DES AUTEURS
En vous plaçant à ce point de vue , bien supérieur h celui des utilitaires, vous ne regrettez ni le temps ni le travail consacré à Tétude des langues anciennes. Bien plus , dès qu'il s'agit surtout de façonner des intelligences, le temps et le travail vous semblent des éléments nécessaires ; et vous avez parfaitement raison. Mais est-ce là tout ?
Non ; quelque chose encore est nécessaire : l'exactitude , la précision , j'allais dire la rigueur dans les procédés et les méthodes. Apprendre le latin , c'est donc apprendre à réfléchir, à comparer, à juger; c'est saisir le lien logique par lequel s'unissent entre eux les termes d'une proposition , les membres d'une phrase; c'est apprécier la convenance intrinsèque des expressions, et par conséquent, des idées, etc., etc. : voilà ce que fait l'écolier qui fait un thème, une version, des vers latins. Prenez-y garde, vous rendez tout ce labeur stérile dès que vous y introduisez l'a peu près.
Les modèles que vous placez sous les yeux de votre élève sont-ils tous d'une même époque, et cette époque est-elle une de celles oh , parvenue à son âge viril , la langue n'avait rien perdu encore de son caractère propre et de la pureté de ses formes; la marche du jeune humaniste sera sûre , et, pour peu qu'il réfléchisse, il n'éprouvera point de déceptions. Vous aurez le droit , par conséquent, d'exiger de lui une extrême fidélité au système philologique dans lequel vous aurez circonscrit ses études. Au contraire, rompez
l'esprit, la seule qui développe vraiment la faculté de penser, est vivement excitée par cette étude. Le nombre des facultés qu'elle fait mouvoir à la fois lui donne l'avantage sur tout autre travail, et Ton est trop heureux d'employer la mémoire flexible de l'enfant à retenir un genre de connaissances , sans lequel il serait borné toute sa vie au cercle de sa propre nation, cercle étroit comme tout ce qui est exclusif. »
M"^® de Staël , De l'Allemagne , première partie, ch. xviii.
cette unité, mélangez les nuances; aux écrivains du v^ et du vi« siècle faites succéder ceux du siècle d'Auguste, pour revenir bientôt, si bon vous seuible, aux contemporains de Charlemagne ou de saint Louis : je le confesse, je ne sais pas de fil mystérieux capable de le guider dans ce labyrinthe,
La critique philologique?
De grâce, faites-nous d'abord des grammairiens, sans quoi nous n'aurons jamais de philologues. Ce n'est pas petite besogne pour un érudit de se rendre un compte exact des mille variations d'une langue; que sera-ce pour un écolier? Autant vaudrait, quand un enfant commence à lire, lui donner à débrouiller des chartes et des diplômes du moyen âge, avec des inscriptions romaines par-dessus le marché. Il prendrait souvent A pour B, soyez-en sûrs; ce que ne manquera pas de faire votre apprenti grammairien.
Que devient alors l'exactitude? Vous avez bonne grâce, en vérité , de reprendre votre écolier sur l'emploi d'un mot qu'il a vu dans un auteur quelconque d'un siècle quelconque. Voulez-vous qu'il sache au juste l'âge de ce mot, seul moyen souvent d'en déterminer la valeur ? Et pour la contexture de la phrase , ce sera encore un tout autre embarras.
A ce propos, je ne saurais trop m'étonner de voir des hommes du métier, quand ils veulent éprouver le style de certains auteurs, prendre gravement un dictionnaire; et, s'ils trouvent que chaque mot du texte soumis à leur examen a été employé par Virgile, Cicéron ou Salluste, déclarer en toute confiance que ces auteurs ne diffèrent en rien de Virgile, de Cicéron, de Salluste. Ce n'est pas a?sez d'employer les n)êmes mots, il faut encore les employer de la même manière. Quand un écolier a pris dans VAppa-