se.

Averroès! Vous verriez combien il est supérieur à ces faquins (1),

Pomponat , partant des principes d'Averroès , repoussait quelques-unes de ses conclusions, et il arrivait à nier l'immortalité de l'âme. J'ai dit par quel grossier subterfuge il prétendait se tirer d'affaire avec l'Eglise (2).

Cela posé, on comprendra sans peine le sens et la portée de la bulle Apostolici regiminis (3).

Elle déclare que la vérité ne saurait être contraire à ellemême , ni , par conséquent , la raison à la foi. Elle enjoint aux professeurs de philosophie d'enseigner la pluralité et l'immortalité des âmes, et de réfuter les objections, dont aucune n'est insoluble. Viennent ensuite les règlements sur la durée des études. Nous analvsons.

Il ne suffît pas d'avoir coupé ces cbardons, il faut les arracher et les empêcher de jamais reparaître. Lorsque la philosophie humaine repousse les lumières de la révélation, elle est sujette à s'égarer. 11 importe de soustraire à ses entraînements le jeune clergé; on y parviendra en l'assujettissant plus étroitement aux études théologiques. C'est pourquoi défense est faite aux ecclésiastiques déjà promus aux Ordres sacrés, ou autres qui seraient dans l'obligation de

(1) « Et Paulus et Aiigustinus tuus , hique omnes quos prsedicas, loquacissimi homines fuere. Utinam tu Averroim pati posses , ut videres quanto ille tuis his nugatoribus major sit. » Lettre de Pétrarque à Boccace, Rerum senil. L, v. ep. 3.

(2) Sur Pomponat Cf. Brucker. Histor. critica Philosophise , t. IV. p. 158 et 399. M.Ernest Renan a fait paraître , Tannée dernière , un volume sur Averroès et l'Averroïsme, œuvre d'une érudition patiente et d'une philosophie décourag-ée Pomponat , selon lui , n'est pas, à proprement parler, averroïste Cela est vrai, car il s'est séparé d'Averroès comme Fichte s'est séparé de Kant : en faisant un pas de plus ; il n'en relève pas moins de ce mouvement d'idées qui remonte au xiii« siècle , et qui fut provoqué par les écrits d'Averroès.

(3) Ap. Labbe, t. XIX p. 842. Toutes les fois que nous citons les conciles de Labbe , c'est d'après i'éditio» de Venise.

îes recevoir , "— leurs cours de grammaire et de dialectique une fois terminés , — de passer plus de cinq années dans les universités ou autres écoles publiques, pour s'y appliquer exclusivement à la philosophie ou à la poésie. Après les cinq années, ils doivent étudier, ou simultanément (en continuant à s'appliquer à la philosophie et à la poésie), ou à part, la théologie ou le droit canonique. Au moins la science sacrée donnera-t-elle aux prêtres les moyens d'émonder et de corriger les mauvaises racines de la philosophie et de la poésie (t).

Là-dessus, on a échafaudé tout un système, d'après lequel la renaissance classique est atteinte et convaincue d'avoir causé bien du mal, puisqu'elle aurait engendré une philosophie assez perverse pour s'attaquer à l'immortalité de l'âme. En conséquence, la bulle de Léon X aurait eu pour but d'arrêter, ou, pour mieux dire, d'enrayer le mouvement littéraire. Mais pourquoi tant de ménagements, et à quoi songeait le souverain pontife en accordant encore ces cinq années? etc., etc.

(1) Et cuni non sufficiat aliquando tribulorum radiées prœscindere, nisi et, ne iterum pullulent , funditus evellere, ac eorum semina origlnalesque causas , unde facile oriuntur, removere , cum prœcipue humanœ philosophifie studia dluturniora, quam Deus secundum verbum apostoli evacuavit et stultam fecit , absque divinte sapientite condimento , et quœ sine revelatee veritatis lumine in errorem quandoque magis inducunt , quam in veritatis elucidationera : ad tollendam omnem in prtcmissis errandi occasioneni, bac salutari constitutione ordinamus et statuimus, ne quisquam de cetero in sacris ordinibus constitutus secularis , vcl rcgularis , aut alias ad illos a jure arctatus, in studiis generalibus (/(?5 universités) vel alibi publiée audiendo, philosopbiffi aut poesis studiis ultra quinquennium post grammaticam ac dialecticam , sine aliquo studio tbeologiœ aut juris pontificii , incumbat. Verum dicto exacto quinquennio, si illis studiis insudare voluerit, liberum sit ei, dum tamen simul aut seorsum , aut tbeologiœ, aut sacris canonibus operam nayaverit , ut in bis sanctis et utilibus professionibus sacerdotes Domini inveniant , unde infectas pbilosopbiœ et poesis radiées purgare et sa tiare yaleant. — Ibid,

Ce qu'il y a de vrai en tout cela, c'est qu'en effet les moyens employés par Léon X seraient bien mal choisis dans cette hypothèse. 11 est faux que les deux erreurs condam^ nées soient imputables à la renaissance. C'étaient au contraire les tristes fruits d'une branche bâtarde de l'ancienne scolastique.

Mais pourquoi, dira-t-on, restreindre la durée des études littéraires, et notamment du cours de poésie? Est-ce que Pomponat, comme cela s'est vu plus d'une fois, popularisait ses doctrines en les revêtant de ce prestige ? Lui ! il en était incapable , et jamais jusqu'ici on ne l'a soupçonné d'avoir exercé de pareilles séductions. Pour un platonicien, passe encore; mais les averroïstes avaient d'autres allures. C'est un fait bien avéré , au siècle de Bembo et de Sadolet, Pomponat ne savait pas le grec et ne parlait qu'un latin barbare, hérissé de formules scolastiques; ce qui lui était commun avec toute la secte. Possevin connaissait assez les goûts et les habitudes de ces philosophes, car , à l'époque où il étudiait à Padoue , il les avait vus occuper deux des chaires de cette célèbre université. Or, sur la fm de sa vie , quand il voulut, dans sa Bibliothèque, préserver les jeunes gens de cette contagion qui durait encore et qui exerça ses ravages jusqu'au XVII® siècle, il n'imagina rien de mieux que de représenter vivement le caractère anti-littéraire de cette école et l'espèce de barbarie qui lui était inoculée dès l'origine (1). Tant il est vrai que Pomponat ni les siens n'avaient rien cà démêler avec les humanistes. Que ceux-ci fussent à l'abri de tout reproche , assuré-

(t)((Ut\"ero planiiis et rectius possit intelligi, Averroem hune non esse aliis philosophis Lioctiorem,scd ex affeclata obscuritate et barbarie sibi auctoritatem parasse apiid multos , neminem res attentius ponderantem lateat, quadraginta ante anijos, ab iis qui solebant Averroem miris celebrare lau-

ment je suis loin de le prétendre. Seulement , quand le pape et le concile accordent aux ecclésiastiques promus aux Ordres sacrés avant d'avoir fait leur théologie, un délai de cinq années pour suivre les cours de philosophie et de poésie, je ne puis me résoudre à voir dans cette mesure une réprobation quelconque des études classiques. J'en crois plutôt Erasme qui écrivait : « Ceux qui méprisent les lettres sont en désaccord avec le pape (Léon X), qui, dans les brefs que j'ai reçus de lui , les appelle bonnes et de nom et de fait ; en désaccord avec le dernier concile de Latran , qui permet de consacrer à ces études cinq années entières, et même après ce temps ne les interdit pas, pourvu qu'on y joigne des études plus sérieuses (1). » Erasme était satisfait; donc le coup ne portait pas sur les humanistes; ou du moins, s'il les atteignait, c'était d'une manière très-indirecte , et voici comment.

En votre particulier, disait-on aux jeunes ecclésiastiques, vous pouvez , si tel est votre attrait, prolonger yos études de philosophie et de poésie. Mais dans les universités, dans les écoles publiques [in studiis generalibus vel alibi publics audiendo), vous êtes tenus , au bout de cinq années, d'aller demander à la science sacrée un remède contre les erreurs de la science profane.

Le mal était donc dans les universités. Il y était dès le XHie siècle , et n'avait pu que s'accroître à l'époqne de la renaissance. C'est là que la foi du clergé était en péril. Tous, quelles que fussent leurs études, littéraires ou philosophi-

dibus legi solitum fuisse mendis scatentem , barbare versum , confusiim , intricatissimum , obsciirissimum : ut qualia esscnt ingénia agnosci possint, qute istius modi spinetis delectarentur, etc. » Possevin , Bibliotheca selecta (Venise 1603) L. XII, Tract. III , c. xvi. (J) L. XIÎ, ep. 18,

ques, étaientexposés à celte contagion d'incrédulité répandue dans l'air et qui infectait parfois la masse entière des étudiants.

Point de séminaires; par là s'explique, en grande partie, l'anarchie intellectuelle et morale qui caractérise les commencements de la renaissance. Des collèges , il y en avait , qui s'étaient formés, d'une manière assez fortuite, au sein même des universités; mais combien leur organisation était encore imparfaite! Les séminaires, les collèges de l'époque carlovingienne , c'étaient les écoles épiscopales et ces écoles monastiques si longtemps florissantes sous la conduite des enfants de saint Benoît. Elles étaient tombées au xii" siècle, et nulle autre institution n'avait recueilli tout entières les traditions de l'antique discipline. C'est au concile de Trente qu'il fut donné de fermer cette plaie.

« Les jeunes gens, s'ils ne sont bien élevés et bien instruits, se laissant aisément aller à suivre les plaisirs et les divertissements du siècle; et n'étant pas possible, sans une protection de Dieu très-puissante et toute particulière , qu'ils se perfectionnent et persévèrent dans la discipline ecclésiastique, s'ils n'ont été formés à la piété et à la religion dès leur tendre jeunesse, avant que les habitudes des vices les possèdent entièrement ; le saint concile ordonne que toutes les églises cathédrales , métropolitaines et autres supérieures à celles-ci , chacune selon la mesure de ses facultés, et l'étendue de son diocèse, seront tenues et obligées de nourrir et élever dans la piété, et d'mstruire dans la profession et discipline ecclésiastique , un certain nombre d'enfants de leur ville et diocèse, ou de leur province, si dans le lieu il ne s'en trouve pas suffisamment, en un collège que l'évêque choisira proche des églises mêmes, ou en quelque autre endroit commode pour cela. »

Ainsi s'exprimaient les Pères du concile dans ce décret mémorable qui renouvela en peu d'années la face du monde catholique. Des prêtres pieux et instruits, voilà ce qui manquait malheureusement, du temps de Luther, dans les pays qui furent le plus ravagés par le protestantisme. Quand le sel de la terre est afTadi , qui peut arrêter la corruption? Mais, après le concile de Trente, la foi du peuple se raviva au flambeau des vertus sacerdotales , et l'Eglise fut consolée de ses pertes en voyant les enfants qui lui restaient plus dociles à sa voix et plus empressés que jamais à lui plaire.

Les évêques ne se bornèrent pas à fonder des séminaires; leur zèle s'étendait à tout leur troupeau : sous leurs yeux , par leurs ordres, de nouveaux établissements s'ouvrirent à la jeunesse laïque et les anciens collèges furent réformés, toujours selon l'esprit du concile de Trente. A très-peu de différence près , petits-séminaires et collèges avaient même direction , même régime intérieur, même cours d'études , les statuts diocésains et les décrets des conciles provinciaux s'appliquant d'ordinaire aux uns et aux autres ; en sorte que l'enseignement classique fut soumis à une révision complète. Il fut maintenu, quant à son ensemble, sur son ancienne base : on s'y voyait autorisé par deux décrets du concile de Trente, celui dont nous venons de parler, et un autre adopté dans la cinquième session.

Dans ces deux décrets, le concile avait formellement prescrit l'enseignement de la grammaire et des arts libéraux (1).

(1) Voici le texte des deux décrets : 1» Cinquième session. Gap. i. De mstituenda lectione sacrœ scripturœ et liberalium ar^tium. Après avoir imposé aux principales églises l'obligation d'établir des chaires d'Écriture sainte , le concile ajoute : « Ecclesise vero quarum annui proventus tenues fuerint, et

Or, c'est un principe reçu , que l'Eglise est infaillible non-seulement quant à la substance de ses décisions, mais encore quant aux choix des mots dont elle se sert pour les exprimer, et qui toujours doivent être entendus dans leur sens obvie, à moins qu'elle n'ait signifié le contraire. Autre-' ment, incapable qu'elle serait de se tromper, elle ne laisserait pas d'induire en erreur; ce que n'admettra aucun catholique. Au xvi^ siècle, les mots de grammaire, d'arts libéraux avaient un sens très-déterminé : quand on les rencontra dans les actes ci-dessus mentionnés, chacun dut comprendre et comprit en effet que les études classiques, telles qu'elles se pratiquaient alors généralement, étaient approuvées, prescrites par le concile. Un changement radical dans Féconomie de ces études était-il nécessaire? Devait-on, par exemple, aux auteurs qui avaient cours dans les écoles, en substituer d'aulresentièrement différents? le concile était en demeure de s'en expliquer. Faute de le faire, il eût été responsable de tout le mal causé par l'obscurité de son langage. Mais ce langage n'était pas obscur, et nous verrons bientôt qu'il n'y eut pas la moindre hésitation quand il s'agit d'exécuter ces décrets.

Nous avons entendu répéter à satiété que le concile s'était abstenu de rien statuer relativement au choix des auteurs.

iibi tam exigua est Cleri et popiili multitudo , ut theologiae lectio in eis commode haberi non possit , saltem magistratum habeant , ab episeopo cum consilio Capituli eligendum, qui 'Clericos, aliosque scholares pauperes grammaticam doceat ; ut deinceps ad ipsa sacrœ scripturœ studia , annuente Deo, transire possint , etc. » 2° Vingt troisième session, cap. xviii. Forma erigendi seminarium clericorum. m ,..grammatices,cantus, computi ecclesiastici, aliarumquebonaruin artium disciplmam discent (il est évident que cette partie du décret concerne les petits-séminaires; mais le reste n'est applicable qu'aux grands-séminaires). Sacram scripturam , libres Ecclesiasticos, homilias Sanctorum, atque Sacramentorum tradendorum , maxime quse ad confessiones audiendas videbuntur opportuna , et rituum ac ceremoniarum formas adjacent. »

Mais qui sont ceux qui tiennent ce langage? Ceux-là mêmes qui affirment que l'usage des auteurs païens dans les classes de grammaire était le grand mal de ce siècle, que de là était né le protestantisme, que tous les jours la foi et les mœurs en recevaient nécessairement de mortelles atteintes.

Vous dites que, dans de telles conjonctures, le concile g'est abstenu ! Le pouvait-il ? La foi et les mœurs , étaient-ce donc choses qui lui fussent étrangères ? N'était-ce pas pour cela qu'il s'était assemblé ! Non, celte abstention serait sans exemple dans l'Eglise , surtout avec les conséquences que vous lui prêtez.

Car vous ajoutez : le mal ne fit que s'accroître, et de jour en jour on vit décliner la foi et les mœurs. C'est là ce qui nous a valu le philosophisme du dernier siècle, et ses révolutions impies, et le sociaUsme contemporain, etc., etc.

Telle est donc l'idée que vous vous faites de l'Eglise et de la sécurité qu'elle procure à ses enfants ! Que penseront de plus les protestants ?

Vous allez plus loin , vous dites : Ce mal a été consommé par les mains du clergé et des ordres religieux, dans les collèges surveillés par les évêques, dans les séminaires.

Et qui donc avait ordonné l'érection des séminaires?

Le concile de Trente !

Vous voyez bien que, de votre propre aveu , le concile de Trente ne s'est pas abstenu : il a décrété l'incrédulité et la corruption , en décrétant l'érection des séminaires.

Quoi ! le concile œcuménique travaille à étendre partout et à consolider un système d'éducation qui doit précipiter à leur perle des millions d'âmes ! Et il y affecte les revenus des Eglises métropolitaines et diocésaines! Et il veut que, là même où il n'existe pas de chaires de théologie, on antretienne un de ces grammairiens qui propagent le mal î

il en fait aux évêques une obligation de conscience, sans qu'un mot, un seul , les avertisse du danger, si bien que tous ont interprété le décret de la même manière, au grand détriment de la foi el des mœurs !

Si vous ne reculez pas devant de telles affirmations , que devient pour vous la sainteté de l'Eglise catholique, votre mère ?

Certes, si vous entendiez dire qu'au Céleste Empire, lé souverain a donné ordre aux gouverneurs de ses provinces de distribuer gratuitement à ses sujets cet opium qui les mène lentement au tombeau par l'ivresse et la débauche , une telle conduite soulèverait à bon droit votre indignation. Et vous voulez que l'Eglise, pendant trois siècles, ait entretenu à ses frais des empoisonneurs publics qui faisaient mourir les âmes? Assurément, cela est nouveau, trèsnouveau.

Comme ces autres paroles, d'ailleurs : La chaîne de l'enseignement catholique a été m,anifestement , sacrilègement, malheureusement rompue dans toute l'Europe, il y a quatre siècles.

Rupture consacrée par le concile de Trente. Appelez cela tant que vous voudrez des questions pédagogiques ; si elles intéressent la foi et les mœurs, ce sont aussi des questions de discipline ecclésiastique.

Le concile de Trente ne s'est donc pas abstenu , parce qu'il ne le pouvait pas en pareille matière ; il ne s'est pas abstenu , puisqu'il a porté des décrets dont la conséquence inévitable était, comme on l'a vu, le maintien des classiques païens dans l'enseignement des collèges et des séminaires : si c'est de là que le mal est venu , la responsabilité pèse sur lui tout entière.

Mais peut-être qu'il a parlé , voyons.

Observez bien une chose. En supposant que le concile de Trente s'était abstenu , on tombait dans des contradictions inouïes. Maintenant on admet qu'il a parlé ; c'est une contradiction de plus , et celle-ci en entraînera bien d'autres.

La septième règle de l'Index du concile de Trente est ainsi conçue :

« Libri , qui res lascivas seu obscœnas ex professo tractant , narrant aut docent , cum non solum fidei , sed et morum, qui hujusmodi librorura lectione facile corrumpi soient, ratio liabenda sit, omnino prohibentur , et qui eos habuerint, severe ab Episcopis puniantur. Antiqui yero ab Ethnicis conscripti , propter sermonis elegantiam et proprietatem permittuntur : nulla tamen ratione pueris prîElegendi sunt. »

Sur quoi , nous avions cru jusqu'ici, d'accord avec les meilleurs théologiens , que la Règle vn° de l'index, proscrivant en général les livres qui traitent ex professo de choses obscènes, défendant de les lire et de les garder , admettait toutefois une exception à l'égard des écrits de l'antiquité païenne , exception fondée sur l'élégance du style et la propriété des expressions; —mais qu'elle ne voulait pas qu'on s'autorisât de cette exception pour les expliquer aux enfants (1).

Ainsi avions-nous compris celte Règle; mais nous avions compté sans M. l'abbé Gaume, qui, dans un ouvrage bien

(1) Voici le commentaire du P. Gretzer, sur cette règle : « Quae lex duas partes continet; nara primo simpliciter vetat libros lascivos et impudicos. Secundo : permittit quidem hujus generis libros, olim ab Ethnicis scriptos, ob sermonis elegantiam; sed tamen non \ult ut juventuti explicentur. Et quamyis Index non interdicat, ne quis juvenis lascivos , ethnicos et antiquos scriptores privatim attingat, aut evolvat : ipsa tamen ratio et adolesccntiôe conditio suadet et prœcipit, ut istos Sirenum scopulos caveat, ob pericula, quibus juventus perlegendis hujusmodi auctoribus sese exponit.» De Jure et more prohibendi libros malos ^ L I , c. xxvi. Cf. Petau, orat. IX.

connu (1), s'empare des dernières paroles : « Antiqui vero libri ( l'addition du mot lihri est de son fait ) ab Ethnicis conscripti, propter sermonis eleganliam et proprietalem , permittuntur : Nulla tamen ratione pueris prœlegendi erunt; » — et là-dessus il s'écrie avec conviction : « L'Eglise elle-même fit entendre sa grande voix et défendit expressément de mettre entre les mains des enfants des livres païens.»

Certes, un tel langage devait produire quelque sensation, et l'on dut se demander de tous côtés comment l'Eglise ayant fait entendre sa grande voix , elle n'avait point été obéie : transgression d'autant plus étonnante qu'elle avait commencé dès le principe; qu'elle avait été universelle, publique, commise au grand jour de l'Eglise, sous la surveillance immédiate de ses pasteurs, et qu'elle était néanmoins la source de tous les maux qui ont déwsolé le troupeau de Jésus-Christ.

Je n'entrerai pas dans le détail des réponses adressées à M. l'abbé GaumeparM. l'abbé Landriot et le R. P. Cahour: on les trouvera dans leurs ouvrages. Mais, si j'insiste sur ce point, c'est , qu'on veuille bien le croire, parce qu'il faut prendre au sérieux, selon moi, les décisions d'un concile et les constitutions d'un souverain pontife, et que, là où des consciences catholiques se trouveraient engagées, je ne me contenterais pas d'un moyen terme et d'une voie évasive.

Les dix règles dont celle-ci fait partie n'ont pas été votées par le concile lui-même, mais rédigées par une com^ mission qu'il avait nommée à cet effet , et promulguées ensuite par le pape Pie IV , dans la bulle Dominici gregis (1564). Puisque les décrets du concile ne sont obligatoires

(1) Le ver rongeur des sociétés modernes ou le paganisme dans l'édu-^ cation^ p. 122.

qu'en vertu de la confirmation apostolique , ces règles , confirmées par le pontife suprême, ont à mes yeux la même valeur.

Ce n'est donc pas à nous , en cas semblable , de lier ou de délier les consciences.

Autant que personne, nous rendons justice au zèle, aux bonnes intentions de M. l'abbé Gaume. Qu'il se persuade que, si notre langage est parfois sévère, cela tient à la gravité des questions soulevées par lui.

Or, les affirmations de M. l'abbé Gaume relativement à cette Règle n'ont pas été rétractées, et un autre ecclésiastique, M. l'abbé Toursel, est venu, dans l'Univers du 7 septembre 1852, nous expliquer toute l'importance de ce nouveau commentaire.

Après avoir rapporté la constitution de Pie IV, et en particulier la Règle vh% «Et maintenant, demande M, Toursel, (( que résulte-t-il de tout ce que nous venons de lire? Est-il « vrai que , il y a 300 ans , le concile de Trente ne s'est ce nullement préoccupé des auteurs de l'antiquité? Deux « cboses seront évidentes à tous les yeux : la première que « le concile a lui-même explicitement permis l'emploi des « classiques païens , à titre de modèles du beau langage; la « seconde, que cette permission ne s'est pas étendue à « l'enfance, et qu'il lui interdit les livres païens à tous les « titres. »

(c Pour ne pas élargir la thèse et rester dans les limites c( posées par le saint concile, nous devons soigneusement « distinguer Venfance, que cette interdiction atteint nommé- (( ment, de la jeunesse qui reste autorisée à user, comme « l'âge mûr, de la permission donnée par le concile de lire « les anciens livres écrits par les païens. »

Remarquons, en passant, la singulière conclusion à la-

DE TRENTE. ^il

iluelle ori est conduit par le texte tronqué : antiqui [diuquel on ajoute libri) ah Etimicis conscripti..., permiltiintiir. — Quoi! il est permis de garder et de lire les anciens ouvrages des auteurs païens l On a bien fait de le déclarer, sans quoi tous les exemplaires d'Aristote et de Cicéron eussent été immédiatement jetés au feu. ( Le permiUuntur déroge aux deux proliibitions , de lire et de conserver les livres en question : qui eos habuerintj severeah Episcopis puniantur.) Nous ne suivons pas M. Toursel dans toutes les conséquences qu'il tire de là contre les Fables d'Esope , Cornélius Nepos, Justin, Quinte-Curce et la Gyropédie. Avis aux maîtres, car la bulle oblige sous peine de péché mortel.

Mais voici maintenant des étonnemenls très -légitimes dans l'hypothèse.

« Gomment est-on arrivé , dans la pratique, à ne se point c( préoccuper de l'âge des enfants , toutes les fois qu'il (( s'agissait de leur mettre entre les mains un livre païen?... c( Comment cette barrière infranchissable a-t-elle été franchiei « malgré l'ordre intimé par le souverain pontife Pie IV à « toutes les universités catholiques? Gomment est-il advenu (( qu'on ait si peu tenu compte d'une Règle qui était en « germe dans les graves délibérations de la session dix-hui- « tième, qui a été tracée par dix-huit pères du concile, de « concert avec les plus éminents théologiens , par l'élite c( des prélats de toutes les nations ; qui a été annoncée dans « la dernière session de cette grande et solennelle assem- (( blée de l'Eglise catholique ; soigneusement revue par c( une autre élite de savants prélats, et lue enfin par le «souverain pontife lui-même, qui l'a proclamée et pro- « m.ulguée au nom de son autorité apostolique?»

En effet, c'est chose incroyable; nous ne l'aurions pas dit avec plus d'énergie que M. l'abbé Toursel, Cette prévale

ricatioïi de tous les pasteurs pendant trois siècles fait peser sur leurs têtes cette terrible parole d'isaïe : Canes muti non valentes latrare. M. Toursel intitule cela : Une page d'histoire ecclésiastique.... Il n'en trouvera jamais une semblable.

Voici qui est encore plus digne de remarque.

« Sans doute depuis quelque temps on a essayé, sur plu- (( sieurs points de la France, de soustraire à l'enfance les « auteurs païens; mais le point de départ de celte heu- « reuse et sainte initiative n'a pas été le respect pour les (( décisions de l'Eglise. M. l'abbé Gaume seul a cité dans « son livre cette règle septième , dont sa prldence ne lui a « pas permis de tirer tout le parti qu'il eut voulu en (( tirer. »

J'ai peine à m'expliquer cette prudence. Est-ce que les rélicences de M. Gaume dégagent nos consciences? Je vois bien pour quelles raisons il ne devait pas mettre en avant son commentaire, et quelles raisons encore il aurait de se rétracter. Il ne l'a pas fait , je poursuis.

Premièrement, il n'est pas seul à s'être servi de la Règle VII de l'Index pour en faire cette application; ni seul, ni le premier.

11 y a déjà assez longtemps qu'un célèbre Théatin , éditeur d'une collection de classiques chrétiens, donnait à la Règle vu® cette interprétation , et qu'un journal allemand lui prêtait le secours d'une publicité approbative (1)*

(1) « Es handelt sicli liiebei um die Frage, ob niclit die Lecture dieser kirchlicheii Schviften , selbcr bei dem Unterricht der lugcnd , in vielfachcr Beziehuiig viel nùtzlicher uud crsprieszlicher seyii wiirde, als die Glassiker; P. Ventura ist dieser Meiiiiing.., etc. » (V. HisL polit. Blcetter, Zwœlfter Band. 9 Heft.)

Le journaliste et l'éditeur ont été combattus dans une brochure imprimée à Mayence en 1846 (1).

M. Gaume avait donc été devancé — à son insu.

Nous allons maintenant le justifier de sa prudence, qui n'a pas même été assez grande , selon nous.

Neuf ans après la promulgation de l'Index, saint Charles Borromée , membre de la Congrégation interprète du concile , neveu du pape Pie IV , et qui eut , comme on le sait , la plus grande part à l'expédition des bulles qui rendaient les décrets obligatoires , tenait à Milan son troisième concile provincial (1573). Dans les actes de ce concile, la Règle vil'' reçoit un sens tout opposé à celui que lui attribue M. l'abbé Gaume : puisque 1% il est déclaré que la prohibition dont il s'agit concerne les livres obscènes , et non pas simplement païens; et que 2°, c'est aux adolescents aussi bien qiCaux enfants que la règle est appliquée.

Je le conçois, pour garder quelque vraisemblance, il fallait faire cette dernière distinction. Qui eût jamais cru que les livres des auteurs païeus étaient proscrits de l'enseignement tout entier ? Or , cette distinction n'existe pas ; lisez plutôt (2).

c( Quorum librorum lectione explicationeve 2?wero?^Mîn aw< adolescentium animi depravantur et mores facile corrum-

(1) Ueber die alteii und die neueii Schulen, von J. W. Karl. — Mainz, 1846. — C'est dans cet ouvrage que nous avons rencontré la citation des Feuilles historiques et politiques. Pourquoi M. Germer-Durand, qui a tiré de cet écrit d'excellentes choses sur l'usage du latin dans l'enseignement, n'a-t-il rien dit du troisième chapitre , où est débattue la question des classiques païens? Ce chapitre n'était pourtant pas sans intérêt pour les lecteurs de la Revue de renseignement chrétien. Nous ignorons aussi sur quoi il se fonde pour donner à l'auteur le titre de docteur. Le R. P. Kleutgen , de la Compagnie de Jésus, auquel M. Germer-Durand faisait cet emprunt, a pu se contenter de s'appeler Karl , mais nous ne voyons pas qu'il se donne pour docteur.

(2) Ap. Labbe, t.XXl, col. 144.

punlnr, quo in génère ii sunt qui res ohscœnas et turpes continent, eos, ut Indice Tridentino sancitum est , a ludimagistris prœlegi expUcarive Episcopus non patialur... » ( La suite s'applique au concile de Lalran. )

La Règle vif de l'Index prohibe donc dans les classes les livres obscènes (et non pas simplement ceux des auteurs païens) ; livres également funestes à V enfance et à r adolescence; et elle interdit aux maîtres de s'en servir dans leur enseignement, sans aucune distinction relativement à l'âge des élèves.

Qu'on ne vienne plus nous dire maintenant qu'il n'est resté aucune trace de l'observation de cette Règle ; seulement on ne l'entendait pas comme nos modernes interprètes.

D'une part, sont le célèbre Théalin, M. l'abbé Gaume et M. l'abbé Toursel ; de l'autre, saint Charles Borromée, le concile de Milan et le bon sens. On est libre de choisir.

Nous dirons en particulier à M. l'abbé Gaume :

Ne vous étonnez pas si nous n'avons pas accepté votre système dans les termes où vous le posiez. Pour adhérer aux prémisses et aux conclusions de votre thèse ,

Il fallait supposer l'Eglise aveugle, muette et impuissante dans un de ses plus grands dangers ;

Il fallait affirmer , avec M. Toursel , qu'on avait franchi des barrières infranchissables ;

Il fallait accuser d'une prévarication trois fois séculaire et le saint-siége et l'épiscopat tout entier;

11 fallait ajouter que les moyens de réforme employés par le concile de Trente n'avaient fait qu'accroître l'intensité du mal;

Il fallait enfin , et vous l'avez fait, déchirer une des plus belles pages de l'histoire de l'Eglise, et nier cette rénova-

tion à jamais mémorable qui s'accomplit alors au sein du monde catholique.

Voilà pourquoi votre livre a été regardé comme un scandale; pourquoi il a centriste des cœurs catholiques, et ces vénérables évêques auxquels vous reprochiez de s'alarmer pour \eurs petits dieux !

Epargnez-vous donc la peine, désormais, de traiter en échappés de la renaissance ceux qui se font gloire de remonter au concile de Trente, si étrangement méconnu par vous.

Pour nous, qui avons foi dans Faction de l'Kglise, et qui croyons que sa discipline ne peut défaillir, pas plus entre les mains du pontife suprême que sous la conduite de l'universalité des évêques, nous interrogerons avec respect les différents actes émanés de l'autorité spirituelle, soit dans l'intervalle des sessions du concile de Trente, soit peu de temps après sa clôture, et qui en forment le nécessaire complément. En particulier, nous consulterons les conciles de Cologne, 1549; de Narbonne, 1551 ; de Matines, 1570; de Milan, 1573 et 1579, tous deux présidés par saint Charles Borromée; de Bordeaux, 1583 ; et un synode tenu à Strasbourg en 1549.

Un grand nombre d'évêques crurent satisfaire au devoir de leur charge en confiant leurs séminaires à la Compagnie de Jésus. Telles étaient, au reste, les intentions de la sacrée Congrégation interprèle du concile, qui, dans son commentaire sur la vingt-troisième session , désignait les jésuites à leurs préférences (1). On n'en sera pas surpris si l'on con-

(1) Sur ces paroles: Quod si judicio Episcopi, la sacrée Congrégation s'exprime ainsi : « Ante omnia in scminariis conducendus est Grammaticus et Musicus , qui pueros instruant, et, si reperiantur Jesuit.T, cœteris anteponendi siint, » Declpirationes ijlust. sacr. Rom. Gard, Gongreg. ipsis sacros,

sidère que les pères du concile, en ordonnant Térection des séminaires, avaient en vue de réaliser sur une plus vaste échelle ce qui se pratiquait depuis dix ans au collège Germanique, fondé par saint Ignace en 1552 ; et que le pape Pie IV, tout le premier, en même temps qu'il publiait ce décret, s'y conformait lui-même en chargeant les jésuites de diriger son séminaire Romain (1).

La quatrième partie des constitutions de saint Ignace et le Ratio studîoriiin de la Compagnie doivent donc figurer, à titre de documents complémentaires, parmi les pièces sur lesquelles on appréciera la direction imprimée aux études par le concile de Trente.

Nous pourrions citer en outre des bulles de Paul lil , de Jules m, de Pie IV, de saint Pie V, de Grégoire XIII , de Sixte V et d'un grand nombre d'autres papes , jusqu'à Pie VII, jusqu'à Grégoire XVI, qui attestent que, dans les séminaires , les universités et les collèges dirigés par eux , les jésuites accomplissaient le vœu du saint-siége (2). On n'a pas coutume de récompenser ce qu'on désapprouve : or, dans toutes ces bulles, les faveurs qui leur sont accordées sont motivées par le zèle avec lequel ils forment la jeunesse à la piété aussi bien qu'aux lettres. S'ils se trompent, si leurs méthodes sont pernicieuses, pourquoi donc les encourager? On le comprendra peut-être; la Compagnie de Jésus n'a nullement le droit d'abandonner à la censure du premier venu des règles, des traditions ainsi autorisées pendant trois siècles, et quand le blâme qu'on lui inflige remonte si haut, l'apologie est pour elle un devoir.

et OEcum. Goncilii Tridcntini canonibus et decrctis insertae. — Sess. xxiii, cap. XYiii, no 33.

(1) Voyez Appendice n» 3.

(2) Cf. Du pagatiisme dans l'éducatioti, par V auteur du. Monopole uni" versitaire, etc., p. 75,

Dans cette réforme à laquelle travaillaient les conciles particuliers, mus par les mêmes inspirations que le concile de Trente, trois grands intérêts étaient à protéger : la foi, les mœurs et la science. On verra que rien d'essentiel ne fut omis.

Avisant aux différents moyens d'opérer dans l'Eglise une réforme durable, le concile de Cologne en compte six principaux, et c'est à la restauration des études qu'il donne le premier rang. 11 va sans dire que les études ecclésiastiques le préoccupent d'abord; mais il no néglige pas les autres, et sa sollicitude s'étend également aux gymnases, aux écoles inférieures. Nous lisons au préambule de ses décrets : « La science nécessaire à l'édification de l'Eglise s'acquiert principalement dans les écoles théologiques, véritables pépinières ( semînaria ) du ministère sacré et de la prélature ecclésiastique. Sont-elles florissantes, l'Eglise fleurit aussi dans la personne de ses docteurs et de ses ministres; si, au contraire, elles sont peu fréquentées, tombées en discrédit, l'Eglise n'a plus de ministres tels qu'il lui en faut. Nous ne sommes plus au jour de la Pentecôte, où le souffle de FEsprit-Saint suscitait en un instant des théologiens; on ne les voit pas lever comme des champignons au premier rayon de soleil ; c'est dans les écoles, c'est par de longs travaux qu'ils doivent se former, favorisés néanmoins de l'onction de ce même Esprit. »

Puissent ces paroles être entendues I Elles ont encore de nos jours un merveilleux à-propos.

C'est le choix des maîtres qui attire principalement l'attention des divers conciles. Le concile de Bordeaux prononce qu'en général on pourra dire: Tel maître, tel disciple; paroles que nous avons choisies pour épigraphe de ce

livre (1). Et c'est , dans le fait, la pensée qui domine toute cette réforme de l'éducation. Sur d'autres points , les conciles particuliers ont statué suivant les besoins particuliers des localités; sur celui-ci, nous les trouvons una-^ nimes. A Cologne, à Narbonne, à Milan , à Strasbourg, aussi bien qu'à Bordeaux, on prend à cet égard les mesures les plus sérieuses. Quiconque veut se livrer à l'enseignement , ne fût-ce que celui de la grammaire, est examiné sur ses mœurs et sa doctrine par l'évêque ou ses délégués : telle est la règle. A Bordeaux, on va jusqu'à lui demander quel maître il a eu lui-même , et si ce maître était bon catholique. A vrai dire, celle disposition était capitale, et l'on était sûr, en y tenant la main, de renouveler en peu d'années l'esprit des générations (2).

Prétendre arriver au môme but par une révolution gigantesque dans les livres classiques, n'est-ce pas changer cette base que les conciles avaient posée? Diriger en ce

(1) Fidèle aux traditions de sou antique Eglise, son Em. le cardinal Donnet écrivait Tannée dernière : « Ce n'est pas le choix des livres , ce n'est pas même le choix des méthodes qui importe le plus. Le vrai danger, comme le vrai remède , est dans le choix des maîtres qui expliquent les livres et emploient les méthodes. Tout le monde le sait, et on l'oublie trop : le meilleur livre devient un instrument entre les mains d'un mauvais maître. La meilleure méthode reste stérile avec un professeur inhabile. Le maître sage , instruit et dévoué, trouve des perles dans Ennius et fait du procédé de Lancastre une excellente méthode d'enseignement. Expliqués , commentés par Bossuet > Fénelon, Rollin, Bourdaloue, les auteurs païens peuvent efficacement servir à former des générations fidèles et éclairées. Expliqués, interprétés par des maîii-es incrédules , les Pères de l'Eglise, les livres sacrés eux-mêmes deviendraient peut-être des blasphèmes d'impiété. A-t-on oublié la Bible enfin expliquée de Voltaire et son histoire de l'établissement du christianisme? » — Lettre de so?i Em. le cardinal Donnet, archevêque de Bordeaux, ii Mgr Dupanloup.

(2) Voyez les actes des différenls conciles ; pour celui de Cologne , Labbe , t. XIX, col. 1363; pour le concile de Bordeaux , t. XX, col. 781; de Narbonne , t. XX , col. 1274 ; le troisième de Milan , t. XXI , col. 144 , le synode de Strasbourg , Hartzheim et Scholl, Concilia Germaniœ , t. VI, p. 526, etc

sens tous les efforts , n'est-ce pas égarer le zèle et l'exposer à de graves méprises? Et si le tout est fondé sur les inconcevables préventions dont nous avons parlé tout à Theure , quel résultat en faut-il attendre ?

Signalons maintenant les dispositions particulières touchant la foi , les mœurs et la science.

11 y avait des livres qui mettaient la foi en danger: grammaires, poétiques, rhétoriques, où s'était glissé le poison subtil de l'hérésie. Les jeunes gens qui parcouraient ces sortes d'ouvrages, y cherchant tout autre chose que la science théologique, étaient facilement surpris* l'erreur ainsi déguisée multipliait ses ravages.

On sait le mal que causaient dans les écoles, en Allemagne surtout, ces Colloques oii le sceptique Erasme tourne en dérision les cérémonies de l'Eglise et les Ordres religieux.

Voilà des livres que le concile de Cologne s'empresse de proscrire. Plus tard, l'Index du concile de Trente consacrera ces prohibitions, et nous verrons, dans ses colonnes, plus d'un dictionnaire figurer à côté des théologies protestantes.

La foi trouve encore une garantie dans la mesure qui interdit aux classes inférieures l'étude de l'Ecriture sainte. Aux termes du même concile de Cologne, on ne doit enseigner dans les écoles triviales (celles dont le programme ne dépassait guère le trivium) , que les arts libéraux, tels que grammaire, poétique , rhétorique et arithmétique. C'est aux dimanches et aux fêtes qu'est réservée l'explication litlérale des épîtres et évangiles , des hymnes, des psaumes, des paraboles de Salomon et autres semblables livres de la Bible (1). Cette leçon d'Ecriture sainte est placée par le

(1) « Statuimusque ut in trivialibus nonnisi grammatica, poetica, rhe-

thorica, dialectica, arithmetica et quœ hujusmodi sunt triviales atque libérale artes : Dominicis vero et festis diebus , literalis evangeliorum et epistola-

troisième concile de Milan parmi les exercices religieux du dimanche, entre les vêpres et le catéchisme (1). Le concile de Narbonne défend sévèrement aux maîtres et régents d'expliquer l'Ecriture sainte, soit en public, soit en parti-^ culier (2).

Grâce à ces règles pleines de sagesse, les textes sacrés n'étaient pas exposés, d'une part, aux interprétations arbitraires de professeurs sans mission pour cet enseignement; de l'autre, à la légèreté, à la curiosité inquiète, peut-être aux dédains de Tenfance. La porte des écoles catholiques était fermée au libre examen.

Cet ensemble de dispositions relatives à la foi est couronné par l'enseignement de la doctrine chrétienne, et ici surtout , il faut constater un progrès d'une portée immense : jamais peut-être on n'avait tant fait pour l'intégrité de la foi. Le catéchisme, ce livre essentiellement élémentaire ( l'Ecriture sainte ne l'est pas) , le catéchisme , où le chrétien apprend , dès le premier âge , ce qu'il doit croire et pratiquer toute sa vie, est une des créations de cette époque. Nous y reviendrons, car il sera nécessaire de développer plus au long ce qu'on peut attendre du catéchisme dans une éducation chrétienne bien ordonnée.

mm , hymnorum, psalmorum , parabolarum Salomonis et ejuscemodi sacrorum librorum expositio, pro œtatis illius captu, traditur. » — Ap. Labbe, t. XIX, coL 1364.

(1) « Illud etiam eisdem prsescribat {Episcopus ludimagistris) ut diebus festis scholfe suœ adolescentes puerosve aut ipsi conducant , aut fréquentes illos convenire jubeant ad solemne missae conventualis sacrum , ad verbi Dei conciones, ad divina vesperarum officia , ad sacraru7n litterarum interpretationes, ad doctrinfe christianee scholas et ad alla denique \it8e spirituaiis studia atque exercitationes. » Labbe, t. XXI, col. 144-145. Il s'agit donc ici de la leçon d'Ecriture sainte, qui se faisait et se fait encore à l'Eglise dans une grande partie de l'Italie : institution précieuse que nous espérons voir bientôt se propager en France, grâce surtout à l'initiative de Mgr Févêque de Viviers.

(2) « Magistris et scholarura rectoribus probibetur ne sacraî paginae, iibros publiée vel privatim iuterpretari audeant. » Labbe, t. XX, coL 1275,

Quant aux mœurs , elles avaient leur sauvegarde dans la Règle viiMe l'Index, et dans rinjonction, souvent renouvelée , de ne mettre aucun livre entre les mains des écoliers sans l'approbation des supérieurs ecclésiastiques. Un livre était-il entièrement mauvais , on n'en permettait l'usage en aucune manière; renfermait-il seulement des passages dangereux , on les retranchait. C'est ainsi que saint Charles Borromée prescrivait Horace aux élèves do son petit-séminaire, mais Horace corrigé (1). Saint Ignace avait déjà tracé aux professeurs de son Ordre cette même ligne de conduite. « Qu'on s'abstienne, dit-il, dans les classes d'humanités , d'expliquer à la jeunesse aucun livre renfermant des choses capables de préjudicier aux bonnes mœurs, à moins qu'on n'en ait préalablement retranché toute pensée, toute parole contraire à l'honnêteté. » — Il ajoute : « Si un auteur , Térence par exemple, n'est pas susceptible d*être expurgé, on renoncera plutôt à le voir , de crainte qu'en pareil cas le sujet lui-même ne soit un écueil pour les âmes (2). »

Cette méthode, dont on a dit tant de mal, avait l'approbation du saint-siége , et nous voyons Grégoire Xlll concéder aux religieux de la Compagnie de Jésus la faculté d'expurger, pour l'usage de leurs écoliers, les ouvrages des auteurs païens qui seraient bons d'ailleurs [quorum auctores ethnici, quamvis alioqui boniessent), mais auraient été mis à l'Index à raison des notes, desscholies, des commentaires ou même de l'imprimeur (3) ; autant de moyens dont se servaient les hérétiques pour accroître leur influence. Il

(1) Institutiones ad universum seminarii regimen pertinentes , ab Illustrissimo et Reverendissimo DD. Carolo, S. Praxedis cardinali , archiep. confectœ , iniev Acta Eccl. Med.^ t. II , p. 949.

(2) Institufum SocietatisJesu, ConstUutionumcum declarationibus quarta pars. Cap. -xvi , 2 et D.

(3) Constitution Exponi nobis.

y avait donc, ici encore, des règles déterminées par qui de droit, et fidèlement observées partout où s'exerçait le contrôle de l'autorité spirituelle. Au reste, rien en tout cela qui fût nouveau. Saint Jérôme recommandait de traiter la philosophie païenne comme cette étrangère qui n'était admise dans une famille israélite qu'après avoir été dépouillée de ses ongles et de ses cheveux. Nous avons vu Raban Maur, au ix" siècle, appliquer le précepte de saint Jérôme aux poètes païens dont on faisait usage dans les classes de grammaire de FuldeetdeMayence. Auxvi*» siècle, le P. Gretzer, traitant ce même point de discipline d'après le concile de Trente, saint Charles Borromée et saint Ignace , a recours, comme Raban Maur, au texte de saint Jérôme (1). Avouez pourtant que le xvie siècle (j'entends le x\V siècle des papes, des conciles et des saints) n'était pas si aventureux, si oublieux de la tradition qu'on voulait le faire croire. Quelles violentes accusations ! quelles diatribes à propos de cette expurgation des auteurs ! On s'en souvient : le procédé qui nous était proposé comme seul acceptable , c'était celui du jardinier scythe.

. La science, oui la science, éveilla au plus haut point la sollicitude des conciles : non pas, sans doute, que l'Eglise ait jamais pour but suprême de former des savants; mais parce que les savants peuvent être utiles à sa cause et fortifier les rangs de la milice sacrée.

11 est écrit, dans V Office des Docteurs, que le sage traversa le pays des nations étrangères, cherchant à connaître de l'humanité et le bien et le mal : In terram alienigenarum gentium pertransiet ; hona enim et mala in

(1) Gretzer, de Jure et more prohihendi lihros malos, 1. I, cap, xxvii, opp. t. XIII, p. 89,

hominibus tentahit (1). A nulle autre époque vous ne voyez mieux se réaliser cette parole. Tous les grands controversistes de la fin duxvi^ siècle , les commentateurs distingués de la sainte Ecriture sont également versés dans la science sacrée et la science profane^ dans les antiquités chrétiennes, hébraïques , païennes. N'ayez point d'inquiétude quand vous voyez les pères du concile de Trente permettre à la maturité de l'âge, en cas d'utilité bien entendu, la lecture des pages les plus immondes des anciens (2) ; n'y soupçonnez aucune faiblesse déshonorante pour l'Eglise, l'Eglise en tirera son profit. Parcourez les œuvres d'érudition sacrée de cette époque, vous verrez que Suétone, Apulée, Pétrone^ Ovide y ont été mis à contribution : sans leur secours, il est tel mot de l'écrivain sacré qui n'eût jamais été compris. II était donc bon que cette lecture fût permise aux docteurs , [propter verhorum proprie tatem) ^ en même temps qu'interdite à la jeunesse. Mais cette jeunesse fallait-il lui fermer absolument l'entrée de cette terre étrangère que les docteurs parcourent en son entier ? Oui , s'il était vrai qu'elle dût s'y perdre ; non , s'il y restait d'assez vastes régions qu'elle pouvait visiter sans danger. De la sorte , en jetant les premiers fondements de la science, ces jeunes gens feront, dans la mesure convenable, la double épreuve du bien et du mal; ils verront l'humanité sous ses différents aspects ; ils apprendront à distinguer l'homme déchu de l'homme régénéré en Jésus- Christ : grande leçon qui les affermira dans la foi. Tous ne deviendront pas des docteurs; mais, pour qu'il s'en ren-^ contre quelques-uns , cette initiation commune à l'anti-

(1) BrevlàHum românuiTij commune doctorum , 1» lectio, 1' Noclurni , Dé iibro Ecclesiastici , cap. xxxix.

(2) Sans préjudice de la loi naturelle , qui ne saurait permettre cette lecture à quiconque y trouverait une occasion de péché.

ÛM LE CONCILE

quité est nécessaire. La plupart du moins seront cdpàbleâ de discuter uri texte ^ de résoudre une difficulté, de s'intéresser aux œuvres d'érudition: en un mot, les savants seront entourés d'hommes instruits. Quand le contraire a lieu , nous l'éprouvons , l'avenir de la science est gravement compromis. Peut-être, à ce point de vue, ne trouvera-t-on rien de trop puéril dans la réserve de l'index à l'égard de certains écrits des anciens , non plus que dans cette sollicitude épiscopale qui descend aux moindres détails de l'enseignement littéraire.

Pour moi , j'aime à voir le synode de Strasbourg recommander aux professeurs les vieilles et saines méthodes des Grecs et des Latins, et leur rappeler que la philosophie ne doit jamais être séparée de l'éloquence. C'est comme quand on disait, au moyen âge^ qu'il ne fallait pas rompre l'alliance de Mercure et de Philologie. Ce môme synode déclare que les poètes, objet des premières études de l'enfance, renferment de sérieuses leçons ; ces poêles dont Horace a pu dire :

Âut prodesse volunt, aut dekctare poetœ ; Aut simul et jucunda et idoîiea dicere vitœ ;

et ailleurs :

Onme tulit punctuin qui miscuit utile du Ici , Lectorem delectando pariterque monendo (1).

Parmi les poètes, le synode accorde aux tragiques la préférence sur les comiques, parce qu'ils sont plus féconds en nobles pensées , en sentiments élevés. Mais il blâme sévèrement les maîtres qui font lire à leurs élèves Marullus ou Properce ; tandis qu'il leur serait si facile de trouver dans

(1) Ap. Hartzheim, t. VI , p. 527. :

d'autres poésies l'élégance jointe au respect des mœurs et de la pudeur.

J'aime aussi ce concile de Malines (1570) qui, poiir mettre un terme aux essais multipliés qu'on se permettait en fait de grammaires , au grand préjudice des écoliers , ordonne qu'on s'en tienne à Despautère (1).

J'aime saint Charles Borromée, quand , mettant à exécution un décret de son deuxième concile provincial , il dresse un plan d'études pour son séminaire.

Ce plan est sans doute connu de nos lecteurs : il fait partie des Actes de F Eglise de Milan (2), et il a été, l'année dernière, reproduit en partie par une plume beaucoup plus autorisée que la nôtre (3). Grâce au zèle d'un savant prélat, personne n'ignore aujourd'hui en quelle classe, d'après saint Charles , devaient être expliquées les EpUres familières de Cicéron , et en quelle classe les Offices, le traité de r Amitié ou les Tusculancs ; quel temps était assigné à Ovide, quel temps à Virgile ou Horace: le saint archevêque de Milan traitant des études ne pouvait avoir un plus digne interprète. Ce qui nous reste à faire, c'est de venir, l'histoire à la main , éclairer d'un jour nouveau quelques-unes des réformes accomplies sous les auspices de saint Charles.

Tous les décrets du concile passèrent, avant d'être pubhés , par les mains de saint Charles; les évêques du monde entier avaient constamment les yeux fixés sur lui et le considéraient comme leur règle vivante; les Actes de F Eglise

(1) V.Carranza. Summaconciliorum, t. IV, p. 266. (August. Vind. 1778).

(2) Ihid., t. II, p. 947.

(3) Lettre de Mgr l'év. d'Orléans à MM. les supérieurs , directeurs et professeurs de ses petits-séminaires, et autres ecclésiastiques chargés, dans son diocèse, de l'éducation de la jeunesse, sur remploi des auteurs profanes grecs et latins dans l'enseignement classique-

de Milan sont restés le plus beau monument de sollicitude pastorale qui se soit élevé depuis des siècles : où pourrionsnous chercher avec plus de confiance le véritable esprit catholique ?

Par les soins du saint archevêque , trois établissements principaux s'ouvrirent à Milan : le séminaire, auquel se rattachaient , comme à leur centre , les autres maisons d'éducation cléricale du diocèse ; le collège de Bréra , que sa destination mettait à peu près sur le pied des universités; enfin, un collège des nobles, portant le nom de collège Sainte-Marie. C'était la reproduction fidèle de ce qui existait à Rome dans le séminaire Romain, le collège Roumain et le collège des Nobles : il y a même tout lieu de croire que Pie IV n'avait adopté cette organisation de l'enseignement que d'après les conseils de saint Charles. Les trois établissements romains étaient confiés aux jésuites; il en fut de même de ceux de Milan , au moins pour la première fondation. Plus tard, quand la congrégation des Oblats, instituée dans cette vue par le saint, se trouva suffisamment pourvue de sujets , les jésuites lui remirent le séminaire et le collège des nobles , ne conservant sous leur direction que le collège de Bréra.

Ce dernier, comme le collège Romain dans la ville pontificale, recevait dans ses classes les élèves des autres collèges et ceux du séminaire; nous dirons bientôt dans quelle mesure. Les statuts portaient qu'on y enseignerait gratuitement , outre les hautes sciences , la grammaire et les humanités, et qu'on y prendrait un soin particulier des écoliers pauvres. Saint Charles avait compté sur cet établissement pour relever l'instruction du clergé, et l'auteur de sa vie nous atteste que ses espérances ne furent point vaines (1).

(1) Giussano, L III, c. i.

à H est certain, dit Giussano, que rércction de ce collège est une des entreprises les plus utiles auxquelles saint Charles ait mis la main. Cette école, oii toutes les sciences sont enseignées, est d'un grand secours pour le clergé. L'ignorance, jusque-là générale, a été par là entièrement bannie. On peut désormais sans aucune peine, selon le vœu du concile de Trente, pourvoir les Eglises collégiales de bons théologiens, et confier les prévôtés et autres bénéfices à charge d'âmes à des sujets dignes de l'épiscopat. Bref, les hommes d'érudition et de doctrine ne manquent à l'Eglise dans aucun de ses besoins. Et le bien n'est pas borné à l'Eglise de Milan; toutes celles de la province et d'autres plus éloignées y participent; car, pour jouir des avantages de renseignement gratuit, arrivent chez nous, de près et de loin , nombre d'ecclésiastiques et de laïques , qui viennent y achever leurs études, comme on fait à Rome au collège Romain. »

Les rapports qui existaient entre le séminaire de Milan et le collège de Bréra nous mettent sur la voie de la conformité assez frappante du plan d'études dressé par saint Charles avec le Ratio studiorum de la Compagnie de Jésus. Des deux côtés, par exemple, on suit même grammaire , même rhétorique : la grammaire d'Emmanuel Alvarez et la rhétorique de Cyprien Soarez , deux jésuites du collège d'Evora» Quant au choix des classiques, il est le même, à cette différence près que le programme du séminaire est un peu moins étendu.

Nous ne pouvons ni ne voulons faire la revue complète des matières assignées à chaque classe, promenade pédagogique où bien peu de lecteurs seraient d'humeur à nous suivre. Comme il faut néanmoins en venir à quelque détail, entre tous ceux qui se présentent, j'en choisis un, et je

éoB LÉ CONCILE

m'arrête à la rhétorique. Nous allons voir de quelle manière elle s'enseignait à Milan au temps de saint Charles Borromée. Par là, du moins, nous sortirons de ces données vagues et confuses dont on s'est trop souvent contenté, cjuand On a voulu apprécier les tendances religieuses et morales du système d'éducation inauguré à la suite du concile de Trente.

Mais bientôt nous aurons recours au témoignage du P. Antoine Possevin. Faut-il passer outre, sans dire mot des opinions singulières qu'on lui attribue? Ce n'est pas possible. Vidons tout d'abord ce petit débat* D'ailleurs, ce ne sera pas peine perdue, et il en rejaillira quelque clarté sur la situation tout entière.

Possevin , s'il fallait s'en rapporter à de récents écrits, aurait hautement désapprouvé les méthodes de son Institut, puisqu'il se serait prononcé contre l'usage des classiques païens, usage, comme tout le monde le sait, sanctionné par le Ratio sludiorum. Quoi donc! ce religieux, qui vécut en parfaite harmonie avec ses supérieurs, se serait mis en contradiction flagrante avec eux? On ne s'est pas arrêté pour si peu , et le paradoxe a été trouvé de fort bon goût, à ce qu'il nous semble.

Quand cela fut écrit pour la première fois, nous-même, presque journellement , nous faisions usage de la Bibliothèque de Possevin, ouvrage encyclopédique, où sont résumées toutes les matières de l'enseignement depuis l'Ecriture sainte jusqu'à la rhétorique : et pas une fois il ne nous était venu à l'esprit que Possevin fût un adversaire de son Institut. Il y a plus : les pages que nous avions sous les yeux nous semblaient un excellent commentaire du Ratio studiorum {{) .

(1) Si Possevin avait varié , c'est toujours dans sa Bibliothèque qu'il fau-

Ce qui expliquera peut-être notre aveuglement, c'est que Possevin, dans sa Bibliolhèque , parle en termes favorables du collège Romain; or, le collège Romain, qu'est-ce autre chose que le Ralio studiorum mis en pratique ?

En second lieu , Possevin applaudit à la prudence qui a présidé à la rédaction de ce plan d'études : il nous apprend que cela s'est fait à Rome , sous les yeux de Grégoire Xlll ; qu'on y a employé le concours des religieux les plus graves , venus de toutes les extrémités de l'Europe ; qu'on n'a épargné ni le jeune ni la prière pour attirer sur les consul- *eurs les lumières du Ciel. En tout cela, nous n'avions vu rien qui ressemblât à une censure.

Enfin, Possevin déclare (et c'en était assez pour mettre le comble à notre illusion) qu'il se propose, dans sa Bibliothèque , chaque fois que l'occasion s'en présentera , de se faire l'interprète de ce même Ralio studiorum : a Ilœc igitur, ad Dei gloriam, in societate nostra, ratio studiorum inita est, de qua postea, quœ quidem a nostro instituto non abhorrent , quantum sat erit, suis locis erunt attingenda (1). »

On conviendra que, si nous nous trompions, ce n'était pas absolument notre faute.

Grande fut donc notre surprise quand il nous revint, par la voie de la presse, que ces méthodes solennellement

drait chercher sa dernière pensée, puisque cet ouvrage fut imprimé pour la première fois en 1593, c'est-à-dire quatre années après le voyage à Lucques et Fallocution aux habitants de cette république où Ton a cru voir une opinion différente.

(1) Bibliotheca seleda, 1. I, c. xxxix et xl. — Yenetiis 1603. - Au reste, ce n'est pas sans raison qu'on attache quelque prix aux sentiments d'un religieux que saint Pie V appelait : /iom«?iew pium, nec minus sanctitate quam doctrina prœstantenu V. le 2« livre de sa Vie par le P. Dorigny.

â60 LE CONCILE

acceptées par Possevin , Possevin les avait réprouvées. On alléguait des fragments d'un opuscule italien qui ne figure pas dans la collection de ses œuvres , d'un discours prononcé à Lucques, dont on négligeait, nous ignorons pourquoi , de faire connaître la provenance. Nous n'avons pas révoqué en doute l'authenticité du Ragionamento ; mais, depuis que nous l'avons lu , nous tenons pour assuré qu'il est de Possevin, car, d'un bout à l'autre, nous y avons retrouvé les sentiments exprimés dans la Bibliothèque.

D'où vient donc ce malentendu ?

De l'idée fausse qu'on s'était formée des autres membres du même Ordre voués à l'enseignement. Avait-on lu leurs ouvrages pédagogiques? non, car, pour un Possevin, on en aurait rencontré mille. On était parti de là, que le paganisme, durant trois siècles, avait régné exclusivement dans les collèges chrétiens, et que les maîtres eux-mêmes étaient païens, ou à peu près. Possevin devenait alors un personnage à part, une sorte de Savonarole qui perdait son temps à prêcher ses confrères.

Ils étaient païens de la même manière que lui : ne proscrivant Cicéron ni Virgile, ne négligeant pas toutefois Toccasion de faire admirer à leurs élèves l'éloquence des saints Pères, et plaçant la poésie de la Bible au-dessus de celle d'Homère. La preuve en est que Possevin , alors même qu'il flétrissait le paganisme de certaines écoles du xvi^ siècle, recommandait aux professeurs et les discours sur la poésie du P. Benci , et les Progymnasmata Rhe~ toricœ du P. Pontanus, et la petite rhétorique du P. Cyprien Soarez : c'était, en grande partie, sur ces ouvrages sortis des collèges de la Compagnie qu'il fondait ses espérances de réforme i

Choisissez donc, et rendez justice aux confrères de Possevin aussi bien qu'à lui, ou bien condamnez-les tous ensemble.

Que veut-il dans son allocution aux habitants de Lucques, dans ce Ragionamenlo tant commenté?

Il veut que Ton observe le concile de Latran , relativement à l'enseignement de la doctrine chrétienne , et que les fruits de cet enseignement ne soient pas étouffés par la lecture quotidienne de Térence ou de tel autre livre plein d'impiétés (1).

Mais il ne veut pas que des fils de marchands se fassent nne nécessité de connaître tous les auteurs latins, bons et mauvais; ni que ceux d'entre eux qui se destinent à la jurisprudence s'imaginent ne pouvoir comprendre les Pandectes ou les rares fragments de la Loi des douze Tables , s'ils n'ont lu les poëtes comiques, les odes d'Horace, les épigrammes de Martial : et même, pour détruire l'excessif engouement de ses auditeurs à cet endroit, il ne se fait pas faute de leur déclarer qu'Homère et Virgile ont plus d'une fois encouru , par certains passages de leurs poëmes , l'indignation des saints Pères et des philosophes païens.

Réprouve-t-il pour cela tous les classiques païens? Non ; car, s'étant fait à lui-même cette objection : On ne saurait apprendre le latin sans leur secours; — il répond que, bien

(J) u Quanto vi pare che quadri (poicbè ragiono a persone giudiziose e pratiche) che in una botte sincera s'infonda un bicchier di vino dolce , puro , defecato, cioè un poco di catecbismo la settimana , c ad un tempo yï si versino dentro i barili interi d'aceto, di liquore di muffa ed ogni altra sorte di vino putrido? cioè ogni giorno i Terenzj e l'altre empiéta ! » p. 20.

Nous ne sommes pas lié , pour notre part , par l'extrême discrétion qui a empêché jusqu'à ce jour ceux qui citaient le Bagionamento de Possevin de dire où il a été publié. C'est dans l'excellent recueil italien dirigé par l'abbé Cavedoni : Memorie di Religione , m Morale et di Letteratura, t. XVI, fascicolo XLVi. Modène, 1829. — On trouvera une analyse et de longs fragments du Ragionamento dans notre Appendice n» 4,

â6â LE CONCILE

loin de les interdire, il veut qu'on les lise , mais avec choix, et en réservant pour les études privées de Vâge mûr ( il ne parle pas de l'adolescence) ceux d'entre eux qui seraient funestes au jeune âge (1).

Cette proscription absolue est si loin de sa pensée, qu'une grande partie de son allocution est employée à enseigner aux professeurs de Lucques le parti qu'ils peuvent tirer des auteurs païens pour former le cœur de leurs élèves et les fortifier dans la foi. 11 leur rappelle que Dieu est partout et qu'on peut le trouver en classe, en expliquant Cicéron. C'est alors qu'il expose sa méthode , qui nous était connue depuis longtemps; elle se résume en ces mots de Jouvency : Auclorum interpretatio sit ejusmodi ut scriptores , quamvis Etlmici et Profani , omnes fiant quodammodo Cliristiprcecônes. »

Faites-y bien attention , les reproches de Possevin ont pour objet l'usage des comiques latins , de Catulle, de Tibulle, de Properce, de Martial et d'Horace, qui probablement était expliqué en entier dans les écoles de Lucques. Et le concile de Trente? allez- vous dire. — • Mais il est bien

(1) « Ma questa obbiezione va subito a terra quaudo iiitendano che non solo non si prétende che si tolga Vuso de'buoni autori latini onesti , ancorchè etnici e gentili; anzi che si leggano , ma con quel modo che veramente ne la vita si spenda indarno più in favole , che in verità , ne le anime prima clie siano corroboratc con quei sodi fondamenti délia pietà , i quali ancora da eleganlissimi libri possono impararsi (V. G. le catéchisme du concile de Trente qu'il nomme ailleurs ) , dieno di piglio a quegli autori o poeti i quali da poi in età matura e con sensi atti a discernere il ben dal maie, e senza pericolo di danno, potranno ima vol ta o più scorrersi per se stessi. pag'. 31. » — Constatons ici que Possevin ne distingue pas Venfance de l'adO' lescence , mais la jeunesse de l'âge mûr : il ne veut pas que l'on fasse lire aux écoliers des livres qu'ils pourront parcourir sans danger dans Vûge nwr et en leur particulier, m eta matura , per se stessi. Ce sont les mêmes que l'Index permet aux hommes faits , propter sermonis elegantiam et proprietatem. Les erreurs s'enchaînent comme les vérités; on avait mal compris la ,l^!ègle vu» de l'Index, on n'a pas mieux compris le langage du P. -Possevin.

clair que ses effets ne se faisaient encore sentir que très^ imparfaitement dans celte république. Aussi Possevin a-t-il besoin de déclarer aux Lucquois qu'il ne \ ient pas tout bouleverser cbez eux. Ils ont des magistrats chargés de la surveillance des écoles; ils possèdent aussi des professeurs instruits , mais qui suivent encore la vieille méthode, faute d'en bien connaître une autre ; Monseigneur leur évéque et ks églises collégiales ont déjà quelque chose qui ressemble à des séminaires ; que leur faut-il de plus ? Apprcudro une méthode d'éducation dont la bonté leur est démontrée par l'Ecriture sainte, les anciens Pères, les conciles et la pratique d'un grand nombre de provinces et d'universités (1).

La iransition de la renaissance à l'ère du concile de Trente ne saurait être mise dans un plus grand jour. Quit^ tons Lucques et retournons à Milan, où la réforme a marché plus vite et où la vieille méthode est abandonnée.

Les actes de l'Eglise de Milan , aussi bien que le Ratio studiorum, portent que, pendant le second semestre de la classe d'Humanité y on verra la rhétorique de Cyprien et les discours les plus faciles de Cicéron,

(1) « .. .Mentre ragiono di queslo , non penso ne a cangiamenti di scuole , ne a mutazion di macstri di esse , ne parimente a carico alcuno; ma siccome e le scuole lianno da questa vepublica principali gentiluomini assegnati per sopraintendi , e maestri di scuola letterati che non hanno potuto seguire se non il vecchio uso per dubbio d'altro; et poi che Monsignore Reverendissimo cd altre Collégiale hanno già qualche spezie di Seminarj , cosi sentano attentamente il niodo che potrà tenersi tanto più sicuramente, qnanto non apporterô altro , che quel che con la pratica di moite università e proviiicie Dio ha mostrato per se stesso , pe' padri antichi, pe' conciij, e per mille altri argomenti. pag. 22. » —GeUe lenteur dans l'adoption des réformes s'explique peut-être par l'instabilité du gouvernement républicain de Lucques. Tous les deux mois , les magistrats étaient renouvelés; encore le gonfalonier qui présidait le conseil des anciens devait-il être pris successivemenl dans chacun des trois quartiers de la ville. En 1589, époque de la visite de Possevin, révêque, Alexandre Giudiccioni, devait être très-âgé, puisque Ughelli nous dit qu'à sa mort, arrivée en 1605 , il était presque le doyen de l'épiscopat. Cela pouvait aussi .contribuer à faire durer à Lucques // vecchio uso.

Wi LE CONCILE

Le P. Cyprien Soarez, longtemps préfet des études à Evora, avait professé tour à tour la rhétorique et la théologie dans plusieurs universités de Portugal. Sa rhétorique, désignée dans le Ratio sous le nom d'abrégé (brevis summa), se dislingue en effet par son extrême brièveté. Elle est di^ visée en trois livres , qui traitent séparément de l'invention, de la disposition et de l'élocution. L'auteur, ainsi s'en explique-t"il dans son avant-propos , n'a pas eu la prétention de faire un ouvrage nouveau ; mais, afin de faciliter à la jeunesse l'étude d'Aristote, de Cicéron et de Quintilien, qui seront éternellement nos maîtres, quoi qu'on en dise, il a puisé dans leurs écrits les notions les plus élémentaires de l'art oratoire; ces notions, il les présente aux écoliers sans amplification, sans subtilité , sans recherche , à la manière de Cassiodore ou d'Alcuin. On se rappelle peut-être ces moines du xii' siècle qui , lorsqu'ils transplantaient à Cambridge les méthodes de Fleury, expliquaient à leurs élèves Cicéron et Quintilien; Cyprien Soarez n'est pas de la même époque , mais il est de la même école.

Quoi ! le rhéteur du xvi^ siècle ne serait pas plus qu'eux épris de l'antiquité païenne ? Il aurait leur sagesse et leurs sentiments chrétiens ?

Là-dessus, comme sur tout le reste, on peut se faire une opinion a priori. Pour nous, nous aimons mieux en croire nos propres yeux et ne prononcer que sur pièces. Comme le P. Cyprien expose lui-même ses principes dans son Proœmium, nous n'avons pas besoin de les chercher ailleurs. Nous citons (1).

(1) Be Arte rhetorica libri très ex Aristotele , Cicérone et Quintiliano prœciime deprompti, Auctore Cypriano Soarez, Soc. Jesu-Autiierpia 1722. Bien d'autres éditions avaient précédé celle-là. On voit qu'il restait encore au xviiF siècle quelque chose de l'éducation inaugurée par le concile de Trente.

(( Pour rendre l'éloquence vraiment utile, il faut la purifier selon les préceptes du christianisme. Lorsque la yigne épaissit son feuillage et disperse en tout sens l'exubérance de sa sève, un habile vigneron vient-il l'arrêter le fer à la main, elle en devient plus belle et plus fertile. Il en est de même de l'éloquence : cultivée d'abord par des hommes étrangers à la loi de Dieu , elle s'est trouvée défigurée par toutes sortes d'erreurs; retranchez-les, elle reprendra aussitôt sa merveilleuse beauté. Quintilien , avec les anciens rhéteurs, permettait aux orateurs le mensonge, si sévèrement interdit par la loi de Dieu ; voilà ce qu'il vous faut retrancher. Retranchez encore l'insolence et la détestable manie de déchirer un adversaire, de l'accabler d'ou^ trages, d'injures et d'insultes : — plût à Dieu que Démosthène et Gicéron ne se fussent pas donné en ce genre toute espèce de liberté ! Retranchez l'arrogance et cette soif de vains applaudissements qui va jusqu'à émousser le jugement. Qu'on comprenne aussi qu'il est inique d'amasser des nuages autour de ses auditeurs , pour les empêcher de voir les choses telles qu'elles sont, surprendre leur conscience et fausser leur suffrage; toutes choses familières aux orateurs de Rome et de la Grèce. »

Certes , le P. Cyprien ne paraît pas trop engoué de Cicéron et de Démosthène. Ecoutons maintenant ce qu'il pense des saints Pères.

« Quand vous aurez fait disparaître toutes ces souillures, alors commencera à se révéler à vous la céleste et divine beauté de l'éloquence chrétienne. Sa grandeur, son excellence croîtront à vos yeux à mesure que vous la verrez appliquée aux plus nobles intérêts de l'humanité; soit qu'elle célèbre les louanges du Dieu très-grand et très-bon qui a donné aux hommes le langage, soit qu'elle resserre les liens

par lesquels sont unis entre eux les différents membres de la société, Telle est cette éloquence chrétienne dont Grégoire et Basile , ces deux illustres amis , égaux en science , égaux en sainteté, ont fait un si magnifique usage, et contre laquelle se sont brisés tous les assauts de Julien, le plus acharné, le plus pervers des ennemis de notre foi. C'est elle qui éleva si haut le vertueux Athanase ; ni les orages terribles suspendus sur sa tête, ni les avantages humains dont on le flattait, ne l'arrêtèrent dans sa course, et il finit par triompher de l'audace impie et criminelle d*Arius. Elle a illustré les Chrysostome, les Ambroise, les Jérôme, les Cyprien , ces grandes lumières de l'Eglise. Je ne parle pas de tant d'autres; leur nombre répond à la gloire du nom chrétien. Si quelqu'un veut imiter ces grands modèles, qu'il s'applique à l'éloquence chrétienne. C'est par la méditation assidue des choses saintes, l'amour de Jésus-Christ et la culture des sciences les plus sublimes qu'elle s'épanouit dans toute sa fleur. »

Par là vous connaissez l'esprit qui animait Cyprien Soarez, notre rhéteur du xvr siècle.

Voulez-vous voir maintenant ce que c'est qu'un jugement a priori , combien il diffère d'un jugement fondé tout simplement sur l'examen des faits? Ecoulez la formule d'une thèse sur laquelle on a écrit un gros livre :

« Exalter les païens et mépriser nos pères dans la foi, (( tel est depuis trois siècles le fonds obligé de l'éduca- « TioN publique en Europe. »

(Le Ver rongeur, etc., p. 276.)

Passons, et ne parlons plus désormais ni de l'auteur ni du livre; mais poursuivons notre visite dans les écoIe,s de saint Charles Borromée.

Ces grands modèles d'éloquence sacrée dont parle Soarez, on les faisait connaître aux jeunes gens. Cette année-là même, au collège de Bréra, ils étudiaient saint Basile et saint Jean Chrysostome; au séminaire, où le grec n'était pas enseigné, on leur mettait entre les mains les Ofjîces de saint Ambroise : touchant hommage rendu par le saint archevêque à son illustre prédécesseur.

Le cours d^ Humanité terminé, les élèves du séminaire se partageaient en deux classes. A l'une appartenaient les sujets dont l'intelligence était trop tardive , l'âge trop avancé , pour qu'il leur fût avantageux d'être appliqués plus longtemps aux belles-lettres : il n'y avait pas pour eux de rhétorique classique, mais, après une année de logique, ils étudiaient les Cas de conscience, le catéchisme du concile de Trente, et enfin l'Ecriture sainte, dont la rhétorique ecclésiastique formait le complément. L'autre classe se composait de ceux en qui la jeunesse était unie à des dispositions plus heureuses ; envoyés au collège de Bréra, ils en suivaient les cours jusqu'à la fin de leur théologie, et se trouvaient par conséquent, pour la rhétorique, sous le régime du Ratio studiorum.

Initiés , par le manuel de Cyprien , aux préceptes de l'art oratoire, ils s'approchaient enfin des sources et faisaient connaissance avec les maîtres : Cicéron , Aristote , Quintilien, qu'on leur expliquait chaque jour. Ils lisaient aussi les discours de Cicéron et de Démosthène ; on ne leur proposait que des modèles anciens et vraiment classiques, parmi lesquels devaient être comptés saint Grégoire de Nazianze, saint Basile et saint Jean Chrysostome,

C'est le Ratio que je viens de citer.

Où est, je le demande , où est le paganisme en tout ceci? Car tel est l'étrange reproche qu'on adresse à cet enseigna-

ment , avec une persistance dont nous avons droit d'être surpris.

Infliger une juste flétrissure à la morale des anciens, cette morale qui permettait aux orateurs le mensonge, le sophisme et la calomnie ; assigner pour destination à l'éloquence de célébrer les louanges de Dieu , de resserrer les liens de la société humaine; rendre hommage aux Ambroise, aux Basile, aux Chrysostome , les faire admirer dans leurs plus belles œuvres j proposer enfin l'amour de Jésus-Christ comme l'unique moyen de marcher sur leurs traces : c'est ce que faisaient Gyprien Soarez et les rhéteurs du x\f siècle appelés par saint Charles dans son diocèse ; si tout cela est aujourd'hui du paganisme , je ne comprends plus rien à la valeur des termes, et je souhaite ardemment, j'en conviens, qu'un tel paganisme se propage de plus en plus dans les collèges chrétiens.

Nous avons parlé de rhétorique ecclésiastique , il est bon de faire connaître en quoi elle consistait à Milan.

Comme ce mot était pris dans son acception sérieuse , on ne pensait pas qu'avant d'avoir étudié la théologie et l'Ecriture sainte, les jeunes gens fussent capables de s'y appliquer. 11 y avait donc des traités spéciaux pour les jeunes lévites ; mais ces traités servaient au professeur d'éloquence profane, quand celui-ci avait à s'occuper des saints Pères. La Rhétorique ecclésiastique du séminaire de Milan avait pour auteur Augustin Valiero , alors évêque de Vérone, depuis cardinal. Ailleurs, on suivait celle du vénérable Louis de Grenade. C'est ainsi que les hommes les plus éminents par leur dignité, leur science, leurs vertus, prenaient une part personnelle à celte restauration chrétienne des études. Charles Borromée, Augustin Valiero, Louis de Grenade, Cyprien Soarez, agissaient de

concert et dans un même but ; nous en avons pour garant le P. Antoine Possevin.

Le passage que nous allons citer, extrait de sa Bibliothèque, se trouve aussi équivalemment dans l'allocution aux habitants de Lucques.

Possevin venait de recommander aux professeurs les ouvrages de plusieurs jésuites : ceux de Jacques Pontanus , de Jean Perpinien, de François Benci. Puis, portant ses regards sur le passé , il avait pris soin de signaler les pièges tendus aux écoliers dans des écrits du même genre composés au commencement du xvi^ siècle.

« Enfin, poursuit-il, par l'infinie miséricorde de Dieu, on a rejeté ces écrits empestés, où les mauvais philologues et surtout les hérétiques avaient semé des exemples et des arguments contraires à la foi catholique, pour perdre la jeunesse et tout le peuple avec elle. Non-seulement les nôtres se sont mis à l'œuvre, comme Cyprien Soarez, mais encore, à la prière de l'excellent cardinal Charles Borromée , Augustin Valiero, alors évêque de Vérone, et depuis élevé lui-même au cardinalat, a composé pour l'usage des clercs une Rhétorique ecclésiastique en trois livres , ouvrage vraiment chrétien, dont la seconde édition , beaucoup plus ample que la première, a été faite à Rome en 1576. 11 sera très-utile d'établir des parallèles entre cet ouvrage et les traités de rhétorique de Cicéron. J'en fais juges tous ceux qui ont reçu, comme les anges, la mission de conduire les âmes à Dieu (1).

Dans le chapitre suivant, il ajoute :

« Vers le même temps, et comme par une même inspi,ration , un illustre théologien de la famille de saint Domi-

(i) Bibliotheca selecta, 1. XVIÎI, Tract. II, c. vi.

270 tE CONCILE

nique, Louis de Grenade, s'est mis à composer une autre Rhétorique ecclésiastique, qu'il a aussi intitulée De Part de la prédication. Cet ouvrage , divisé en six livres, est dédié par l'auteur aux membres de notre Compagnie qui dirigent l'université d'Evora. C'est, au jugement des meilleurs théologiens, l'ouvrage de Vaîiero développé (1). »

A la vue de tous ces travaux , et de la régénération qui s'opère dans les écoles , grâce au zèle de tant de saints personnages , Possevin ne peut contenir sa joie, et il emprunte pour l'exprimer ces paroles de la sainte Ecriture : Aperta suntprata, et apparuerunt herbœ virentes , et collecta sunt fœna de montibus.

Vous avez vu pourquoi Possevin tenait à Lucques un langage tout différent. Et que penser maintenant des hommes qui font retomber ses reproches sur ceux qu'il jugeait dignes de ses éloges ?

Ces germes, qu'il voyait éclore, ne furent pas étouffée en naissant; nous pourrions, si nous en avions le loisir,

(1) Bibliotheca selécta, c. vu. Comparez ceci avec le passage suivant du Ragionamento ' «... délia Rettorica o délie Rettoriche di Cicérone, délie partizioni, de'' libri che scrisse delV oratore, quale pin felice o féconda para-, frasi potrà essere , che accoj:)piandovisi ad un medesimo tempo cib che sapientissimamente e santamente il S. Borromeo Cardinale di S. Prassede (S. Sommo (?), les cardinaux n'ayant pris le titre d'émincnce que sous Urbain Vlll) desidero, e Monsignor Valerio (d'autres le nomment constamment Valiero) allora Vescovo, ara Cardinale di Verona scrisse, facendo una brevissima ed utilissima rettorica non solo per i cherici , ma per ogni sorte di Cristiani '/ Non mi stendo ora a quella del Granata o simili; perciocchè chi darà un' occhiata a quella del detto Cardinal di Verona. vedrà quanto superarono gli oratori Cristiani Varie degli Oratoripiii famosi di Grecia o di Roma, e quanta efficacia alla conservazionc dello stato e délie republiche spirano que'raodi e concetti non solo vestiti di proprio stile ma animati da vivezza di Spirito Santo. Ragionamento^ p. 40.»— Ou comprend dans quel sens ces rhétoriques ecclésiastiques servent non-seulement aux clercs, mais encore aux laïques : c'est par la comparaison qu'on en fait avec les traités de Gicéron. Observons que Louis de Grenade dédia sa Rhétorique ecclésiastique à l'université où Gyprien Soarez exerçait les fonctions de Préfet des études . ,

montrer comment ils se sont développés au sein des écoles du xvii^ siècle. Qu'on ouvre seulement la rhétorique du P. Gaussin,qui fut professeur à Rouen, à Paris, à La Flèche, dans les premières années du règne de Louis XIII (1). Elle porte ce titre : De V éloquence sacrée et humaine; titre qui annonce parfaitement les intentions de Fauteur. Caussin distingue trois sortes d'éloquence. La première , c'est l'éloquence divine, qui ne s'apprend pas sur les bancs, ni aux moyens des préceptes, et dont l'Esprit de Dieu est le seul maître : telle fut l'éloquence de Moïse et de saint Paul. La seconde est l'éloquence héroïque. Elle tient à la fois de l'humain et du divin , et, si elle n'est pas infuse, elle reçoit d'en haut une fécondité plus qu'ordinaire. Les Basile, les Grégoire, les Chrysostome y ont excellé | car ils avaient étudié dans leur enfance l'art oratoire, après quoi les eaux du Ciel leur ont été versées, et, devenus semblables à de grands fleuves, ils ont répandu dans toute l'Eglise l'abondance et la vie. Vient en troisième lieu l'éloquence hûntaine. Elle est virile, sage, élevée, nerveuse ^ sans toutefois exclure la grâce. Où en trouver le type , sinon dans Cicéron et Démosthène? Mais Caussin déclare indigne de ce nom l'art de marier ensemble des mots sonores , d'arrondir des périodes, cet art cher aux Grecs de la décadence^ il compare ceux qui n'en connaissent point d'autre à ces habitants des villes qui, privés du grand air et de la vue des champs, suspendent à leur fenêtre un pot de fleurs. Cette éloquence n'est pas humaine , mais puérile. Il laisse donc ces jouets pour traiter de l'éloquence humaine et de l'éloquence héroïque; et la richesse des matériaux qu'il met

(1) Nicolai Caussini Trecensis, e Societatc Jesu, de eloquentia sacra et humana lihrî XVI, Parisiis , 1643.

en œuvre répond parfaitement à la largeur de ce plan» A côté de maîtres de l'éloquence profane , vous ne compterez pas moins de vingt-cinq Pères de l'Eglise et autres écrivains sacrés dont il cite de longs fragments. Vous remarquerez les définitions des passions empruntées à saint Denys et à l'Ange de l'Ecole; les attributs de Dieu célébrés par la bouche de saint Grégoire de Nazianze, d'Arnobe, de saint Bernard; tout ce qui concerne l'homme, la nature, la société, décrit par saint Basile, saint Ambroise, Théophylacte; et il est juste aussi d'ajouter que Caussin n'a pas négligé les rhétoriques les plus accréditées au moyen âge, celles de Cassiodore, de Bède et d'Alcuin (1).

C'est dans les quatorzième et quinzième livres (l'ouvrage en compte seize) que sont exposés les préceptes particuliers de l'éloquence sacrée. Le seizième est intitulé Chrysostomus siveidea. Ainsi, en arrivant au terme, c'est dans un Père de l'Eglise qu'on cherche l'idéal, et cette étude sérieuse de saint Jean Chrysostome couronne tous les travaux du jeune orateur.

Tels étaient les maîtres , aujourd'hui réputés païens , sous lesquels s'étaient formés les Bossuet et les Bourdaloue. Mais revenons encore à saint Charles.

Cette combinaison, dont on aura sans doute été frappé, qui, divisant en deux catégories les élèves du séminaire, applique les uns — ce sont les plus jeunes et les mieux doués — à la rhétorique profane , et ne laisse aux autres que la rhétorique ecclésiastique , servant de complément au cours d'Ecriture sainte; — cette combinaison , disonsnous, assurément pleine d'importance, avait pour appui

(1) Bède ne nous a pas laissé de rhétorique proprement dite , mais seu= lement deux opuscules sur les tropes et les figures de TEcriture sainte, et qui se rattachent par conséquent à la rhétorique sacrée.

une autorité sinon plus vénérable, du moins plus ancienne que celle de Tarchevêque de Milan.

Plus d'une fois , dans les institutions du moyen âge, nous avons retrouvé la trace lumineuse de saint Augustin. Nous avons vu son traité de la Doctrine chrélienne exercer sur les études ecclésiastiques une influence remarquable, influence qu'il nous a été donné de constater dans les écrits de Cassiodore, d'Alcuin, de Raban Maur. Quand saint Charles rédigeait ses règlements sur la rhétorique, il avait aussi sous les yeux le même traité. On se rappelle que saint Augustin, après trois livres consacrés à l'Ecriture sainte j enseigne, dans le quatrième, la manière d'annoncer au peuple les vérités recueillies par cette étude : en d'autres termes, sa rhétorique ecclésiastique fait suite à son cours d'Ecriture sainte. Cette même dépendance est dans le plan de saint Charles, et il veut que, dans son séminaire, les deux enseignements marchent de front. Autre analogie. En même temps que saint Augustin invite les clercs jeunes encore et doués de talents naturels à étudier la rhétorique profane dans les écoles du dehors, il éloigne de ces écoles ceux qui auraient peu d'espoir d'y réussir proniptementj ou qui, plus avancés en âge, doivent être appelés sous un terme assez prochain aux fonctions sacerdotales. N'est-ce pas à la lettre le plan de saint Charles (1) ? Lisez les Actes

(1) Au commencement de son quatrième livre de la Doctrine chrétienne ^ saint Augustin avertit ses lecteurs qu'il n'a point dessein de l'aire un cours de rhétorique profane. « Primo itaque expectalionem legcntiuni qui forte me putant rhetorica daturum esse prœcepta , quœ in scholis sœcularibus et didici €t docui , ista prœlocutione cohibeo , atque ut a me non expectentm-, admoneo : non quod nihil habeant utllitalis; sed quod si quid habcnt, seorsum discendum est , si cui fortassis bono vira etiatn hœc vacat discere , etc. » L'éloquence pouvant servir à la défense de la vérité , il ne faut pas la mépriser; ceux qui ont l'espoir de s'y former en peu de temps feront bien de s'y appliquer en dehors des écoles etclésiàstiqucs. « Extra ista>i littéral

IS

ili' LE CONCILE

de l'Eglise de Milan , vous verrez avec quel soin il a fixé la mesure de talent que doit avoir un clerc, l'âge qu'il ne doit pas dépasser, pour être envoyé au collège de Bréra , et pour étudier à fond, selon les prescriptions du Ratio Ùudiorûm; Aristôte, Gicéron et Démosthène.

Conime les traditions sont durables dans l'Eglise catholique! comme le présent s'y rattache au passé! Et quoi de plus vénérable que cette sagesse épiscopale, toujours semblable à elle-même après un intervalle de douze siècles , n'ayant qu'un langage à Hippone et à 3Iilan , soit qu'elle parle par la bouche d'un saint Augustin, soit qu'elle ait pour organe un saint Charles Borromée ?

On s'est pourtant permis de bien étranges réflexions au

nostras , seposito ad hoc congrue temporis spatio, apta et convenienti œtate, discenda sunt (prœcepta) eis qui hœC celeriter possunt. » Mais ceci ne s'adresse pas aux sujets que réclameront bientôt les besoins de l'Eglise. « Satis est ut adolescentulorum ista sit cura , nec ipsorum omnium quos utllitatl ecclesiasticœ cupimus erudiri ; sed eorum quos nondum magis urgensy et huic rei sine dubio prœponenda nécessitas occupavit. » — De Doctr. christ., 1. IV, 2-4.

Voici maintenant les règles posées par saint Charles.

« Ex liac classe (humanitatis) deligantur qui deinde variis disciplinis incumbant, prout in litteris bumanioribus prokccv'ini, animadverso uniuscujusque ingenii acumine ^ stylo ^ et œtate sacerdotio magis vel minus propinqua , ut copiosius infra dicetur. » Il éloigne d'abord de la rhétorique tous ceux qui sont évidemment dépourvus de talents littéraires ou qui ont atteint leur vingtième année. Pour les sujets âgés de dix-neuf ans , il statue ainsi : « Qui ad decimum nonum a:tatis annum pervenerint, nisi prœ ceteris in stylo singulare quoddam spécimen dent , et non exiguos in rbetorica progressus polliceantur, ad rbetoricam ne admittantur; sed si eodem loco sint, quo superiores , iisdem quibus illi legibus subjiciantur. » Viennent ensuite les sujets au-dessous de dix-neuf: « Qui decimum nonum annum nondum attigerint, si ad rlietoricœ studia idoneos se ostendant, ad rbetoricam admittantur, etc. » On ne demande à ceux-ci qu'une capacité ordinaire.

Enfin , saint Charles envoie au collège de Bréra les sujets compris dans ces dernières catégories : « Qui ad rbetoricam admissi fuerint , necnon pbilosophiœ et theologia; operam daturi, a praeceptoribus collegii Braidensis eas disciplinas audiant. » {Acta. Eccl. Med., t. II, p. 949.)

On ne pouvait mettre plus de soin à se tenir dans la ligne tracée par saint Augustin.

sujet de ce plan d'études. Où ne pousse pas le désir de faire triompher un système? H fallait jeter du discrédit sur tons Tes programmes du xvi'' siècle, et celui de saint Charles en était un. Gomment s'y prendre? A Dieu ne plaise que nous rapportions la pièce d'éloquence à laquelle ce beau projet a donné lieu ; nous dirons la chose en deux mots, d'une manière beaucoup moins plaisante. Saint Charles a été assimilé à l'instituteur vulgaire qui doit se soumettre, bon gré malgré, aux exigences des familles. Voilà pourquoi il a fait étudier dans son séminaire des classiques païens. Vous comprenez , faute de servir ce mets , il n'aurait point eu d'élèves; un mets empoisonné, ne l'oublions pas; un mets qui cause la mort, non du corps, mais de l'âme ! N'est-ce pas ingénieux ?

A part les vertus et les lumières de saint Charles, dont il semblerait qu'on dût tenir plus de compte, celte manière d'interpréter sa conduite est encore d'une grande bizarrerie. Est-cebien sérieusement qu'on l'a comparé au maître de pension qui craint de voir son établissement rester vide? S'est-on demandé ce qu'était alors un archevêque de Milan, surtout lorsqu'il portait le nom de Borromée ? Ce n'est pas en vain que saint Charles était puissant et riche; les pauvres en savaient quelque chose; et, parmi eux, tout les premiers^ les jeunes gens de son séminaire, choisis principalement dans la classe pauvre, selon les prescriptions du concile de Trente. Les frais de leur éducation , c'était saint Charles qui les faisait presque en totalité ; c'était lui qui les tirait du fond des Alpes, où un grand nombre avaient vécu dans l'indigence: de telle sorte, dit un historien, qu'on voyait chargés des fonctions sacerdotales des hommes qui semblaient destinés à de tout autres fardeaux. Aussi avec quelle indépendance il en use ! comme il craint peu de froisser

^76 LE GONGÎLK

leur susceptibilité ! S'il envoie ceux-ci faire des études com^ piètes au collège de Bréra, à d'auties il retranche la rhétorique, il retranche la théologie dogmatique, la philosophie, et jusqu'à l'année de logique, jugée pourtant si nécessaiire. Et ces mêmes jeunes gens, si maniables pour tout le reste, qu'il s'agisse d'études sacrées ou d'études profanes, ces jeunes gens qu'on peut rendre à leur néant, le saint archevêque n'aurait pas eu assez de pouvoir sur eux pour leur faire expliquer Lactance au lieu de Cicéron !

Quand on aura perdu l'habitude, heureusement très-récente, de travestir les plus grands personnages de cette grande époque, on trouvera chez eux de dignes sujets de louange et d'émulation. On s'apercevra que, loin d'avoir rompu avec le passé , ils étaient fidèles aux traditions et jaloux de les continuer. Plus d'un exemple s'en est déjà présenté; il serait facile d'en ajouter d'autres. Tout à l'heure, à propos de Cyprien Soarez , nous rappelions ces moines du xii^ siècle qui jetèrent les premiers fondements de l'université de Cambridge. Etait-ce un ingénieux rapprochement , justifié à nos propres yeux par de lointaines analogies? Point du tout; nous avions pour garant de ce que nous énoncions un moine contemporain de Cyprien Soarez. En 1595, Wion, de l'Ordre de saint Benoît, publiaitson Lignum Vitœ , où Mabillon devait trouver un jour le premier crayon des grandes annales bénédictines. Or , en compulsant les anciens chroniqueurs, il rencontrait ce continuateur d'ingulfe, d'après lequel nous avons nous-môme raconté la première origine de l'école de Cambridge. H y voyait comment Odon enseignait Priscien et Rémi d'Auxerre ; comment Guillaume expliquait Cicéron et Quintilien ; tandis que Gilbert joignait à ses leçons d'Ecriture sainte des travaux apostoliques. Après avoir enregistré ces détails, lé

compilateur bénédictin regarde autour de lui, et qu'aperçoit-il? les disciples de saint Ignace qui fondent et dirigent leurs premiers collèges, il compare les instituteurs du xvr siècle h ceux du xii", et, frappé de la ressemblance, il ajoute : C'est le même système d'éducation (celui des moines de Cambridge) que les jésuites observent de nos jours avec la dernière fidélité: on dirait vraiment qu'ils l'ont reçu de la main des moines. Méthodes d'enseignement, genre de vie, prières après et avant l'étude, les Révérends Pères de la compagnie de Jésus ont tout emprunté à ceux de notre Ordre (1).

C'était un grand fait qu'il venait de consigner dans sa chronique. L'œuvre bénédictine, l'œuvre des moines continuée après le concile de Trente, et par les jésuites et par les autres clercs réguliers (2) ; le régime exclusivement universitaire des derniers siècles, dont on connaissait parfaitement le faible , remplacé pour une notable portion des étudiants par une discipline scolaire beaucoup plus complète ; la scolastique renouvelée , par le soin même qu'on apportait à empêcher la jeunesse de se jeter prématurément dans les disputes de l'école; enfin, la philologie et la grammaire reprenant la place qu'elles avaient perdue au xn' siècle , et de plus jouissant des ressources nouvelles créées à leur profit par la renaissance; j'appelle cela un fait capital dans l'histoire de l'esprit humain , et même dans l'histoire de l'Eglise.

Ecoutez encore un témoignage solennel du P. Possevin.

(1) « lllum autera docendi morem, quasi per inanus traditum et a monachis acceptum, constantissime nunc observant Reverendi S. J. Patres, qui, in messem et labores nostros introeuntes, et docendi metbodum , etvivendi genus, Dcumque anteqiiam accédant invocandi, officiosissime iisurparunt. » Wion, Lignum vitœ, 1. V, c. lxliv. Venetiis 1595.

(2) Oratoriens, ^Barnabites, Pères des Ecoles-pies, etc.

â78 LE CONCILE

C'est dans les dernières années du xvi^ siècle. Semblable à un vétéran qui évoque le souvenir de ses campagnes, Possevin se remet en présence de tant d'événements auxquels il vient d'assister, auxquels il a pris part; il constate des revers et des succès ; il est surtout frappé de l'intervention de la Providence dans les destinées de l'Eglise , intervention qui en effet ne fut jamais plus manifeste. L'hérésie est un mal, mais Dieu sait tirer le bien du mal. Et quel est le bien sorti des dernières hérésies? Des fruits de science et de sainteté; de magnifiques écrits de controverse, oi^i les novateurs ont été réfutés ; de grands travaux d'érudition sur les saints Pères et le droit canonique; le concile de Latran , le concile de Trente avec leurs salutaires réformes; enfin, V institution des collèges et des séminaires catholiques (1).

Il y aurait un beau livre à faire sur ces quelques paroles de Possevin ; ou , pour mieux dire , il existe ; c'est Vhistoire de la papauté pendant les xvi^ et xvii^ siècles, par Léopold Ranke. Chaque page de ce livre proclame cette régénéra^ tion intérieure du catholicisme , cette transformation nouvelle de l^Eglise, cette direction religieuse partie des écoles , que Possevin vit commencer à la suite du concile de Trente, et dont rhistorien protestant constate les progrès toujours croissants jusqu'au milieu du xvif siècle, a Ce mouvement religieux , dit Ranke , est peut-être sans exemple dans l'histoire du monde (2). »

L'éducation était donc vraiment chrétienne , en même temps que hs études étaient classiques. N'oublions pas la part qui revient de droit à ces études dans les magnifiques développements de la science sacrée, dans l'extension toute

(1) Bihliotheca seleda, 1. I , c. yiL Sexti decimi hujus seciili a Christo nato éventa et doctrina mirabilis.

nouvelle donnée à la théologie positive; dans ces grands travaux d'érudition auxquels ils nous faut toujours recourir quand nous voulons étudier TEcriture sainte, les saints Pères, Fhistoire ecclésiastique. Un Baronius, un Bellarmin n'étaient pas possibles au moyen âge. Et qu'est-ce pour l'Eglise qu'un Baronius, un Bellarmin? Celui-ci, par ses controverses , jetait l'alarme dans le camp protestant ; il y avait à Cambridge une chaire pour le combattre exprofesso; ce qui n'a pas empêché ses arguments de se faire jour, à tel point qu'ils sont encore une des plus grandes inquiétudes de l'Eglise Anglicane. Baronius réfutait victorieusement les Centuries de Magdehourg , et , quand Casaubon à son tour voulait lui opposer une réfutation, on disait qu'il n'avait fait qu'abattre les girouettes du savant cardinal.

Portez un instant les yeux sur l'Allemagne , là où les études classiques sont florissantes; vous y trouvez la contrepartie de cette leçon que nous recevons du xvi^ siècle catholique, En recueillant ces inscriptions grecques qui ont appartenu , pour la plupart, aux monuments funéraires des anciens, à leurs temples, à leurs fontaines, voilà que l'Académie de Berlin découvre çà et là des noms de tétrarques et de consuls qui éclairent le texte de l'Ecriture. Nous pourrions citer tel passage de saint Luc dont on possède ainsi la clef, vainement cherchée pendant des siècles.

Catholiques, abandonnerons-nous toute découverte en ce genre , et même le droit si nécessaire de contrôler les découvertes aux érudits protestants de la patrie de Strauss ?

Oh ! que le concile de Cologne avait raison de dire que les théologiens ne lèvent pas comme des champignons ?

Et la théologie scolastique? allez-vous dire. La théologie scolastique ? ignorez-vous que ce fut précisément une à&

â80 LE CONCILE I)E TRENTE.

ses époques les plus brillantes, et que saint Thomas n'eut jamais plus de disciples fervents , plus de dignes successeurs qu'au sortir du concile de Trente? Après Durand, qui nommerez-vous , au moyen âge, que vous puissiez opposer avec avantage à Dominique Soto (qui assistait au concile), à Suarez, à Vasquez , à Sylvius, au cardinal de Lugo? Certes, quand parut la Somme de saint Thomas, la science était parvenue à un point très-élevé , mais que rapide est la pente par laquelle on redescend ! Okkam et les nominaux sont là; on ne s'en relèvera pas de longtemps. Après le concile de Trente, avec les hommes éminents que j'ai nommés , vous voyez surgir un grand nombre de théologiens de mérite. Vous pouvez en conclure hardiment que la culture générale de l'esprit était meilleure. Car ce n'est pas sur les natures d'élite qu'il en faut juger.

11 y avait donc une sagesse profonde dans la conduite du saint-siége et de l'épiscopat à l'égard de l'enseignement classique. Rétrograder de gaieté de cœur vers le moyen âge est une fantaisie qu'on a fort bien fait de ne pas écouter. Ainsi, d'une certaine manière, la renaissance se retrouve dans les études de nos collèges et séminaires catholiques ; niais elle a passé par le creuset du concile de Trente : l'alliage a disparu, il ne reste plus que l'or, et cet or est digne d'entrer dans l'admirable tissu dont se revêt l'Epouse de Jésus-Christ,

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