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QUELQUES PROFESSEURS. — LITTERATURE DE COLLEQE

Possevin, nous ravons vu, n'était pas ce réformateur solitaire qu'on s'était figuré , luttant contre un courant plus fort que lui et désespérant d'un siècle livré sans aucun frein aux entraînements de la renaissance. Dans les hommages qu'il rend au zèle de saint Charles Borromée, de Valiero, de Louis de Grenade; dans les encouragements qu'il accorde à ses confrères, Soarez, Benci, Pontanus et autres; dans son jugement sur l'état de l'Eglise à la fin du xvi^ siècle , on sent qu'au fond de son cœur la consolation surpassait l'amertume, et que , malgré la persistance des abus dans certaines écoles, il augurait bien de l'avenir de l'éducation catholiqne.

Ailleurs, il nous fait connaître avec plus de détail les principaux motifs sur lesquels se fondaient ses espérances. Le collège Romain, récemment accru par les libéralités de Grégoire XllI , était alors habité par deux cents membres de la Compagnie de Jésus , professeurs ou étudiants ; il était fréquenté par les élèves des divers séminaires, Romain, Germanique , Anglais , Grec, Maronite, et il recevait dans ses classes, avec les enfants des premières familles de

Rome , un grand nombre d'étrangers. Les yeux arrêtés sur cette florissante école, Possevin nous fait assister à ce spectacle de deux mille jeunes gens qui se donnent les uns aux autres l'exemple du silence et du bon ordre. H observe que la plupart d'entre eux s'approchent fréquemment du banquet eucharistique ; puis il nous montre ces congrégations de la sainte Vierge, où se réunissent les jours de fête les sujets doués des plus belles dispositions pour la science et la vertu , afin d'entendre des exhortations et d'aviser en commun aux moyens de perfectionner leur intelligence et de pratiquer la vertu. En classe, nul auteur profane, nul poëte qui porte avec lui la contagion du mal. Que d'heures d'oisiveté, d'occasions dangereuses retranchées chaque jour. Aux leçons, qui se succèdent sans interruption, se joignent des répétitions, des disputes, des conférences, pour remplir de science Tesprit des jeunes gens. Point de professeur de philosophie qui n'ait fait de fortes études théologiques. «Il n'est pas étonnant, ajoute-t-il, qu'avec de tels secours, des hommes jeunes encore accomplissent ce qui , dans le monde , est impossible à ceux d'un âge plus avancé (i). »

Et cependant, Possevin n'a garde de le dissimuler, c'est surtout dans la personne du maître que se trouvent les éléments du bien. Si celui-ci, pendant deux années de noviciat, n'avait pas été formé aux vertus chrétiennes; si de fortes études, des cours spéciaux ne l'avaient pas ensuite préparé à l'enseignement; s'il n'était pas soutenu dans l'exercice de ses fonctions par la vie commune, la direction et les conseils de ses supérieurs ; en vain lui proposerait-on les meilleurs plans de conduite , les méthodes les plus par-

(1) Bibliotheca seleda, Lï,c. xii. - , . .

faites; il en posséderait moins l'esprit que la lettre, et la fécondité manquerait à ses travaux.

Est-ce à dire qu'en dehors de l'état religieux, il ne reste au maître qu'à se livrer au découragement et au sentiment de son insuffisance? A Dieu ne plaise qu'on vienne à conclure de nos paroles rien de semblable. Si nous jugeons nécessaire , sous une forme ou sous une autre, cette préparation à l'enseignement; nous savons aussi qu'elle n'est pas mise en oubli dans les écoles du clergé, et que, là même oii elle ferait défaut, à force de dévouement et de zèle, on saurait encore y suppléer. Dans tous les cas, il ne sera pas inutile d'insister sur ce point, un des plus essentiels en cette grave matière.

En écrivant les pages où nous venons de puiser, Possevin se sentait pressé par la charité de Jésus-Christ de communiquer aux autres ce que lui-même avait reçu, estimant qu'on pèche contre l'Esprit-Saint quand on envie à des frères la faveur et le succès dont leurs efforts peuvent être couronnés (1). Tel est aussi le sentiment qui nous domine, et, quand nous parlerons des professeurs formés à l'école de saint Ignace, sans renoncer à faire leur apologie ( car ils y ont assurément quelque droit ) , nous aurons plus à cœur encore de leur susciter, dans les rangs du clergé comme parmi les laïques, des imitateurs ou des émules : ce serait le plus doux fruit de ce travail.

Le collège Romain , en présence duquel Possevin écrivait, n'était pas le seul qui fût gouverné d'après le plan qu'il nous trace, et le Ratio studiorum était pratiqué de même dans les autres établissements d'éducation de la Compagnie de Jésus. A la suite du concile de Trente ^

[i) Bibliotheca seiecta^L I, c, xll

auquel assistaient plusieurs des compagnons de saint Ignace (LaineZjSalméron, LeJay, etc.), ces établissements s^étaient rapidement multipliés. Les pères du concile ayant surtout en vue, dans l'érection des séminaires, de réaliser sur une plus vaste échelle ce qui se pratiquait déjà au collège Germanique, fondé par Ignace en 1552; il était naturel que, pour mettre leur décret à exécution , ils jetassent les yeux sur les membres du nouvel Institut. D'ailleurs , le pape Pie iV et saint Charles Borromée leur donnaient l'exemple. Non content d'associer les jésuites à ses entreprises, saint Charles les faisait appeler à Vérone, à Brescia, à Mantoue, à Lucerne, à Dillingen,à Verceil , à Gênes et à Fribourg (i). Ce qu'il faisait en Italie, le cardinal de Lorraine le faisait en France, le cardinal d'Augsbourg en Allemagne, Stanislas Hosius en Pologne, Don Barthélémy des Martyrs en Portugal; et les princes catholiques, entrant dans la voie qui leur était ouverte par l'épiscopat, confiaient à la Compagnie des universités et des collèges.

C'est là-dessus, en grande partie du moins, que reposaient les espérances de Possevin. Voilà ce qui lui faisait pressentir un avenir plus prospère, après les orages qu'il venait de traverser. Aussi n'a-t-il pas oublié, on l'a vu plus haut, de placer l'institution des collèges et des séminaires catholiques parmi les plus beaux résultats du concile de Trente.

D'autres ouvriers travaillaient à côté des enfants d'Ignace, dans le même esprit.

Il n'est pas besoin de feuilleter longtemps les annales des différents corps religieux voués dès cette époque à l'éduca-

(1) Cf. Giussano et Oltrocchi, De vita et gestis sancti Caroli Borromei , Mediolani 1751, pa^. 227, note B, ■ . . '

iiTTÉRATURE DE COLLEGE. 285

tion , pour y retrouver les pages qui attestent la part prise par chacun d'eux à celte rénovation universelle. Mais, sous peine de ne rien toucher d'une manière pratique, il faut se horner; il faut, comme nous l'avons fait jusqu'ici, descendre de l'ensemble aux détails , du général au particulier. Nous nous renfermons, pour ce qui va suivre, dans les monuments pédagogiques de la Compagnie de Jésus; priant le lecteur de considérer que, s'ils ont bien pour nous-même ce genre d'intérêt qui s'attache à des titres de famille, d'un autre côté, pourtant, le rôle qui leur appartient de droit dans cette portion de notre histoire suffirait pour justifier notre choix.

11 nous faut savoir avant tout quel but se proposait saint Ignace, lorsqu'il destinait les membres de son Institut à l'éducation de la jeunesse. C'est lui-même qui va nous l'apprendre , par le préambule placé en tête de la quatrième partie de ses Constitutions (1).

« Le but auquel la Compagnie tend directement étant de procurer aux âmes, dans son propre sein aussi bien qu'au dehors, les moyens d'atteindre la fin dernière pour laquelle elles sont créées; après que ceux qui auront été admis à la Probation (noviciat) auront jeté les fondements convenables du renoncement à eux-mêmes et d'un avancement nécessaire dans la vertu , on s'occupera de les former à la connaissance des lettres et à la manière d'en faire usage; afin que , par là , ils puissent aider le prochain à connaître et servir de plus en plus Dieu notre Créateur et Seigneur. C'est pour cette raison que la Compagnie accepte des collèges et des universités. »

Aider le prochain à connaître et servir Dieu , tel est le

(1) Institutum Societatis Jesu, Constitutionum iv purs , Proœmium. Nous citerons toujours rédition de Prague , 1757.

but. Trois choses rendront le professeur capable d'y alteindre : la vertu , la science et Fart d'enseigner.

La vertu, c'est au noviciat qu'il doit commencer à l'acquérir; travail qui ne s'achève qu'avec la vie.

La science et Fart d'enseigner seront le fruit d'études spéciales, placées entre le noviciat et le professorat.

N'allez pas croire que , contrairement à sa réputation de sagesse bien établie , saint Ignace ait marqué le but Sans se mettre en peine des moyens. Voici ce qui résulte de l'économie de son Institut.

Un jeune professeur arrive dans un collège, — nous ne le supposerons pas prêtre, car la prêtrise exige des épreuves qui se prolongent d'ordinaire au delà de la trentième année ; il n'a pas encore commencé ses études Ihéologiques : bien que le contraire ne soit pas une exception , nous le plaçons à dessein dans cette condition particulière, — ne voulant rien lui attribuer qui ne lui soit commun avec tous les autres; — quelle préparation ce professeur apporte-t-il à ses nouvelles fonctions ?

Au noviciat, pendant deux années, il s'est appliqué à se vaincre lui-même; chaque jour, il a consacré une heure et demie à Foraison , employant le reste de son temps à étudier les maîtres de la vie spirituelle, à lire l'Ecriture sainte avec le secours des commentateurs les plus approu» vés, et, dans cette école d'ascétisme, il s'est abstenu de toute occupation profane.

Son noviciat terminé, un autre travail a succédé, ou, pour mieux dire, est venu s'adjoindre à celui qui doit former l'homme intérieur. Deux, trois ou quatre années ont été données à l'étude des lettres et des sciences. Ce temps aura-t-il été perdu pour les études sacrées? Non, et pour n'en citer qu'un exemple, selon un usage fort ancien et qui

à passé en loi, plusieurs fois la semaine, les premières heures de sa matinée ont été réservées à la lecture des saints Pères.

Ainsi, bien qu'il ne soit pas encore théologien, la science ecclésiastique, la science sacrée ne lui est point étrangère; il en connaît ce qu'il y a de plus intime et de plus pratique : s'il est fidèle à sa vocation , ces germes doiveril nécessairement porter leurs fruits.

Une classe de grammaire lui est donc assignée. En même temps , on lui met sous les yeux des règles dont voici les points principaux (1).

Le maître formera de telle sorte les enfants dont l'éducation est confiée à la Compagnie , qu'avec la connaissance des lettres, ils puisent dans ses leçons des mœurs dignes d'un chrétien.

En classe, quand l'occasion s'en présentera, et même hors de classe, il fera tous ses efforts pour disposer lésâmes encore tendres de ses élèves à servir Dieu, à l'aimer, à pratiquer les vertus qui nous rendent agréables à ses yeux.

II aura soin que chaque classe soit précédée et suivie de la prière; que ses élèves assistent tous les jours à la messe , et au sermon les jours de fête; pendant le carême, il les enverra, deux fois la semaine, ou les conduira lui-même à l'église pour entendre les prédications.

Le vendredi ou le samedi de chaque semaine, il fera réciter le catéchisme ; récitation qui sera plus fréquente dans les pays où il en serait besoin et pour les élèves nouvellement admis.

Les mêmes jours, pendant une demi-heure, il fera à ses élèves une pieuse exhortation ou leur expliquera la doctrine chrétienne : il les exhortera principalement à prier tous les

(1) Ratio studiorunt^ Régulai communes professoribas dassium in^ feriorum.

jours Dieu et la sainte Vierge, à faire le soir rexamen de leur conscience, à fréquenter avec de bonnes dispositions les sacrements d'Eucharistie et de Pénitence- à fuir les mauvaises sociétés, à détester les vices, à pratiquer les vertus chrétiennes.

Il leur donnera les mêmes conseils , lorsqu'il les entretiendra en particulier.

J'omets quelques détails et je remarque seulement la règle dixième, ainsi conçue : 11 priera souvent Dieu pour ses élèves , et il aura soin de les édifier par l'exemple d'une vie religieuse.

C'est donc, à proprement parler, tout un plan d'apostolat dont l'exécution est confiée à notre jeune professeur. Nonseulement il a l'œil ouvert sur la conduite extérieure de ses élèves , non-seulement il veille à leur instruction religieuse; mais encore il exhorte, il conseille, il prie. Quel zèle ne devront pas développer ces règles dans l'âme du régent, formé ainsi que nous l'avons dit, engagé par vœu à la perfection , qui les lit , qui les médite fré(iuemment au pied du crucifix?

Mais parmi les moyens d'éducation que nous venons d'énumérer, il en est un qui mérite une attention particulière : nous voulons parler du catéchisme.

L'usage du catéchisme, sous cette forme élémentaire et concise qu'on lui connaît, n'est pas très-ancien dans l'Eglise; comme les séminaires, c'est une des institutions qui remontent au concile de Trente. Dans les temps antérieurs , la doctrine chrétienne était expliquée au peuple en diverses manières, et les pieuses images, ces livres des ignorants, ne lui manquaient pas non plus; mais il faut avouer (poésie à part) que, dans cet état de choses, l'instruction religieuse était exposée au hasard des personnes ,

des lieux, des circonstances. Si, à certaines époques du moyen âge , quelques hérésies des plus grossières se sont propagées avec une eifrayante rapidité, peut-être n'en faut-il pas chercher d'autre cause. C'est pour écarter de semblables dangers, devenus plus menaçants depuis l'invasion du protestantisme, que, dès le milieu du xvi'' siècle, des théologiens éminents se mirent en devoir de rédiger ces petits abrégés de la doctrine chrétienne où l'enfance apprend de bonne heure tout ce qu'un disciple de Jésus- Christ est tenu de croire et de pratiquer.

En 1554, avant que le catéchisme du concile de Trente fût publié (1566), avant qu'il fût décrété (1563), le P. Pierre Canisius faisait paraître sa Summa doctrinœ christianœ. 11 en donnait en 1556 un abrégé intitulé Parvus catechismus catholicorum. Traduit en grec, ce catéchisme servait dans les collèges de la Compagnie de Jésus à apprendre les premiers éléments de cette langue, et le Ratio siudiorum le désigne à cet effet. L'exemple de Canisius fut suivi en France par Emond Auger. C'est aux enfants , il le déclare dans sa préface, qu'Emond destine son catéchisme grec-latin; espérant que, de la sorte, aussitôt qiCils auront quelque connaissance des langues savantes, ils en consacreront les prémices à la science du Ciel et au service de Bien. Je passe sous silence les catéchismes deBellarmin et de Ripalda, restés populaires jusqu'à ce jour en Italie et en Espagne; je ne dis rien des 137 catéchismes composés, de 1554 à 1675^ parles confrères de Canisius et de Bellarmin (1), et, me bornant ici à ce qui intéresse directement les collèges, je soumets tout d'abord une réflexion à mes lecteurs.

Si l'on veut que l'élude des langues devienne un moyen,

(l) Voyez Appendice n^ 5.

disons mieux, une occasion de nourrir la foi des écoliers, entre le catéchisme et l'Ecriture sainte, il n'y aura pas, pour un catholique au moins, à hésiter un seul instant. L'Ecriture sainte est et sera toujours pour le commun des fidèles d'une difficile intelligence; les doctes eux-mêmes n'arrivent à la bien comprendre qu'en prenant pour guide la tradition. La livrer aux interprétations, plus ou moins exactes, plus ou moins sûres, d'un maître de grammaire, et de plus aux inévitables contre-sens des écoliers, fut considéré, au xvi* siècle, comme une imprudence assez grave pour que plusieurs conciles s'en soient préoccupés et en aient fait l'objet d'une prohibition formelle. Nous ne reviendrons pas sur ce qui a été dit plus haut (i), mais telle est notre persuasion : quiconque méditera sans préjugé sur la pratique constante de l'Eglise à cet égard, tombera d'accord avec nous, qu'aujourd'hui même, quels que soient d'ailleurs les changements survenus dans les esprits, il serait mal à propos de s'écarter des anciennes voies.

Le catéchisme n'offre aucun de ces inconvénients : en même temps qu'il contient les vérités les plus sublimes , il est ou doit être au moins , par sa rédaction qui le met à la portée de toutes les intelligences , le livre élémentaire du plus humble chrétien. Voilà pourquoi le catéchisme était expliqué dans les classes.

Mais nous touchons à une question d'éducation beaucoup plus importante en réalité qu'en apparence.

Nous venons de voir que, d'après \e Ratio studiorum, le professeur est chargé d'expliquer hii-même le catéchisme à ses élèves; qu'il doit profiter de cette circonstance pour leur adresser une pieuse exhortation , cpie le temps assigné

(I) Chapitre viii 5 pag. 249,

à cet exercice religieux est pris sur une des classes de la semaine.

Un décret du cinquième concile de Milan , présidé par saint Charles Borromée (1573), portait : Afin que les maîtres puissent s'acquitter plus facilement de l'obligation qui leur est iuiposée par notre troisième concile provincial, conformément au concile de Latran ^ savoir , d'instruire les enfants dans la doctrine et la piété chrétienne; nous décrétons que la présente partie du décret et l'opuscule où cette doctrine est contenue seront joints au livre des rudiments de grammaire, de manière à ne former avec lui qu'un seul et même livre : decernimus lum hanc ipsam decreti partem, lum conscriptum de eadem doctrina UbeUiim ctim lihris rudimentorum grammaticœ conjungi eisdemque aggliUinari (1).

On a donc voulu, cela est manifeste , unir le plus étroitement possible, dans l'enseignement, les belles-lettres et la doctrine chrétienne : un même maître, une même leçon , et, pour plus de sûreté, un même livre, sont désignés pour ces deux genres d'instruction.

Nous avons entre les mains des manuels classiques de rhétorique, de littérature et de grammaire, qui, à la fin du siècle dernier, servaient encore, dans les deux provinces du Rhin , aux élèves des divers collèges de la Compagnie de Jésus. Dans chacun de ces manuels se trouve, conunc

(l) (t Ludimagi.sti'i, qiio commodias priestcnt quod ex concilio Lalcranensi in syiiodo nostra provinciali tertia eis ad pueros in doctrina piofatequo cliri-^ stiana recte instiUiendos prcescriplum est, decernimus, tum liane ipsam decreti partem, tum conscriptum de eadem doctrina libcllum cum libris rudimentorum grammaticfc conjungi eisdemque agglutinari. » Ap. Labbe , t. XXI, col. 348.

Telle est rinterprétation légitime du concile de Latran, où Ton s'obstinait à voir le commandement lormel d'employer, pour l'enseignement des langues anciennes, des classiques chrétiens.

partie intégrante du volume , le catéchisme de Ganisius (1). C'est dans la même pensée, sans doute, que le P. Gretzer a terminé sa grammaire grecque par un catéchisme , à la vérité fort court, mais enfin suffisant pour fournir au professeur le point de départ, le texte auquel il rattachera la leçon de doctrine chrétienne et l'exhortation religieuse.

Ainsi fut comprise, ainsi fut appliquée une vérité que nous proclamions dès les premières pages de ce livre : le lien de l'éducation et de l'instruction est dans la personne du maître , il ne faut pas songer à les séparer.

Le professeur est-il incrédule ou corrompu, quelle que soit d'ailleurs la nature de son enseignemeut, par suite de son action personnelle sur ses élèves, nécessairement il répandra dans leurs cœurs des semences de corruption et d'incrédulité. Par la même raison, s'il est plein de foi et de vertu , le bon grain évangélique prendra la place de l'ivraie. On devrait renoncer, dans le premier cas, à lui confier l'enseignement de la doctrine chrétienne : il est tel article du Symbole, tel Gommandement de Dieu ou de l'Eglise qui deviendrait une dérision dans la bouche d'un nombre, hélas ! trop grand de professeurs. Qu'arrive-t-il de là? L'éducation religieuse se transforme en spécialité ^ elle est confiée à un prêtre qui voit les élèves à ses jours et à ses heures. Aujourd'hui la classe, demain le catéchisme; aujourd'hui le régent, demain l'aumônier, et le régent plus souvent que l'aumônier. Eh quoi ! disputés par des influences contraires, ces jeunes cœurs se partageront-ils?

(1) \ . Prœlectiones scholasticœ pro suprema classe grammatices , etc., in usuni gymnasiormn Societntis Jesu, ad Rhenum inferiorem. Goloniœ , 1761. — - Institutiones stili lutini... pro classe humanitatis... in usum scholariun S. J\ ad Rhenum superiorem. Augusta5 Viiid. 1779. — Institutiones oratoriœ et poeticœ , pro classe rhetorices , etc., in usum scholarum S. J, ad Rhenum superiorem. Augiistee Vind. 1779.

Cela ne se peut , il faut choisir. Et de quel côté se porte-^ ront-ils? Du côté où les sollicitations sont plus fréquentes et on ne les entraîne que trop la malheureuse pente de notre nature.

Détruisez ce dualisme funeste ! que le prêtre, que le catéchiste au moins devienne professeur ; l'influence victorieuse de tous les jours sera désormais acquise à la religion et à la vertu. Tel que nous le concevons et que nous le montrent les institutions sorties du concile de Trente, le maître chrétien peut, sans se contredire, sans se condamner luimême, expliquer le Symhole, le Décalogue et les Commandements de l'Eglise. De toute manière, il est capable de remplir dignement cette sainte fonction.

Je vais plus loin , j'ajoute que , pour le plus grand bien , il est bon qu'il la remplisse de fait, en classe, auprès de ses élèves. Remarquez ce qui s'ensuit. Grâce à ce genre d'apostolat, un nouveau caractère s'attache à sa personne : il est investi , aux yeux de ceux qu'il instruit, de toute l'autorité dont il a besoin pour leur parler, quand il le juge à propos, au nom de Dieu; pour faire appel à leur conscience et les exhorter à la pratique des vertus chrétiennes. Dès lors, l'écolier n'est plus surpris quand, au milieu d'une explication littéraire ou grammaticale, il entend la même bouche qui est pour lui l'organe ordinaire de cet enseignement, proclamer une vérité de foi, un précepte, un conseil évangélique. Ainsi le maître a moins de peine à continuer dans le cours de ses leçons cette œuvre de l'éducation chrétienne, plus précieuse à ses yeux que tout le reste. En se conformant aux prescriptions du concile de Milan et du Ratio siudiorum, en faisant du maître le catéchiste, la situation dii celui-ci est plus arrêtée, mieux comprise; et c'est là

précisément ce qui rendra féconde pour le bien l'alliance de l'éducation et de rinstriiclion.

Aussi le concile de Milan et le Batio studioriim supposent-ils au maître des sentiments conformes à ce noble emploi de catéchiste. Le concile lui prescrit, lorsqu'il rencontre dans ses leçons des sujets profanes, de les faire tourner au profit de la piété; ce qui lui sera facile, remarquez-le bien , s'il mêle à ses explications quelque pensée qui puisse servir d'aliment à la piété chrétienne (1), Le Batio recommande au professeur de saisir en classe l'occasion de disposer les âmes encore tendres de ses élèves à servir Dieu, à l'aimer, à pratiquer les vertus qui nous rendent agréables à ses yeux. Voilà le grand secret de l'éducation : le commentaire du professeur, on l'a dit bien des fois, fera beaucoup plus que le livre.

Cette occasion de parler de Dieu ne manquera jamais au professeur zélé, et le concile de Milan a raison de dire qu'il est facile de sanctifier la classe, même quand on y explique des matières profanes. Nous l'avons déjà vu en nous occupant de la rhétorique. Complétons cette idée du professeur chrétien et mettons en scène des professeurs de littérature et de poésie. Il nous faut savoir comment, à propos de Cicéron et de Virgile, ils inculqueront à leurs élèves des vérités de foi; comment, fidèles à des programmes classiques, ils initieront ces jeunes intelligences à une esthétique plus haute, plus pure que celle des anciens. On conçoit

(1) « Si quœ profana magistri aliquando exponent , omnia ad rectam disciplinam, egregiamque monim indolem prœclaris interpretationibus traducere studeant; quod facile assequoiUur, si quid pei'petuo in suis explicationibus iiiterponent, quod ad institulionem Christiana? pietalis studiis dignam perlinoat. » Ap. Labbe, t. XXI, col. 348.

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que nous arrivons à des déductions entièrement pratiques. Si les principes que nous avons exposés sont vrais, les professeurs formés à i'école de saint Ignace, soumis aux prescriptions du Ratio stiidiorum , nous offriront les exemples que nous cherchons.

Et d'ahord , ces quelques mots : cum se occasio ohtulerit, si substantiels dans leur brièveté , méritent bien que nous nous y arrêtions quelques instants. Un exemple nous est fourni par les cahiers d'un professeur qui enseignait à Prague pendant l'année scolaire 1577-78. Je ferai observer que ces cahiers n'auraient jamais vu le jour, si la mort de leur auteur n'y avait attaché depuis un pieux intérêt.

Notre professeur, anglais de naissance, se nomme Edmond Campian. A l'endroit que j'ai en vue il traite de l'imitation, mais de l'imitation au sens le plus matériel ; de l'imitation de Cicéron , non sous le rapport de la composition oratoire, ni même du style ou de la période; il se borne à l'imitation dans les mots: quomodo inverhis imitandus Cicero. Matière profane, assurément, peu propre, on le conçoit, à un grand déploiement de zèle; ce n'est point le cas de faire une homélie. Les écoliers cependant n'y perdront rien, peut-être le trait ira-t-il d'autant mieux au but, qu'on n'a pas eu le temps de le prévoir et de se mettre en défense.

Ce sont, d'abord, quelques remarques de bon goût, nécessaires en ce temps de superstition cicéronienne. Quelque louable qu'il soit d'imiter Cicéron , il ne faut pas, observe Campian, craindre d'emprunter à Yégèce les termes de l'art militaire, ceux d'agriculture à Caton et à Varron, ceux d'architecture à Vitruve, etc. Là-dessus il demande s'il n'y a pas encore d'autres circonstances où il soit permis d'être infidèle à VApparatus de Cicéron. Sans doute et même parfois cela devient nécessaire, pour éviter l'obscu-

rite, Terreur, un langage dont s'offenseraient avec raison les hommes de bien. Par exemple : on trouve dans Cicéron perpessio , mais le moi passio n'y est pas. Chrétiens, crain-drions-nous d'écrire en toutes lettres passio ? — Ecoutez la réponse de Campian : «J'aimerais mieux jeter dans le Tibre toutes les œuvres de Cicéron que de porter la moindre atteinte à ce seul petit mot. Pourquoi? Parce que ce mot est consacré parmi nous à exprimer une si sainte et si noble chose, qu'il me semblerait téméraire d'en supprimer l'usage. )>

11 réclame ensuite le même respect pour d'autres mots de la langue ecclésiastique, dont l'équivalent ne se trouve pas dans les auteurs païens.

Devenu prêtre, Edmond Campian rentra dans sa patrie, alors courbée sous le joug d'Elisabeth. ïl exerça secrètement le saint ministère , au milieu de mille dangers; ramena au bercail un grand nombre d'âmes, et se rendit redoutable à l'hérésie par ses écrits de controverse. Arrêté , il fut mis en jugement , supporta la torture avec une constance héroïque, et, après une dure prison, entendit prononcer sa sentence de mort. La reine , qui avait jadis applaudi à ses succès lorsqu'il cueillait à Oxford les premières palmes académiques, n'eut point pour lui de parole de pardon et le laissa traîner à l'échafaud , où il consomma son glorieux martyre. Ainsi fut récompensé l'amour qu'il avait toujours eu pour la passion de son Sauveur (1).

(1) Ce qu'on vient de lire est extrait d'an petit volume imprimé au commencement du xvii<^ siècle : Edmundi Campiani, Societatis Jesu, Martyr i s in Anglia, opuscula omnia nunc primum e ms. édita. Mussiponti. Cramoisy, 162'2. Lettres, discours, traités didactiques, tout a été recueilli avec un soin religieux. On y a joint le récit de la mort de Campian. Le principal ouvrage est un défi porté aux docteurs anglicans : Rationes oblati oei'taminis redditœ academicis Angliœ; Possevin l'a reproduit dans sa

Si , dans le terre-à- terre d'une simple question grammaticale et en dissertant sur le choix des mots , le professeur chrétien peut donner à son zèle un si libre cours , ne serat-il pas encore plus à l'aise dans une leçon de littérature? En excitant l'âme de ses élèves à la recherche de l'idéal , en les initiant à la connaissance du beau, n'aura-t-il pas, à chaque instant , les plus magnifiques occasions de les porter à Dieu?

C'est au P. Benci que Possevin nous renvoie pour connaître l'excellence et la haute destination de la poésie , et il nous indique deux discours prononcés à la rentrée des classes du collège Romain (1).

La poésie, dit Benci (2) , vient du ciel, elles poêles sont' des miroirs qui reçoivent les rayons émanés d'un foyer

Bibliothèque. On peut lire une lettre fort remarquable de Campian, sur l'état de la religion en Angleterre pendant le règne d'Elisabeth ; dans V Histoire de saint Pie V, par M. le comte de Falloux.

Tels étaient les hommes qu'on accuse aujourd'hui de paganisme. Campian d'ailleurs n'est pas le seul martyr qui figure, à cette époque, dans les annales des collèges.

(1) « Geterum honestœ omnis Poeseos ingens utilitas est, atque ad res ediscendas commoditas : ut vera dixerit, qui eam adolescentis animi nutricem , et alumnam vocavit. Certe ipse carminum flcxus, et numerus ut animum allicit , sic memoriœ hœret variaque jucunditate mentem permulcens, facit, ne pêne unquam ea,quœ recte percepit , obliviscatur. Quin et incitât ad laudanda Dei opéra, magnoque est ad remissionem curarum levamento. Quae quoniam duabus Orationibus , qua sunt sexta et septima, Franciscus Bencius noster elcganter ac pie est persecutus, Lectorem ad illum reraittimus, cujus extant vigintiduse orationes, Romae éditas, quœ et Ingolstadii postea recusœ sunt, numéro aucto. » — Biblioth. selecta , 1. XVII , De poesi et jnctura, chap. VII.

Le cardinal Baronius a fait de Benci ce bel éloge : « Bencius , vir maxime plus , et insigniter eruditus , qui et musas reddidit christianas et suaviore concentu canoras. »

(2) Voyez Francisci Bencii ab Aqun Pende/îfe, e Societate Jesu, orationes cum disputatione de stylo, etc. Duaci, 1697.

Les discours indiqués par Possevin ( vi* et vif) correspondent aux vu^ et viiF de notre édition.

divin. N'est-ce pas vrai, même pour les poëtes profanes? L'âme créée de Dieu et pour Dieu ouLlie-t-elIe jamais entièrement son origine et sa fin? Et, iquand elle s'émeut dans ses profondeurs, sa voix n'est-elle pas toujours, en un certain sens, un appel à l'infini? Mens divinior , telle est l'âme du poëte digne de ce nom.

Mais quand c'est Dieu qui la touche, il s'en échappe des accents d'une vertu pénétrante, qui, s'emparant de tout notre être, font tressaillir, selon le langage des saints cantiques, notre chair elle-même et nos os. Les prophètes, harmonieux instruments pleins du souffle de i'Esprit-Saint , sont des poëtes vraiment divins ; car tout en eux vient de Dieu ; ce ne sont plus seulement les aspirations confuses de notre nature vers un idéal qu'on cherche toujours sans le rencontrer : Celui qu est s'est révélé à eux.

Ces pensées n'étaient pas étrangères à François Benci ; et, s'il avait à parler des éminentes prérogatives qu'on a de tout temps attribuées à la poésie, c'est à la Bible qu'il avait recours.

S'agit-il de prouver que la poésie remonte à la plus haute antiquité , laissant de côté les mensonges ingénieux de la Grèce, il nous conduit au bord de la mer Rouge, à l'instant où les eaux, en retombant dans l'abîme, viennent d'engloutir Pharaon et sa suite, le cheval et le cavalier. Israël est sauvé; Moïse, assemblant sur le rivage les hommes de sa nation, forme un chœur immense, et tous, d'une voix mâle , entonnent un chant héroïque, un h^mne d'action de grâces à celui qui a fait toutes choses, qui les gouverne, et vient d'accorder à son peuple cette miraculeuse victoire : tandis que les femmes font retentir les airs des sons cadencés de leurs instruments, et mêlent, par intervalle , leurs

voix à celles des guerriers. Tel est, dit Benci , le récit de Moïse, le plus ancien des historiens; qui oserait, après cela, contester à la poésie le mérite de l'antiquité ?

Sa noblesse, il la fonde sur les mêmes titres. Sans parler des prophètes, les prières et les gémissements des âmes pieuses qui, de la beauté des choses créées, s'élèvent jusqu'au Créateur; ce sacrifice de louanges offert par David; les funèbres oracles de Job, la plus antique des philosophies; le cantique d'Anne, mère de Samuel; celui de Siméon : tout cela, n'est-ce pas de la poésie? Mais quoi ! Yoici la plus heureuse des femmes, élevée au-dessus des hommes et des anges, la Vierge Mère du Sauveur, qui proclame sa bassesse et les bienfaits de Dieu : et ce cantique céleste qui devrait toujours occuper notre bouche, nos oreilles, notre cœur, elle l'assujettit d'une certaine manière aux lois du rhythme et de la mesure. Que vous en semble, jeunes gens? la poésie , maintenant, ne peut-elle pas quitter la terre et monter au ciel? Elle y monte... — Et le professeur transporte son auditoire au milieu des chœurs bienheureux qui chantent, devant le trône de Dieu, un cantique éternel.

Tels étaient les épanchements de Benci dans sa classe du collège Romain. Je ne le suivrai pas jusqu'à la chaire sacrée où il annonçait la parole de Dieu en présence de Grégoire XIlï et de Sixte V; mais le trait suivant ne doit pas rester dans l'oubli.

Il avait eu pour maître Marc -Antoine Muret, qui , par ses conseils , non content de consacrer ses derniers jours aux exercices de la vie chrétienne , se décida à recevoir la prêtrise. On le sait, les premiers écrits du célèbre humaniste ne témoignent que trop des égarements de sa jeunesse. Après la mort de Muret, choisi par le Sacré-Collége pour

prononcer son oraison funèbre, Benci ne négligea point Toccasion de publier des regrets dont il avait souvent reçu l'aveu, et répara solennellement, en présence du tombeau de son ancien maître, le scandale des Juvenilîa,

Il y avait parmi les élèves de Benci un jeune Romain, Famian Strada, connu depuis dans le monde littéraire par son Histoire de la guerre de Flandre (1). Vous allez voir que les bonnes inspirations du professeur n'auront pas été perdues pour la génération suivante. Devenu membre de la Compagnie de Jésus, Strada sera aussi professeur au collège Romain, et fera , comme son maître, l'éloge de la poésie. Nouveau sujet d'étonnement pour ceux qui n'ont jamais envisagé ces choses qu'à travers les plus inconcevables préjugés : les œuvres académiques de Strada , ses discours prononcés en classe, renferment une véritable poétique chrétienne. Pour qu'on ne dise pas que j'exagère et que je prête à un homme du xvi^ siècle des idées beaucoup plus nouvelles, j'entrerai dans quelques détails. Au reste, ces révélations sont assez piquantes , pour qu'on n'ait rien à risquer en leur accordant une certaine étendue.

Les sujets sacrés offrent-ils aux poètes les mêmes avantages que les sujets profanes (2) ? Telle est la question que s'est posée Strada. Elle est claire, et, dès le début, le pro-

(1) C'est de Strada lui-même que nous apprenons qu'il était élève de Benci : K Hœret enini memoriœ disputatio quant milii peradolescentl referebat magister olirn -meus, Francisons Bencius , quani ille disputationem habuerat pridem cum M. A.. Mureto ac Silvio Antoniano, etc.» L. II, prolusio.ii, dans Touvrage intitulé : Prolusiones academicœ, oratoriœ, historicœ , poeticœ R. P. Famiatii Slradœ, Romani^ e Societate Jesu, Audomari 1619.

(2) Prolusiones academiœ , etc., 1. I, prolusio v% An ex rébus sacris idonea commcntationibus poeticis argumenta proveniant œque ac profanis. — On lira aussi avec intérêt , prol. m , An poeta^ dicendi sint obscœnorum carniinum scriptores; et, prol. iv, An poetice faciant qui versus faciunt impudicos. — Il n'est pas difficile de deviner quelle est la solution donnée par Strada à ces deux autres questions.

fesseur annonce franchement son dessein : il veut engager ses élèves à préférer les sujets sacrés. Mais aussitôt les objections se présentent en foule : ces sujets ne sont-ils pas un peu tristes? ne se refusent-ils pas aux sentiments qui émeuvent le plus le cœur de Thomme? le merveilleux, enfin , n'en est-il pas banni ?

Où avons nous lu cela? Eh! c'est dans l'Art poétique de Boileau.

De la foi d'un chrétien les mystères terribles D'ornements égayés ne sont point susceptibles : L'Evangile à l'esprit n'offre de tous côtés Que pénitence à faire et tourments mérités.

Vous savez le reste. — Qu'importe? Boileau sera réfuté par Strada , un siècle à peu près à l'avance.

Celui-ci prouve en fort bons termes que , soit pour l'invention , soit pour le sentiment, les sujets sacrés l'emportent de beaucoup sur les sujets profanes. Et pour l'invention d'abord, ne voit-on pas, demande-t-il, que si on s'en tient aux thèmes mythologiques, on tombera nécessairement dans le lieu commun ?

Gui non dictus Hylas puer? et Latonia Delos? Hippodameque , humeroque Pelops insignis eburno, Acer equis?

Puis, c'est Hippocrène que Pégase fait jaillir d'un coup de pied , les fleurs écloses du sang d'Adonis, les dents du dragon semées par Cadmus, etc. , etc. Quoi de plus suranné, de plus rebattu , même pour des enfants ? Gomment les poètes ont-ils le courage de nous servir à satiété , dans leurs vers, ces reliefs de l'antiquité? Ah! s'ils s'attachaient à ridée chrétienne, ils découvriraient de nouveaux horizons, plus vastes, plus lumineux, et ce merveilleux dont ils sont en peine ne leur ferait pas défaut.

Bref, c'est la thèse de Chateaubriand, ni plus ni moins; la thèse soutenue avec tant d'éclat dans le Génie du christianisme et les Martyrs. Strada ne fera pas une épopée , mais, pour rendre sa pensée plus saisissable, il se met à esquisser à la hâte, à grands traits, quelques-unes des inventions épiques auxquelles se prêie le christianisme. Peut-être ne sont-elles pas toutes également heureuses, il en est toutefois qui ne manquent pas de grandeur. Eprouverait-on, par exemple, beaucoup de répugnance, dans un poëme, à voir des arbres gigantesques former, de leurs rameaux entrelacés avec un art inénarrable et une ravissante harmonie, toute la céleste architecture? ou bien, au milieu de cette enceinte, un antique palmier vers lequel les anges dirigeraient leur vol, afin d'y cueillir, pour ceux qui meurent en combattant les combats du Seigneur, les palmes de la victoire?

Je me fais peut-être illusion , mais il me semble qu'il y a là un certain caractère dantesque, propre à captiver les imaginations des jeunes auditeurs de Strada. Voici un. trait qui empruntait sans doute un grand charme aux événements contemporains. Dans l'arsenal du ciel , on garde un immense écu de saphir, qui a pour emblème une croix d'étoiles, avec cette devise :

V IN HOC SîGNO VINCES.

On dit qu'il fut autrefois montré à Constantin, auquel il assurait l'heureux succès de ses armes. De nos jours, le suprême Pasteur des peuples, inquiet sur le sort de la flotte chrétienne, répandait devant Dieu son ardente prière, quand cet écu miraculeux lui apparut, et il apprit ainsi la victoire longtemps avant que la nouvelle en fût apportée.

Cette flotte, c'était celle qui combattit à Lépante sous les ordres de Don Juan d'Autriche; ce Pasteur suprême était

saint Pie V, alors régnant, et tout n'était pas fiction dans le poétique narré de Strada (1).

Ce n'est là encore que la moitié de la thèse. Conduit par son sujet à comparer l'amour sacré à l'amour profane, Strada s'en acquitte avec une parfaite convenance. Puisque c'est le point auquel on réduit toute la question du sentiment, il parlera de l'amour; mais de manière , dit-il , à n'être pas forcé , comme Socrate dissertant sur la même matière, à se voiler la face de son manteau. D'ailleurs, Platon, dans son banquet, lui apprend qu'il y a deux sortes d'amour : l'un impur et terrestre , fils de cette Vénus qui sortit de l'écume des flots; l'autre chaste et céleste, ayant pour mère Vénus Uranie. Autant les astres du firmament sont supérieurs aux éléments grossiers de notre globe, autant l'amour céleste l'emporte sur le terrestre. D'où vient donc qu'on ne cesse de puiser aux citernes bourbeuses de celui-ci et qu'on néglige la céleste ambroisie ? Quoi ! ne suffirait-elle pas à désaltérer les faibles mortels, et serait-elle pour eux sans saveur, cette source de vie qui , jaillissant du trône de l'Agneau , inonde les bienheoreux d'un torrent d-e délices?

H ajoute que l'amour céleste, plus ardent, plus profond

(1) Voici ie même événement d'après l'histoire :

«Un jour, le trésorier, nommé Bussoti, vint entretenir saint Pie V au Vatican, selon le devoir de sa charge, et lui soumettre, en présence de plusieurs prélats, un travail important. Tout à coup, Pie V lui impose silence de la main , il se lève brusquement , se dirige vers la fenêtre , l'ouvre et y demeure quelques minutes dans une profonde contemplation. Son visage, son attitude décelaient une profonde émotion; puis, se retournant, transporté, il s'écrie : « Ne parlons plus d'affaires; ce n'en est pas le temps! Courez rendre grâces à Dieu dans son Eglise , notre armée a remporté la victoire ! » Ces mots à peine achevés , il congédia les assistants grandement surpris , et ils n'étaient pas encore sortis , que le saint Pontife se précipitait , baigné de larmes , à genoux dans son oratoire. » Histoire de saint Pie F, par M. le comte de Falloux, c. xxxv.

que l'autre, n'est pas moins dramatique, et le démontre par des exemples tirés de la Bible et des actes des martyrs. Une dernière preuve, c'est que des poètes assurément très-profanes n'ont pas résisté à la tentation de traiter des sujets sacrés; et plût à Dieu, s'écrie-t-ii , qu'ils l'eussent toujours fait avec convenance ! Cette allusion s'adressait à l'Arioste, dont la muse s'était permis d'étranges légèretés en célébrant le martyre de sainte Eupbrasie.

Cette analyse, tout incomplète qu'elle est, découvre la pensée du professeur, et je me flatte qu'on commence à discerner, à ces traits caractéristiques , la physionomie de la litiéralure de collège.

Littérature de collège ! ces mots auront fait naître le sourire, un sourire de dédain peut-être. Elles sont si oubliées, ces œuvres latines, qu'on s'imagine difficilement qu'un souffle de vie a passé par là. On lit peu les anciens, mais les modernes, qui sait leurs noms?

Pour être juste, il faut commencer par restituer au pays latin tout le terrain qu'il a perdu depuis les xvi*' et xv!!*" siècles. Car il n'était pas alors confiné entre quatre murailles : il s'étendait de Home à Amsterdam, de Coïmbre à Vilna, très-peuplé, très-vivant, tenu en baleine par ce courant d'idées qui, au moyen d'un idiome commun, s'établissait d'une nation à l'autre; jouissant, en un mot, toutes proportions gardées, de ce genre d'activité qui s'est concentré depuis dans la presse périodique. Le latin était la langue du monde savant, la langue du clergé, de la magistrature, quelquefois des princes et des guerriers, Aussi voyons-nous des poètes latins, des poètes de collège , poètes par devoir d'abord et puis par inclination, obtenir une publicité que pourraient à bon droit leur envier les rois de la poésie moderne.

Allons-nous, tirant de la poussière cette couronne que ne leur refusaient pas les siècles passés, leur rendre un peu de cette renommée qui s'est éclipsée avec les lettres latines? Si telle était en etfet notre pensée, peut-être n'aurions-nous pas rencontré un sujet trop ingrat. Aujourd'hui surtout qu'il est de mode d'exhumer les gloires ignorées du vulgaire, notre entreprise, à ne l'envisager qu'en elle-même, ne manquerait pas de chances de succès. Mais nous croirions offrir à ces religieux instituteurs de la jeunesse un hommage bien fragile, si nos efforts n'aboutissaient qu'à les mettre en plus haute estime auprès des amateurs de curiosités littéraires. Non , ce n'est pas ce que nous cherchons ; et quand nous parlons de cet éclat auquel pouvait prétendre un poëte de collège , c'est uniquement afin qu'on se souvienne que la poésie latine, mêlée ta toutes les réalités de la vie, n'était pas alors un simple jeu d'esprit, une imitation plastique de l'antiquité; et que, sans sortir de sa sphère ordinaire , elle s'inspirait volontiers des sentiments dont TEurope moderne était émue et des pensées qui préoccupaient le plus vivement les populations chrétiennes.

Prenons pour exemple Sarbiewski. Issu d'un noble sang polonais et proche parent de saint Stanislas Kotska, il cotre dans la Compagnie de Jésus à l'âge de 17 ans. Après son noviciat et les études ordinaires, ses supérieurs le chargent d'enseigner les lettres au collège de Vilna. Ses premières poésies appartiennent à cette époque. De là on l'envoie à Rome faire son cours de Théologie. Sa réputation littéraire l'y accompagne, et, pendant les vacances d'automne, cédant aux instances de ses amis, il reprend , aux applaudissements d'un nombreux auditoire romain, ses leçons de Vilna. Urbain Vllï, ce savant Barberini, poëte lui-même, et poëte non moins pieux qu'élégant, dont l'Eglise répète

chaque année les chants liturgiques , veut voir Sarbiewski , lui accorde son amitié, et, son mérite une fois reconnu, le charge de ramener aux lois de l'antique prosodie quelquesunes des hymnes du Bréviaire romain. Quand Sarbiewski , rappelé en Pologne, vint lui demander une dernière bénédiction, le saint-père attacha lui-même une médaille d'or à la poitrine du jeune religieux. Nous le voyons ensuite professeur de rhétorique, de philosophie et de théologie. Avant de monter dans cette dernière chaire , il eut à subir l'épreuve du doctorat ; à la fin de l'acte public, qu'il soutint avec honneur, le roi Wladislas, présent à cette séance, ôta de son doigt l'anneau royal et le passa au doigt de Sarbiewski. On dit que cet anneau, conservé dans les archives de l'université, servait encore vers la fin du siècle dernier à l'inauguration des docteurs. Prédicateur de la cour, Sarbiewski remplit ce ministère avec une hberté tout apostolique. Il mourut saintement en 1640, âgé de 45 ans. On trouva, après sa mort, un exemplaire de Virgile où des notes de sa main indiquaient combien de fois il avait lu ce poëte. Ce nombre pourra causer quelque surprise : il l'avait lu soixante fois. Pour les autres poëtes, il s'était contenté d'une dizaine de lectures. Au jugement de Grotius, Sarbiewski a égalé, et même quelquefois surpassé Horace (1). Et maintenant, sur cette simple biographie, que sommesnous en droit d'attendre de lui? Des contons de Virgile et d'Horace à la louange des dieux et des demi- dieux ? Ce serait le connaître mal : il était polonais, il était religieux ; par naissance, il appartenait à cette héroïque avant-garde placée aux frontières de la chrétienté pour la défendre contre le croissant, et il s'était voué lui-même à une autre guerre

(1) Voyez la vie de Sarbiesvski en tête de ses œuvres. — Matthiœ Casimiri Sarbievii , e Soçtefate Jesu , Carmina. Barbou, 1791.

sainte: toute sa poésie porte l'empreinte de ce double caractère. L'esprit qui anime le plus souvent ses belles strophes latines et fait vibrer avec éclat les cordes de sa lyre , c'est l'esprit des croisades ; l'esprit des chevaliers chrétiens marchant à la rencontre de l'islamisme, pour l'écraser ou lui fermer du moins l'entrée de l'Europe. Tantôt il s'adresse aux princes d'Italie , tantôt aux princes de l'Europe entière, tantôt à l'empereur, tantôt au roi et à la noblesse de Pologne ; illes exhorte, il les presse, et toujours il leur demande avec ardeur d'arracher au Turc les belles provinces de la Grèce et de le reléguer au fond de l'Asie (1).

Il fait beau l'entendre gourmander son siècle, accuser l'inertie des uns et les fatales dissensions des autres , éternel obstacle à leur union contre l'ennemi commun :

... Nos senio piger EfTudit orbis , dedeciis ultimum Mundi , fatiscentisqiie naturee

Opprobrium (2).

Tela Threïssis potiora piignis

Tela, Germani, cohibetc tela, etc. (3).

Il lui semble que les fils ne sont plus de taille à porter les armes de leurs pères :

Prisca mutatge pudet arma dextrœ :

Patrius quondam maie laxiis hœret Filio thorax : non avita norunt Tela nepotem (4).

(î) L. I,odevi. Ad Principes Europœ , de recupernndo Orienlis Imper io; ode viii, Seculi socordiam persequitur ; ode xii, Ad Principes Im~ perii Romani , de recuperandis Grœciœ Provinciis ; ode xx , Ad Principes Italiœ y de rccuperando Oiientis Imperio ; 1. lïl, ode xix , Ad miJitarPS Europœ ordines , de provinciis Grœciœ recuperandis ^ etc.

(2) L. I , ode VI.

(3) L. Il , ode xxiii.

(4) L. Ij- ode XVI.

Et quand il appelle l'Ilalie à la guerre sainte, l'italié répond-elle ? Voit-on déjà briller le glaive qui doit venger Rome et l'empire ? Peut-être, hélas! le fer dont ce glaive sera forgé creuse les sillons ou moissonne les épis dans les plaines duLatium; peut-être que les flèches de ces vengeurs ne sont encore que des branches verdoyantes qui balancent leur feuillage dans les forêts.

An (quod vereri crediderim nefas) Futurus cnsis Dardanios adliuc Proscindit agros? aut Latina

Arva metit , viridesque sylvis Frondent sagittae (1) ?

Mais si le général Ghodkiewitz , s'apprêtant à marcher contre Osman II , élève un temple à la Mère de Dieu , Sarbiewski lui promet la victoire (2). Les Turcs, battus en mainte rencontre, sont taillés en pièces à Ghoczim (1621); ils se retirent, après avoir perdu 80,000 hommes; la Pologne est sauvée et l'épouvante est au Sérail: c'est alors que le poëte met le plus beau de ses chants dans la bouche d'un laboureur des bords du Dniester, qui, venant à heurter avec le soc les ossements des vaincus , suspend la marche de ses bœufs , et , s'inspirant à la vue du champ de bataille, rappelle avec enthousiasme toutes les circonstances de cette grande journée. Nous renonçons à faire passer dans notre prose cette magnifique poésie (3) .

Ghodkiewitz était mort après avoir ouvert la campagne

(1) L. I , c. XX.

(2) L, II, c. XI. Ad Virgmem Matrem cum illi templum extruefet JoAifi. Car. Chodkevicius, sig?ia contra Osmanum Byzantinum Imperatorem moturus ; L. III, c. xxvii, In primi lapicUs jactu, cum Joan. Car. Ghodke- VJCius, contra Osmanum Turcarum Imperatoreyn sigjia moturus^ Templum ViRGiNi Matri Crocencis Societatis Jesu Collegii extrueret.

(3) L, IV, c. IV. Voyez Appendice n» 6.

par créclatants succès; à Ghoczim, les Polonais avaient comballu sons les ordres de Jacques Sobieski , le même qui fut envoyé à Constantinople pour traiter de la paix avec le sultan , et qui nous a laissé l'histoire de cette guerre. En 1673, le fils de Jacques Sobieski gagnait une autre bataille de Ghoczim; en 1683, il délivrait Vienne. Il me semble que ce héros avait dû lire souvent dans son enfance les beaux vers de Sarbiewski.

Quelques pages plus haut, nous parlions de Lépante, souvenir si glorieux pour le saint-siége : n'oublions pas que le Pontife qui prodiguait à Sarbiewski de si doux encouragements était aussi animé de l'esprit de saint Pie V. C'est Urbain YUl qui a composé cette hymne du Bréviaire romain où nous adressons à sainte Martine la prière suivante ;

Tu natale solum protège , tu bonae Da pacis requiem Christiadum plagis , Armorum strepitus et fera prœlia

In fines âge Thracios.

Et regum socians agmina sub crucis Vexillo, Solymas nexihus exime, Vindexque innocui sanguinis , hostioum

Robur funditus erue (1).

Quand s'accompliront les vœux du Pontife et du poëte ? Dieu seul le sait.

On sera parfois déroulé , en lisant Sarbiewski , par les savants synonymes dont il se sert pour désigner les diverses contrées de l'Europe et de l'Asie; on regrettera (défaut qui chez lui reste à la surface) un assez grand nombre d'allu-

(1) Breviarum romanum, die ^Ojanuani, in festo smictœ Martinœ ad Laudes. L'hymne de Vêpres, pour la même fête, Martinœ celehri ^ est aussi d'Urbain VII 1 ; ainsi que les deux hymnes de sainte Elisabeth de Portugal : Domare cor dis et Opes decusque.

sions mythologiques; mais on sera dédommagé par Télévation des pensées , la verve lyrique , l'enthousiasme religieux et guerrier qui règne dans toutes ses odes, Poëte vraiment original , il n'est jamais dominé par le convenu et les lieux communs de rhétorique. Lorsqu'il chante le Roi-Prophète, il compare la poésie des psaumes à la Vistule qui se précipite à flots pressés du haut des monts Krapacks: un poëte ultra-classique n'aurait pas manqué de parler de l'Eridan. Il a une ode pour rappeler aux Polonais qu'ils sont peu propres à la guerre de sièges, et qu'il leur faut déployer leur cavalerie en rase campagne. Bref , dans ses vers latins, Sarbiewski se montre de son siècle et de son pays , bien plus que d'autres qui se servent de leur idiome national.

Ainsi, dans cette littérature de collège, on n'avait pas tout sacrifié au paganisme, et, en dépit des formes classiques , on y voyait çà et là d'assez belles fleurs de poésie que n'avait pas fait éclore le soleil de l'antiquité. Mais j'ai scrupule, je l'avoue, eu égard au but de ces études, de la carrière éclatante de Sarbiewski ; car le professeur y semble effacé par l'ami d'Urbain VIll , de Wladislas et de Chodkiewitz. Cherchons donc, loin de la cour et du champ de bataille , une renommée poétique moins retentissante.

Le P. de La Rue se présente. Mais ce n'est pas à l'orateur sacré que nous aurons affaire, ni même au laborieux éditeur de tant d'ouvrages classiques; de cette existence, nous retranchons tout ce qui n'appartient pas aux premières années de professorat , et Charles de La Rue reste pour nous un de ces jeunes régents qui n'ont pas encore commencé leurs études théologiques.

Il en était à ce point de sa carrière en 1675, époque où Southwell lui consacrait une courte notice dans sa Biblio-

thèque des écrivaiiis de la Compagnie de Jésus. Nous y lisons que Charles de La Rue, né à Paris en 1643, admis dans la Compagnie en 1659, a déjà enseigné pendant huit ans la rhétorique et les belles-lettres; qu'il n'est pas encore prêtre, et qu'il a publié diverses poésies dont suivent les titres. C'est précisément ce qu'il nous faut : de la littérature de collège qui ne sera suspecte d'aucun alliage.

Sur deux des pièces dont il donne les titres , Southwell observe qu'elles ont été traduites en vers par Pierre Corneille , le prince des poètes Français. N'est-ce pas une bonne fortune pour nous? Grâce au grand Corneille, nous échappons à l'inconvénient de fatiguer nos lecteurs par le retour trop fréquent des citations latines.

Le premier poëme, sur les victoires du Roi en 1667, est précédé de cet avertissement de l'illustre traducteur.

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